Le Covid s’est-il propagé naturellement d’un animal à l’humain, ou a-t-il surgi d’un laboratoire ? L’Académie de médecine ne tranche pas dans un rapport, publié ce mercredi 2 avril, qui suscite de vives critiques sur son niveau d’exigence scientifique. « Tout laisse à penser, qu’en l’absence de données, l’on risque de ne jamais connaître l’origine de la pandémie », conclut l’Académie à l’issue de ce travail d’une vingtaine de pages.
Cinq ans après le début de la pandémie de Covid-19, l’origine du coronavirus fait toujours l’objet de vives controverses, même s’il est avéré qu’il a émergé dans la région de la ville chinoise de Wuhan. Deux hypothèses s’affrontent : une transmission naturelle de l’animal à l’humain, a priori sur le site du marché de Wuhan, ou la fuite d’un virus modifié de manière expérimentale depuis un laboratoire basé dans la ville. Le rapport de l’Académie de médecine est un travail de synthèse, qui n’apporte pas d’élément neuf et rappelle les principaux arguments allant dans les deux sens.
Or, c’est justement l’affrontement de ces deux visions qui suscite autant de tensions dans la communauté scientifique mais aussi entre les agences de renseignement américaines et les autorités chinoises, ces dernières étant accusées d’entraver toute recherche.
Deux théories divergentes
Soutenue par la majorité des scientifiques, l’hypothèse de la transmission naturelle s’appuie notamment sur la détection, sur le marché de Wuhan, d’échantillons génétiques laissant penser que des animaux, les chiens viverrins (petits carnivores connus aussi sous le nom japonais de tanuki, NDLR) ont pu servir d’intermédiaire entre la chauve-souris et l’humain. Une étude publiée dans la prestigieuse revue Science, qui a analysé la géographie des cas de Covid-19 durant le mois de décembre 2019, avait ainsi démontré que les cas étaient étroitement rassemblés autour du marché en question.
Les partisans de l’hypothèse de la fuite d’un laboratoire, qui a notamment la faveur des agences de renseignement américaines, soulignent que les premiers cas connus de Covid-19 ont émergé à Wuhan, en Chine, où est hébergé un institut de virologie réputé pour ses recherches sur les coronavirus. La ville est en outre située à quelque 1 600 km du foyer le plus proche de chauves-souris porteuses de virus de type SRAS (tel le SARS-CoV-2 entraînant la maladie de Covid-19). Ils affirment enfin que le Sars COV 2 présente des éléments uniques qui ne se retrouvent pas chez les autres virus présents dans la nature, et sont susceptibles d’augmenter sa transmissibilité.
« Pas beaucoup d’arguments en faveur de l’émergence naturelle » du Covid-19
Malgré sa posture de neutralité qu’elle affiche, l’Académie admet pencher pour l’hypothèse du laboratoire, la jugeant « soutenue par un faisceau de faits et d’arguments », des termes qu’elle n’emploie pas à propos de l’émergence naturelle. Les propos tenus par ses responsables lors de la conférence de presse pour présenter le rapport font d’ailleurs peu de doutes quant à la théorie privilégie par l’institution. « 97 % de l’Académie de médecine a voté quasi unanimement pour dire que nous pensons plutôt que le SARS-CoV-2 est issu d’une erreur de laboratoire et qu’il faut en tirer des leçons pour prendre des précautions à l’avenir », a ainsi affirmé le professeur Jean-François Delfraissy ce mercredi 2 avril.
Des propos étayés par la professeure Christine Rouzioux, virologue à l’hôpital Necker. « En tant que virologue, je ne vois pas beaucoup d’arguments en faveur de l’émergence naturelle du virus SARS-CoV-2 », a-t-elle ainsi affirmé. Et si l’institution formule des recommandations pour mieux surveiller l’émergence de pathogènes dangereux chez les animaux, elle insiste bien plus longuement sur la nécessité de mieux encadrer les recherches en laboratoire.
Ce rapport a suscité un vif rejet chez des scientifiques favorables à l’hypothèse de l’origine naturelle, telle la chercheuse Florence Débarre qui a supervisé l’étude évoquant les chiens viverrins. « Ce rapport est indigent scientifiquement », a-t-elle jugé dans une réaction à l’AFP et d’autres médias, l’estimant proche du « propos de comptoir complotiste » et « indigne de l’institution qui le publie ». Elle pointe plusieurs erreurs factuelles ainsi que le choix de baser certaines affirmations sur des articles de presse mal étayés.
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Publish date : 2025-04-02 12:38:00
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