Tandis que Kiev et ses alliés veulent forcer Vladimir Poutine à s’asseoir à la table des négociations, la Russie prépare-t-elle de son côté de nouvelles conquêtes territoriales ? Les services secrets ukrainiens ont averti les Etats-Unis, mercredi 4 juin, que l’armée russe préparait des avancées militaires importantes en 2026, dont un barrage de l’accès ukrainien à la mer Noire, crucial pour Kiev.
En visite à Washington avec une délégation ukrainienne, le colonel et chef adjoint de l’administration présidentielle Pavlo Palissa a présenté ce qu’il a décrit comme des conclusions des renseignements militaires ukrainiens. Selon lui, la Russie a pour objectif de s’emparer d’ici fin septembre de l’entièreté des régions orientales de Donetsk et Lougansk, dont Moscou revendique l’annexion. Puis, d’ici à la fin de l’année, d’établir une zone tampon frontalière.
Carte des zones contrôlées par les forces russes en Ukraine et zones d’opérations ukrainiennes sur le sol russe, au 27 avril 2025 à 17h30 GMT
« Ils ont même des projets pour 2026 », a indiqué le colonel Pavlo Palissa, celui « d’occuper toute la partie de l’Ukraine qui est située sur la rive gauche du Dniepr » – ce fleuve qui partage le pays en deux, et se jette dans la mer Noire. Moscou chercherait aussi à occuper les régions méridionales d’Odessa et Mykolaïv afin de « couper l’accès de l’Ukraine à la mer Noire », a ajouté le haut responsable, sans préciser les sources de ces affirmations.
Exportation de céréales
La mer Noire constitue en effet une zone cruciale pour Kiev, du point de vue militaire comme économique. C’est aussi une voie majeure pour le transport de céréales vers les pays d’Afrique et du Moyen-Orient. L’Ukraine, qui possède des terres extrêmement fertiles, est l’un des plus gros producteurs agricoles au monde. En 2017, il constituait 53 % des exportations totales du pays, selon une note du ministère de l’Agriculture français. Les principales marchandises exportées sont les céréales (blé, orge, maïs) et l’huile de tournesol. D’après le Conseil de l’Union européenne, avant la guerre, environ 90 % de leur transport se faisait par voie maritime. Mais L’invasion russe en février 2022, et le blocus des ports de la mer Noire, avaient fait plonger les exportations de blé et aggravé la crise alimentaire mondiale. Cette année-là, les prix du blé ont bondi de 58 % par rapport à l’année précédente.
Pendant les premiers mois du conflit, Kiev et Moscou s’étaient accordés pour créer un corridor maritime qui permettait aux deux pays de maintenir une activité économique dans la zone. Des initiatives telles que des corridors de sécurité, mis en place par l’Union européenne, la Turquie ou l’ONU, ont également permis de relancer les exportations. Mais le retrait de la Russie de l’accord en juillet 2023 avait de nouveau perturbé les expéditions, provoquant une hausse des prix, analyse le Conseil de l’UE.
Record d’exportations russes
Aujourd’hui, l’Ukraine a quasiment retrouvé ses niveaux d’exportations d’avant la guerre via ce corridor. Mais la Russie, premier exportateur mondial de céréales, souhaiterait, elle aussi, accaparer cette voie maritime, pour acheminer sa production vers le continent africain et le Moyen-Orient. Le pays, qui représente « 25 à 30 % des exportations mondiales », « a battu ses records d’exportation de blé depuis trois ans », analysait récemment Sébastien Abis, chercheur associé à l’Iris, sur BFM Business.
Ces eaux sont donc toujours au centre des négociations entre Kiev et Moscou. En mars, les deux pays avaient accepté le principe d’une trêve dans la zone, régulièrement frappée par des attaques des deux camps. Mais un accord tarde à être trouvé. Les pourparlers organisés sous médiation turque ces derniers jours en vue d’un cessez-le-feu n’ont débouché sur rien. L’exécutif ukrainien, qui souhaiterait « accroître la pression sur la Russie », a exhorté, via son chef de l’administration présidentielle Andriï Iermak, les parlementaires américains à imposer de nouvelles sanctions, lors de son voyage à Washington.
De son côté, le président américain Donald Trump, qui se targue d’avoir une relation privilégiée avec Vladimir Poutine, a dit mercredi avoir eu avec son homologue russe une « bonne conversation » de plus d’une heure, mais qui ne mènerait pas « à une paix immédiate ». La semaine dernière, il avait estimé que le président russe était devenu « complètement fou », après des attaques meurtrières contre l’Ukraine.
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Publish date : 2025-06-05 16:04:00
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