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Corée du Sud : et à la fin, c’est la démocratie qui gagne

Corée du Sud : et à la fin, c’est la démocratie qui gagne

La destitution vendredi 4 avril, du président sud-coréen, Yoon Suk-yeol, n’a pas fait que des heureux. Si les quelque 100 000 opposants au dirigeant, rassemblés au cœur de Séoul pour écouter le verdict, se sont réjouis de la décision prise à l’unanimité par les huit juges la Cour constitutionnelle, les partisans du dirigeant déchu ont, à l’inverse, cassé les vitres d’un bus de la police. Certains ont crié : « Debout, nous devons protéger notre président ! Nous allons tuer Lee Jae-myung », le leader de l’opposition.

Le calme est vite revenu et les violents affrontements redoutés ont été évités. Depuis l’échec du coup de force, la forte mobilisation des pros et anti-Yoon reflétait le profond clivage politique qui traverse la société sud-coréenne. Si la loi martiale, qui avait été décrétée le 3 décembre dernier, a été annulée par les députés, la population s’est très vite mobilisée pour obtenir le renvoi et l’arrestation du dirigeant, autour de slogans comme : « L’annulation de la loi martiale illégale est une victoire pour la démocratie » ou « Faisons tomber le président Yoon, qui a ramené l’horloge de la Corée du Sud quarante-quatre ans en arrière », soit en 1980, année du massacre de Gwangju, toujours très présent dans la mémoire collective. Cette tuerie avait été commise par l’armée sur ordre du dictateur Chun Doo-hwan (1980-1988), qui avait imposé la loi martiale dans la ville méridionale.

Polarisation forte

Par la suite, les prises de position les plus extrêmes, attisées par des youtubeurs publiant des fake news en rafales, ont exacerbé les tensions. Dans le camp des évangélistes anticommunistes favorables à l’ex-président Yoon, la conviction circulait d’un complot ourdi depuis Pékin ou Pyongyang. De leur côté, les opposants au dirigeant voyaient en l’ancien procureur l’héritier des dictateurs Park Chung-hee (1961-1979) ou Chun Doo-hwan (1980-1988).

Ce contexte a conduit à la mobilisation de plus de 14 000 policiers le jour du verdict de la Cour, dont le siège était transformé en camp retranché. Les stations de métro voisines avaient été fermées, les routes bloquées. Le dispositif a sans doute été dissuasif, mais le verdict rendu – équilibré et aux mots des plus pesés – par le président de la Cour, Moon Hyung-bae, a – aussi – su toucher les auditoires.

La Cour a considéré que Yoon avait « trahi la population » et jugé que les motifs invoqués pour justifier la loi martiale, tels l’opposition intransigeante des démocrates aux politiques en place, « auraient pu être traités par les moyens ordinaires prévus par la Constitution ». Dans un souci d’équilibre, le juge Moon a aussi critiqué le camp démocrate pour son acharnement à attaquer la présidence dès l’élection de Yoon en 2022, en multipliant les procédures de destitution ciblant des membres de l’entourage présidentiel.

« Nouvelle page » pour la Corée

C’est donc dans une atmosphère sombre mais calme que le drapeau figurant un phénix symbole de la fonction présidentielle a été abaissé au siège de la présidence. Yoon, qui avait promis « de se battre jusqu’au bout », a présenté ses excuses pour « ne pas avoir été à la hauteur des espoirs et des attentes ». « J’invite les politiciens et l’Assemblée nationale à mettre de côté leurs divergences et à se rassembler dans l’unité et la sagesse pour l’avenir de la Corée », a de son côté réagi le président par intérim, Han Duck-soo. Lee Jae-myung, chef de l’opposition et favori de la présidentielle à venir, a appelé à réfléchir au verdict et à ouvrir « une nouvelle page pour la Corée ».

L’épisode de la loi martiale témoigne d’un réel attachement au respect de l’état de droit dans une Corée du Sud qui, rappelle Yang Sunmook, ancien chef de la Commission des relations internationales du Parti démocrate, a « destitué, tragiquement mais fièrement, deux présidents en dix ans. Et cela par le simple pouvoir du peuple ». C’est un record mondial. Et une victoire pour la démocratie sud-coréenne, peut s’en targuer. Elle sera bientôt mise à l’honneur : une élection présidentielle doit être organisée dans les soixante jours suivant cette destitution.



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Author : Philippe Mesmer

Publish date : 2025-04-04 16:28:00

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