Ils sont aujourd’hui chefs d’Etat, chef de guerre, cheffe politique, faiseur de roi… Mais avant de devenir les figures incontournables que nous connaissons, Donald Trump, Emmanuel Macron, Volodymyr Zelensky, Marine Le Pen et Elon Musk ont connu des débuts variés. Cet été, L’Express remonte le temps et vous propose de redécouvrir les premiers portraits de ces personnalités : quand Donald Trump bâtissait un empire immobilier, quand Marine Le Pen portait la robe d’avocate, lorsque Volodymyr Zelensky quittait la scène artistique pour l’arène politique… A travers nos archives, plongez dans les coulisses de leurs premiers pas, là où tout a commencé.
EPISODE 1- Du jeu télévisé « KVN » à la guerre en Ukraine : les débuts méconnus de Volodymyr Zelensky
EPISODE 2 – « Tu vas te faire massacrer… » : quand Marine Le Pen vivait le quotidien des avocats pénalistes
EPISODE 3 – Gratte-ciel et palaces de marbre : quand Donald Trump était le « Michael Jackson de l’immobilier »
Dans L’Express du 15 mai 2013
Extrait de « Emmanuel Macron, l’ex-banquier qui murmure à l’oreille de François Hollande »
C’est un dîner comme Paris sait les mitonner. Des banquiers, des communicants, des conseillers de ministre… de droite et de gauche. Nous sommes à la fin de 2008, Nicolas Sarkozy dirige la France, tandis que François Hollande a pris le sombre corridor qui mène aux oubliettes de l’Histoire. Il n’est plus premier secrétaire du PS et les socialistes commencent à regarder Dominique Strauss-Kahn avec les yeux de Chimène.
Autour de la table, deux hommes font connaissance en parlant politique. « En 2012, ce sera François Hollande, je mise sur lui », dit le premier au second, qui le prend pour un fou. En Bourse, on appelle cela « acheter à la baisse » et il n’est pas étonnant que ce hollandais précoce soit directeur à Rothschild & Cie Banque. Il se nomme Emmanuel Macron. Moins de quatre ans plus tard, le 15 mai 2012, il devient, à 34 ans, secrétaire général adjoint de la présidence de la République.
Portrait d’Emmanuel Macron publié dans L’Express du 15 mai 2013.
Très vite, Macron se fait remarquer. Par son âge, un objet de curiosité – il fréquente l’école primaire à l’époque où Laurent Fabius habite Matignon. Par son parcours, une hyperbole de l’excellence : en sixième, il connaît déjà les racines grecques et latines de la langue française. Par ce supplément d’âme qu’il donne à son CV d’énarque en tâtant de la philosophie – il est un temps l’assistant de Paul Ricoeur – et de la politique – il milite dans le Pas-de-Calais dans les années 2000.
Emmanuel Macron, 35 ans, grand-père…
Par sa vie personnelle, pas banale. Quand il dit qu’il va rejoindre ses petits-enfants en week-end, le trentenaire ne parle pas de ses enfants en bas âge, mais bien de ses petits-enfants. En réalité, ceux de sa femme, vingt ans de plus que lui et mère de trois grands adultes. Cette professeure de français enseigne dans une institution religieuse réputée de la capitale. « Elle est de ces profs dont les élèves se souviennent longtemps, parce qu’elle leur a donné le goût de la littérature », relate l’un de ses collègues.
Ces derniers temps, Emmanuel Macron est dans la peine : en avril, il a perdu sa grand-mère. Une passion. A 5 ans, le petit Amiénois demande à vivre avec cette directrice d’école. En pratique, elle l’élève autant que ses parents, tous deux médecins. Cet enfant de la bourgeoisie et de la province, formaté par les jésuites et les écoles de l’élite, n’a pas le cynisme de son profil. Il est (encore ?) protégé par son enthousiasme, voire sa naïveté, et par son humour. A l’Elysée, pendant les réunions ennuyeuses – et il y en a -, il envoie des SMS aux autres conseillers, ceux qu’il aime bien, pour croquer une situation ou moquer un personnage. Il en expédie aussi à 2 heures du matin : le Mozart de l’Elysée dort de quatre à cinq heures par nuit, par obligation, par inclination.
A l’Inspection des finances (2004-2008), il ne se signale pas uniquement par un rapport sur la gestion de la trésorerie de l’Etat. Il fait rire ses camarades. « Il était mon voisin de bureau et, quand je rentrais de mission, j’allais le voir pour décompresser », raconte Sébastien Proto, le jumeau de Macron. Elèves de la promotion Léopold Sédar Senghor de l’ENA (2004), ces deux-là alternent cabinets et banque d’affaires. La gémellité s’arrête là où commence la politique : « Je suis de droite, sarkozyste, il est de gauche », affirme Proto, qui a travaillé avec Eric Woerth et Valérie Pécresse. Les deux hommes ont échangé beaucoup de textos durant la campagne. Ils continuent à se voir et à « se faire la bise ».
