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Rachida Dati, seule contre tous : sa guerre avec Gabriel Attal, sa rancœur envers Bruno Retailleau

Rachida Dati, seule contre tous : sa guerre avec Gabriel Attal, sa rancœur envers Bruno Retailleau

Elle voit tout, elle sait tout. En juillet, Annie Genevard profite d’un passage à Marseille pour participer à une réunion militante avec Martine Vassal. La rencontre entre la ministre LR de l’Agriculture et la candidate aux municipales est immortalisée par La Provence. Et vue à Paris : Rachida Dati en prend bonne note et l’a mauvaise. Elle garde un œil averti sur la presse locale… en tout cas quand cela la concerne. SMS à sa collègue, photo du crime à l’appui, reproche sur le thème du « Deux poids, deux mesures. » L’élue du Doubs affiche sa stupéfaction, qui a déjà eu l’occasion de dire du bien de la future candidate à Paris. Pas assez apparemment pour Rachida Dati, qui lui fait remarquer que les deux femmes ne sont pas issues du même milieu – du grand classique chez elle, adepte du procès en mépris de classe. Rideau. La ministre de la Culture cesse de lui adresser la parole, ne salue plus son homologue de l’Agriculture en Conseil des ministres. Puis, l’étincelle vint. Voilà les deux femmes, suspendues de LR après leur reconduction dans le gouvernement, de nouveau complices.

Complices, eux ne l’ont jamais été, du coup il savait à quoi s’attendre. Le 27 août, Brice Hortefeux est l’invité de BFMTV pour commenter l’actualité politique, du vote de confiance déclenché par François Bayrou au mouvement « Bloquons tout ». Survient le cas Rachida Dati. L’ex-ministre de l’Intérieur entretient une relation épouvantable avec l’ex-garde des Sceaux, nourrie de messages fielleux révélés par la presse. Alors, Brice Hortefeux s’octroie un petit plaisir. Est-il heureux qu’elle soit candidate à la mairie de Paris ? « Je ne suis pas électeur à Paris. » Ne la porte-t-il pas dans son cœur ? « Le cœur avec Rachida Dati, c’est quelque chose de très secondaire. » Le plateau se régale de cet humour pince-sans-rire. Rachida Dati, elle, n’esquisse pas un rictus. « Toujours aussi nul me concernant », lâche-t-elle par SMS à son meilleur ennemi. « Au moins, j’ai raison sur le reste », lui répond-il.

Du Rachida Dati tout craché. Surinformée, elle ne perd pas une miette des propos tenus sur elle. Sans filtre, elle ne laisse rien passer. Culot et intimidation se confondent. Parlez-en à ce cadre LR. Cet élu francilien est sollicité cet été par la ministre de la Culture. Elle n’apprécie guère un tweet publié par un de ses soutiens, qu’il connaît à peine. Ce dernier a le toupet d’apporter son soutien à Michel Barnier à la législative partielle de Paris, alors qu’elle menace d’y présenter sa candidature. Demande exprès : possible de faire supprimer ce message ? Une telle offense ne saurait subsister sur la plateforme X.

« Avec qui n’est-elle pas insistante ? »

Paris vaut bien un flicage. Rachida Dati est tendue vers cet objectif. Celui d’une vie politique. Les sondages lui accordent une vraie chance de victoire. Le couronnement ou la chute. Elle était entrée au gouvernement en janvier 2024 pour consolider une alliance entre la droite et les macronistes. « Il n’y a pas de deal », s’époumonait à l’époque Emmanuel Macron par SMS. C’était tout comme. Avec le ministère de la Culture pour rampe de lancement. Michel Barnier n’a pas oublié la pression mise par Rachida Dati pour rester en poste après son entrée à Matignon. « Avec qui n’est-elle pas insistante ? », relativise-t-il, maniant l’euphémisme.

Depuis quelques jours l’édifice s’ébranle. Rachida Dati est soutenue du bout des lèvres par Les Républicains (LR), après sa suspension du parti en raison de sa participation au gouvernement Lecornu. Renaissance l’a lâchée au profit du candidat Horizons Pierre-Yves Bournazel. La voilà seule contre les appareils, à un moment de bascule, quatre mois avant le premier tour. Les nuages s’amoncellent. Elle a longtemps volé au-dessus d’eux. Fin janvier 2024, la ministre de la Culture se rend en Inde dans les bagages d’Emmanuel Macron. Neuf heures de vol, cela laisse le temps de discuter. Rachida Dati échange avec son homologue aux Affaires étrangères Stéphane Séjourné. Elle l’entreprend sur sa relation passée avec Gabriel Attal, surjouant la candeur et la bonne copine.

