Donald Trump a presque tenu sa promesse de campagne. Lui qui menaçait d’instaurer des taxes douanières de 60 % sur les produits chinois importés aux Etats-Unis, a quasiment atteint ce niveau. La hausse de 34 % annoncée le 2 avril s’ajoute en effet aux tarifs de 20 % déjà décrétés. A l’arrivée, en moyenne, les biens chinois seront taxés à 76 %, a calculé le Peterson Institute for International Economics.
Très dépendant de ses exportations (qui ont contribué à 30 % de sa croissance de son PIB en 2024, selon l’institut Merics), l’empire du Milieu, déjà en proie à un ralentissement économique préoccupant, va souffrir de ce coup de massue protectionniste. « Environ 40 à 45 % des exportations chinoises seront fortement touchées par les droits de douane. Sur le plan commercial, c’est l’un des pires scénarios possibles pour Pékin, sans compter le risque réel d’un choc pour la croissance économique mondiale, explique Christopher Beddor, chercheur au cabinet Gavekal Dragonomics, à Hong Kong. La question est de savoir quelle sera l’ampleur du choc et ce que les décideurs chinois décideront pour l’atténuer. »
Jusqu’à présent, le géant asiatique prévoyait pour cette année une croissance économique « d’environ 5 % », comme l’an dernier, mais ces chiffres étaient déjà jugés surestimés par nombre d’experts. D’après le cabinet spécialisé Rhodium Group, l’économie n’aurait en réalité progressé que de 2,4 à 2,8 % en 2024.
Xi Jinping va pouvoir apparaître comme un leader responsable
La Chine n’a pas tardé à dégainer ses représailles : elle appliquera à partir du 10 avril des taxes douanières – réciproques – de 34 % sur les produits américains. Mais, outre ces mesures de rétorsion, elle devrait parallèlement en profiter pour avancer ses pions. Car en réalité même si la Chine risque d’être pénalisée économiquement, le repli spectaculaire de l’Amérique sur elle-même va aussi lui offrir des opportunités. Alors que l’administration Biden s’est efforcée de former un front occidental uni face à Pékin, l’offensive tarifaire de Trump fait voler en éclat cette logique, en ciblant sans distinction son principal rival et ses alliés historiques. Du pain bénit pour le président chinois Xi Jinping, qui, en comparaison avec le locataire de la Maison-Blanche, va tenter d’apparaître comme un leader responsable sur la scène internationale, « mais aussi de nouer davantage de partenariats avec des alliés de l’Amérique malmenés par cette dernière », pronostique Yun Sun, spécialiste de la Chine au Stimson Center, à Washington.
En Asie, la Corée du Sud, le Japon et la Chine ont déjà convenu d’accélérer leurs discussions en vue d’un accord de libre-échange. Pékin pourrait aussi chercher à renforcer sa présence en Asie du sud-est, une région devenue son premier partenaire commercial, et cibler des pays comme le Vietnam, l’un des plus durement frappés par les nouvelles taxes américaines, qui veillaient jusqu’ici à garder un équilibre entre les Etats-Unis et la Chine pour ne pas trop dépendre de leur puissant voisin communiste. Le président chinois pourrait ainsi se rendre le 14 avril prochain à Hanoï, selon Reuters, dans le cadre d’une tournée comprenant aussi le Cambodge et la Malaisie. Il devra toutefois faire face à la méfiance de plusieurs Etats de la région, face aux ambitions géopolitiques et territoriales de la deuxième puissance économique mondiale.
Pékin devrait aussi essayer de se rapprocher des Européens. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a clairement tendu la main à la Chine en début d’année. Reste que les Etats membres ne sont pas alignés sur la question, bon nombre d’entre eux arguant que les risques économiques et politiques posés par le régime communiste n’ont pas disparu. Parmi les sujets qui fâchent : le soutien chinois à la Russie depuis le début de la guerre en Ukraine. Les 27 craignent par ailleurs que Pékin cherche à déverser sur le Vieux continent des excédents de production plus difficiles à écouler aux Etats-Unis.
Xi va réussir à « Make China great again »
L’isolationnisme américain sert en tout cas les intérêts de la Chine sur le long terme. « La stratégie globale de Xi Jinping est de s’assurer du soutien des pays du Sud et de neutraliser les objections des alliés des Etats-Unis au sein des organisations internationales comme l’ONU, afin de transformer l’ordre international libéral et le rendre plus favorable à la Chine, décrypte Steve Tsang, directeur de l’institut SOAS China, à l’université de Londres. La guerre tarifaire mondiale de Trump pourrait saper complètement le rôle des États-Unis dans le maintien de l’ordre international libéral : cela contribuera grandement à la réalisation des objectifs de Xi. A l’arrivée, les gains politiques l’emporteraient pour lui sur les coûts économiques. » Et le politologue d’ajouter : « Personne ne réussira mieux que Trump à rendre à la Chine sa grandeur (« Make China great again », en anglais). Xi peut remercier Trump ! ».
Autre élément appréciable pour Pékin, Washington n’a pas hésité non plus à cibler Taïwan, avec des taxes à hauteur de 32 % – même si les exportations de semi-conducteurs, la plus grande richesse de l’île, sont pour l’instant épargnées. Cette annonce, qui intervient alors même que l’armée chinoise venait d’achever des exercices militaires de grande ampleur autour de l’île, simulant un blocus, ne peut que fragiliser Taïwan économiquement. Et, surtout, dans la guerre psychologique qui se joue actuellement, faire douter les Taïwanais du soutien que leur apporteraient les Etats-Unis en cas d’attaque par la Chine. Xi Jinping ne peut que se frotter les mains.
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Author : Cyrille Pluyette
Publish date : 2025-04-05 14:30:00
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