« Ce que je constate, c’est que les médias réagissent très peu à l’idée que nous sommes réellement en très grande difficulté dans ce pays » a affirmé Nigel Farage, le leader du parti populiste d’extrême droite Reform UK le 26 août dans un discours enflammé. La racine de ces maux, selon lui : « le fléau de l’immigration », « l’invasion » menée par les hommes et les femmes qui traversent la Manche sur des bateaux pneumatiques dans l’espoir d’une vie digne. Des hommes « en âge de se battre » a noté le chef du parti eurosceptique et conservateur, lors de son discours effectué dans un hangar d’aviation à Oxford, immense Union Jack dans le dos et parterre de journalistes face à lui. « Nous ne sommes pas loin de troubles civils majeurs », a-t-il alerté en conclusion.
Ce même jour, dans un entretien accordé au journal le Daily Telegraph, Nigel Farage a annoncé détenir la solution. « Il n’existe qu’une seule façon d’empêcher les personnes d’entrer illégalement au Royaume-Uni, c’est de les détenir et de les expulser », a-t-il rabâché. Pour cela, le leader de Reform UK a exposé lors de sa conférence de presse un plan composé de mesures drastiques, qui permettront d’expulser « entre 500 000 et 600 000 » demandeurs d’asile… Durant son premier mandat, s’il était élu Premier ministre.
Des déclarations qui pourraient importer peu, au vu du chiffre peu reluisant de quatre sièges actuellement occupés eu sein de la Chambre des Communes par des membres du parti Reform UK. Sauf que les élections générales de 2029 approchent. Et que le parti est en tête de la grande majorité des sondages d’opinion lancés par les médias britanniques. Il atteint environ 28 % des intentions de vote, contre 20 % pour le parti Travailliste de Keir Starmer (la gauche historique actuellement au pouvoir) donne par exemple le dernier sondage de Skynews.
Quitter la CEDH, construire des centres de détention…
Pour mener ces expulsions de masse, Nigel Farage voit grand : il commencera par abattre le plus grand des obstacles de droit international en quittant la Convention européenne des droits de l’Homme (CEDH), a-t-il promis mardi. Il s’engage aussi à « désappliquer » trois autres conventions européennes : la Convention relative aux réfugiés, la Convention du Conseil de l’Europe sur la lutte contre la traite des êtres humains, la Convention des Nations Unies contre la torture et le Pacte international des Nations Unies relatif aux droits civils et politiques, selon l’agence de presse britannique Reuters.
Une fois actés, ces désengagements permettraient à son pays d’adopter une loi spéciale : le Illegal Migration Mass Deportation Act. Une telle adoption impacterait la politique migratoire du Royaume-Uni bien plus longtemps que le temps du mandat éventuel de Nigel Farage, puisque cette loi créerait une obligation légale pour tout ministre de l’Intérieur britannique de renvoyer les migrants clandestins, quelles que soient ses convictions politiques. « Le non-respect de cette obligation constituerait une violation de la loi », a fièrement expliqué Nigel Farage durant son discours.
Selon le politique, son gouvernement hypothétique entreprendrait ensuite la construction de centres de détentions sur des sites militaires, achevés sous 18 mois. Ceux-ci pourraient détenir jusqu’à 24 000 personnes à la fois, de manière permanente et irréversible jusqu’à expulsion. Cela permettrait l’expulsion de 288 000 personnes par an, selon les calculs de Nigel Farage.
Dernière mesure particulièrement controversée : l’utilisation de 2 milliards de livres (environ 2,3 milliards d’euros) d’argent public britannique qui serviront d’argument pour encourager certains pays à récupérer leurs ressortissants indésirables. Quel que soit le statut de l’Etat, et sa propension à violer les droits de l’homme. Selon The Guardian, l’Érythrée et l’Afghanistan seraient concernés. Les Talibans afghans se sont immédiatement déclarés « prêts et disposés » à accéder à la proposition de Farage, rapporte The Telegraph.
« Faible » selon Elon Musk
Pour le milliardaire américain et désormais figure d’extrême droite Elon Musk, Nigel Farage reste pourtant un « faible qui ne fera rien » pour freiner l’immigration en Grande-Bretagne, a-t-il réagi selon Euronews mardi 26 août. En proie à une rixe avec Farage depuis plusieurs mois, Elon Musk a récemment apporté son soutien au nouveau parti Advance UK, une émanation de Reform UK, fondée par l’ancien chef adjoint Ben Habib et soutenue par l’activiste d’extrême-droite Tommy Robinson.
Advance UK will actually drive change.
Farage is weak sauce who will do nothing. https://t.co/Vnw2uTdRRi
— Elon Musk (@elonmusk) August 26, 2025
La politique de la figure populiste britannique ne semble donc pas assez radicale pour Elon Musk. Et pour cause : lorsqu’il est question d’immigration, de plus en plus de partis et de gouvernement se tournent vers des mesures sévères. Le gouvernement travailliste britannique a lui-même laissé entendre dans la foulée du discours de Nigel Farage que Keir Starmer n’excluait pas un accord avec l’Afghanistan et l’Érythrée. « Nous n’écartons aucune option », a ainsi déclaré un porte-parole du premier ministre auprès du Telegraph. Mi-juillet, l’Allemagne a elle aussi repris les expulsions vers l’Afghanistan après avoir négocié un accord avec les Talibans, alors que Berlin ne reconnaît pas officiellement le régime de Kaboul.
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Author : Enola Richet
Publish date : 2025-08-28 17:51:00
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