Quand les intérêts convergent, tout va ! Comme au printemps 2024, lorsque l’ancien directeur de cabinet de la maire du 7e arrondissement, Jean Laussucq, est investi aux législatives par Renaissance avec un proche collaborateur de Gabriel Attal pour suppléant. « J’ai un accord avec Attal », glisse-t-elle à l’époque à un complice. Et comme un bonheur n’arrive jamais seul, Gabriel Attal, alors ministre de l’Education, ne rêve pas d’Hôtel de Ville. Quelques jours avant qu’il entre à Matignon, Valérie Pécresse l’incite à se lancer. « Trouve un accord avec Dati, mais vas-y toi ! », lui conseille la présidente de la région Ile-de-France. Refus du ministre de l’Education. « On ne va pas en 2026 à une élection quand on en vise une en 2027. » Un premier armistice.

« Je vais la démonter »

La paix a vécu. Gabriel Attal a reçu fin octobre une salve de SMS salés de Rachida Dati en raison de son soutien à Pierre-Yves Bournazel. L’ex-Premier ministre ne s’en formalise pas et note la bonne santé de sa chienne Volta, à qui Rachida Dati promettait en 2024 – avec humour – le pire si le chef de gouvernement ne sauvait le budget du ministère de la Culture. Que Gabriel Attal se rassure. La colère de sa nouvelle ennemie n’est pas exclusive. La députée de Paris Astrid Panosyan-Bouvet, coupable de s’être rangée à la décision de Renaissance ? « Je vais la démonter. »

Quelle mouche a piqué Gabriel Attal ? Il y a cette maudite partielle estivale dans la 2e circonscription de Paris, source de procès d’intentions réciproques. Cette méfiance de la base militante Renaissance, guère enthousiaste à l’idée de soutenir une sarkozyste aussi clivante. Si éloignée de la « bienveillance », mantra du macronisme originel. L’ancien Premier ministre doute enfin des chances de succès de Rachida Dati dans une ville sociologiquement de gauche. Alors, pourquoi adouber celle qui sera jugée en septembre 2026 pour « corruption » et « trafic d’influence » dans l’affaire Ghosn ? Opportunisme électoral et défense des valeurs se mêlent ici à merveille.

Sous les rires, la brutalité

Et puis, quelque chose a changé. Longtemps, sa gouaille et son audace légendaire ont résumé Rachida Dati. Il y a cette folle répartie sur les plateaux télévisés, qui a mis à terre tant d’adversaires. Le compte X « Les Punchlines de Dati », suivi pas plus de 27 000 utilisateurs, en fait la recension. Dati le caméléon, capable d’agréger des sociologies électorales diverses. Aussi à l’aise dans les quartiers populaires que les coins cossus de la capitale.

Ce vernis craquelle. Un parfum d’affairisme enveloppe la candidate, dont l’authenticité a été si longtemps le moteur politique. Outre le procès Ghosn, elle est citée dans une information judiciaire en lien avec la détention au Qatar, en 2020, d’un lobbyiste franco-algérien. D’après une enquête du Nouvel Obs et de Complément d’enquête, elle aurait perçu 299 000 euros d' »honoraires » non-déclarés de GDF Suez en 2010-2011 quand elle était eurodéputée et avocate, ce qu’elle réfute.

Sous les rires, la brutalité. Sa violence verbale envers ses adversaires politiques est portée à la connaissance des Français. Ses pressions contre les journalistes sont dévoilées quand ses affaires judiciaires sont mises sur la table. Et les coups sont parfois portés dans l’arène publique. Le 18 juin, le journaliste Patrick Cohen interroge Rachida Dati sur ses démêlés avec la justice dans l’émission C à Vous. La ministre menace en réponse l’éditorialiste de poursuites judiciaires, en allusion à ses pratiques managériales dévoilées par Médiapart. Gabriel Attal, qui a échangé avec la ministre sur cette affaire, y décèle une « forme de bascule ». Le soir même, il consulte son équipe. Cette candidature Dati, une affaire moins simple qu’il n’y paraît. « Du Trump pur jus, note en privé Edouard Philippe. Il y a ici une rupture fondamentale avec les usages, une enquête Médiapart placée sur le même plan qu’une procédure pénale et une menace directe du ministère de tutelle. »

Le maire du Havre connaît mal Rachida Dati. Un SMS acide pour critiquer son ralliement à Emmanuel Macron et une discussion – très agréable – rue de Valois, c’est peu ! Ce 22 octobre, rendez-vous secret au Sénat. Edouard Philippe, accompagné de Pierre-Yves Bournazel, y retrouve Bruno Retailleau et ses proches pour parler des municipales. On évoque les villes sensibles, où une alliance pourrait vaincre la gauche. Le cas Dati s’invite dans la discussion. Pas bien longtemps, tant les positions sont figées. Le patron d’Horizons rappelle son soutien indéfectible à Pierre-Yves Bournazel. Bruno Retailleau professe le même engagement envers Rachida Dati, sans cacher leur relation tumultueuse.

