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« Nouveau départ » ou « simple pause » : l’accord sur le plan de paix à Gaza vu par la presse internationale

« Nouveau départ » ou « simple pause » : l’accord sur le plan de paix à Gaza vu par la presse internationale

Un enthousiasme modéré, voire très modéré. L’accord entre le Hamas et Israël, qui a été formellement signé ce jeudi en Egypte, à l’issue de plusieurs jours de pourparlers indirects sous l’égide de ce pays, des Etats-Unis et du Qatar, a le grand mérite d’exister mais il reste pour l’heure un peu trop flou pour arracher des vivats aux observateurs de la presse internationale.

Le quotidien anglais The Guardian rappelle ce que l’on sait – « le retour des otages détenus par le Hamas [NDLR : 20 seraient encore en vie sur 47] en échange d’un retrait limité des forces armées israéliennes », auquel s’ajoute la libération de près de 2 000 prisonniers palestiniens – mais souligne aussi tout ce qui reste ignoré, à commencer par « le futur du Hamas et la question de son désarmement ». De l’autre côté du champ de bataille, ou plutôt de ruines, « la crainte est qu’Israël ne reprenne son offensive une fois les otages libérés ».

Le New York Times ne dit pas autre chose, qui écrit que le « Hamas pourrait bien rechigner aux étapes suivantes, de même que M. Netanyahou », qui proclame que « le boulot ne sera pas fini tant que chaque combattant du Hamas ayant pris part à l’attaque du 7 Octobre n’aura pas été traqué ». Le Premier ministre israélien, en outre, doit composer avec une situation politique complexe, le ministre d’extrême droite Bezalel Smotrich, opposé à la libération des prisonniers palestiniens, ayant d’ores et déjà déclaré qu’il voterait contre l’accord.

La question de la future gouvernance pourrait également être épineuse, poursuit le quotidien américain : « La façon dont les Etats-Unis et ses alliés vont mettre en place un gouvernement technocratique d’interim n’est pas claire, (…). Et personne ne sait quel rôle, si elle en a un, l’Autorité palestinienne va jouer. »

De son côté, El Pais rappelle que « personne n’aurait soupçonné une telle issue, à en juger par les contradictions sur Gaza du républicain depuis son entrée en fonction en janvier » mais le quotidien espagnol souligne que « durant ses huit mois de présidence, Trump a toujours tendu la main à Netanyahou et à son gouvernement ultra-conservateur ».

Le plus sceptique est le journal israélien de centre-gauche Haaretz, qui relève « l’empressement » avec lequel l’accord a été signé : « Les négociateurs, sous la forte pression du président américain Donald Trump, ont incité le Hamas à signer avant que tous les détails ne soient arrêtés. » Conséquence, une fois la première étape de l’échange de prisonniers passée, « l’absence d’un mécanisme de contrôle et un cadre diplomatique plus large » pourrait s’avérer rédhibitoire. Et d’une manière générale, « alors que l’annonce sonne comme un nouveau départ, elle pourrait n’être qu’un brève pause dans une histoire bien plus longue, dont la fin n’est pas en vue. Trump présente l’accord comme un accord de paix. Mais personne ne parle véritablement de paix. Il n’y a pas de discussions de frontières, de souveraineté ».

Beaucoup pointent le rôle d’accélérateur joué par le prix Nobel, décerné vendredi et hautement convoité par le président américain. « Le désir de donner une victoire au président américain a motivé les considérations politiques à Washington et dans tout le Moyen-Orient », pour The Guardian. Pour le New York Times, qui voit dans la séquence le « test ultime pour l’objectif autoproclamé du président américain d’être un faiseur de deal et de paix », « si le plan de paix aboutit, M. Trump pourrait prétendre au prix Nobel avec autant de légitimité que les quatre présidents américains [Theodore Roosevelt, Woodrow Wilson, Barack Obama et Jimmy Carter] qui l’ont remporté par le passé. » Haaretz estime de son côté que l’obtention de la gratification pourrait jouer un rôle plus déterminant, et funeste : « Dans un monde toujours à la merci des caprices de Trump, la question de savoir s’il remportera le prix Nobel pourrait déterminer le sort de l’accord. Une victoire pourrait le consolider ; une déception le faire échouer. »

Pessimiste, ou lucide, le New York Times conclut : « L’histoire de la région indique que l’élaboration d’accords de paix pour mettre fin aux conflits s’apparente un peu au nettoyage des dégâts après une éruption volcanique : il est certain que cela se reproduira. Il est simplement difficile de savoir quand et avec quelle violence. »



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Publish date : 2025-10-09 16:18:00

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