La Sarkozie l’a dragué en 2007, en vain
Macron aurait pu, lui aussi, embrasser la Sarkozie, qui l’a sollicité en 2007. « Mais il avait choisi la gauche, confirme un ancien conseiller de l’ex-président, bien que, intellectuellement, je ne voie pas très bien ce qui nous sépare. Du moins en matière économique. » Il n’est pas étonnant que deux tenants d’une gauche pétrie de réalisme, Jean-Pierre Jouyet, ami de Hollande, et Jacques Attali, recruteur du jeune François en 1981, l’aient repéré. Jouyet l’encourage à travailler pour Hollande. Attali aussi, qui l’a présenté au futur président au cours d’un dîner, en 2007, et le choisit pour être rapporteur général adjoint (puis membre) de sa Commission pour la libération de la croissance française. Un concentré d’expertises et d’ego que l’intelligence analytique de Macron réussit à harmoniser.
Au milieu des années 2000, le jeune technocrate produit quelques notes pour l’équipe de DSK. Il est de nouveau sollicité à la fin de 2010. En vain. Il appartient alors à la petite troupe qui se réunit tous les lundis matin du côté du Trocadéro, dans l’appartement parisien d’André Martinez, camarade d’HEC de François Hollande. Puis, de juillet à décembre 2011, il anime un cénacle d’experts et d’économistes, le groupe de la Rotonde, qui rapporte tous les quinze jours au candidat.
Déjà, on parle de lui comme du futur secrétaire général adjoint de l’Elysée. Sûr de sa valeur, il n’acceptera pas moins. Il veut avoir la main sur l’économie, le social et l’Europe, triptyque indissociable selon lui. Au début de mai 2012, il s’est déjà renseigné : le passage de Rothschild à l’Elysée n’est pas contraire aux règles déontologiques. La feuille de route est dans sa tête : redresser les comptes publics et retrouver de la compétitivité, y compris à coups de réformes dites libérales, qui font hurler la moitié des socialistes.
Marché du travail plus flexible, mise sous conditions de ressources des allocations familiales et des remboursements maladie, lutte contre les « rentes de gauche », celles de la fonction publique. Mais il croit aussi que l’on peut augmenter les impôts et qu' »une société respire mieux quand chacun réussit selon ses mérites et quand l’Etat est présent dans les moments durs de la vie ». En mai 2012, il annonce à un proche : « Je n’irai pas à l’Elysée pour faire des vieux trucs. » […]
Service public vs vie politique
Avant de choisir la banque d’affaires – il entre chez Rothschild en septembre 2008 -, il avait sondé Alain Minc, l’un des parrains de cette institution. Qui lui indique le chemin de la finance privée, avec ce commentaire : tu gagneras de l’argent et la liberté de faire ensuite de la politique.
Il interroge aussi Xavier Musca, qui lui donne l’avis inverse, préférer le service public. Marque de courtoisie, Macron téléphone à ce dernier après que Jean-Marc Ayrault a annoncé, le 23 mai 2012, que Xavier Musca ne serait pas nommé à la tête de la Caisse des dépôts. Les contacts n’ont pas cessé : de l’Elysée, Macron téléphone encore à Musca pour lui demander son avis au moment de la crise chypriote, en mars.
Les ministres qui le connaissent l’aiment bien. Pierre Moscovici, sans surprise ; plus curieusement, Arnaud Montebourg, alors que les deux hommes, c’est un euphémisme, ne sont pas tout à fait sur la même ligne. Avec Marisol Touraine, il prend un petit déjeuner environ tous les mois. Il a fait connaissance avec Cécile Duflot lors d’un déjeuner, en février, organisé par le directeur du cabinet de la ministre du Logement, Manuel Flam.
Pascal Canfin, lui, est encore surpris que Macron l’ait soutenu dans un combat peu orthodoxe : affecter une partie du produit de la taxe sur les transactions financières au développement des pays pauvres et non au seul désendettement de la France. Tous ne tombent évidemment pas sous le charme : Emmanuel Maurel, chef de file, au PS, du courant Maintenant la gauche, se dit gêné par ce parcours typique d’une « oligarchie qui passe de la banque à l’Elysée et vice versa ; c’est très sarkozien ».
Président de la République dans vingt ans ?
La banque, l’argent… Partageant un café avec Macron dans le bureau de celui-ci, un conseiller de l’Elysée ressent un choc en découvrant le montant du tiers provisionnel dû par son hôte – l’imprimé fiscal traîne sur la table : une somme à six chiffres ! Macron n’est pas resté assez longtemps chez Rothschild pour devenir riche à millions, mais il a très bien gagné sa vie en 2011 et pour les cinq premiers mois de 2012 : 900 000 euros (550 000 après charges et impôts), à comparer à ses 156 000 euros annuels aujourd’hui, rémunération identique à celle du président de la République. L’ex-banquier ne paie pas l’ISF (à partir de 1,3 million d’euros).
A un ami, il avait confié qu’il ne resterait pas plus d’un an ou un an et demi à l’Elysée. Et après ? La politique ? Les uns le verraient bien ministre de Hollande, mais la mode est aux poids lourds de la politique. D’autres suggèrent un retour vers la banque, la direction d’une grande entreprise. Jacques Attali fait plus simple : président de la République dans vingt ans. La rumeur dit que l’ancien conseiller de François Mitterrand cherche déjà le Macron de Macron !
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Publish date : 2025-08-08 06:15:00
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