Le Vendéen n’apprécie guère la ministre, à la culture politique si éloignée de la sienne. Les deux se parlent peu. « Tu as des nouvelles de Rachida ? », demande-t-il récemment à une fidèle de la candidate. « Elle me téléphone non-stop », répond celle-ci. Bruno Retailleau, lui, n’est pas pressé de faire le premier pas. Il ne suit pas le conseil de Nicolas Sarkozy, qui lui suggère un jour d’appeler fréquemment Rachida Dati afin de consolider sa relation avec elle. Une affective, cela se traite ! « C’est au-dessus de mes forces », répond le sénateur LR.

Le cas Retailleau

Il est permis de penser que Rachida Dati n’attend pas avec impatience chaque coup de fil du Vendéen. Plus que parler avec lui, elle aime parler de lui. Au soir de la reconduction de Sébastien Lecornu, elle jubile. C’en est fini du bail de Bruno Retailleau à Beauvau ! Voilà le patron de LR affaibli, victime de tant d’erreurs tactiques. L’homme avait eu l’outrecuidance de s’opposer à la loi PLM, qui réforme le mode de scrutin dans la capitale. Avec ses proches, Rachida Dati partage un extrait du film policier Le Grand Pardon, et cette tirade de Roger Hanin. « Il y a cinq minutes, tu arrivais avec tes hommes, tu flambais, tu étais numéro un ; regarde maintenant, tu es numéro zéro, t’es rien. » L’extrait se suffit à lui-même.

Rachida Dati sait parfois se rappeler au bon souvenir du patron de sa famille politique. Début septembre, le magazine d’extrême droite L’Incorrect diffuse une conversation des journalistes Patrick Cohen et Thomas Legrand avec deux responsables socialistes, enregistrés à leur insu. « Nous, on fait ce qu’il faut pour Dati, Patrick [Cohen] et moi », glisse l’éditorialiste de France Inter Thomas Legrand. Le sang de Rachida Dati ne fait qu’un tour. SMS à une ministre LR : « Tu n’as pas encore réagi. » Le constat vaut accusation. Message à Bruno Retailleau : LR doit réagir! Le parti s’exécute et publie un tweet de condamnation. Le ministre de l’Intérieur partage le message d’indignation de Rachida Dati. Bien, mais peut mieux faire. Elle relance le ministre de l’Intérieur. Pourquoi ne pas avoir publié la vidéo litigieuse ? Que le péché du service public soit visible aux yeux de tous !

Proximité avec Macron

Rachida Dati, elle, ne cache rien. De sa colère contre Gabriel Attal, par exemple. « Il disait lui-même qu’il ne comprend plus les décisions du président de la République, alors, je suis peut-être d’accord sur une décision. Je n’ai pas compris pourquoi il l’a nommé Premier ministre », lâche-t-elle le 29 octobre sur LCI. Derrière elle, ses soutiens Renaissance Benjamin Haddad et Sylvain Maillard encaissent le coup porté à leur patron. Quelques heures plus tard, Gabriel Attal croise le second à l’Assemblée nationale. « Ce n’est pas une surprise. Rachida Dati, soit tu es avec elle, soit tu es contre elle », lâche l’ex-locataire de Matignon. « C’est l’inverse de ce qu’elle devrait faire », répond le député, peu friand de ce genre d’attaques.

Emmanuel Macron a aimé cette repartie féroce. Le chef de l’Etat apprécie la ministre de la Culture, devenue proche de son épouse. Il l’avait encouragée à se lancer face à Michel Barnier lors de la législative partielle à Paris. Le chef de l’Etat a assuré cet été à un macroniste historique qu’il ne se mêlerait pas des municipales dans la capitale. Prière de le croire. Elle ne compte pas sur lui. Rachida Dati mise d’abord sur sa notoriété et son incroyable savoir-faire en campagne pour succéder à Anne Hidalgo.

« Dati est une marque », répètent en chœur ses soutiens. Après tout, les partis politiques sont démonétisés et n’ont plus la force prescriptrice d’antan. Les Parisiens éliront pour la première fois en mars leur maire au suffrage universel direct, renforçant la personnalisation du scrutin. Autour d’elle, on veut croire qu’elle seule peut incarner l’alternance à 25 ans de socialisme. Son opposition frontale à Anne Hidalgo a personnifié l’hostilité au pouvoir sortant. Elle face au peuple. Loin des appareils, Rachida Dati incarne la modernité politique. Par son vacarme, sa radicalité rhétorique et sa mise à distance des appareils partisans. Pour le meilleur, parfois. Le pire aussi.



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Author : Paul Chaulet

Publish date : 2025-11-11 16:00:00

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