« Toute cette affaire est complètement absurde », s’agace un chroniqueur du média danois centre droit Berlingske. De son côté, le Copenhagen Post semble se délecter de ce « polar nordique » qu’il résume en quelques mots : « bureaucrates, sadomasochisme et vélos volés. » Le 5 novembre 2025, tous les yeux étaient braqués sur le tribunal de Lyngby, au nord de Copenhague. Ce dernier a ordonné le versement de 20 000 couronnes (soit environ 2 700 euros) à l’ancien patron du renseignement militaire danois (FE), Lars Findsen, pour atteinte à sa vie privée.
En cause : une réunion confidentielle, en janvier 2022, au cours de laquelle le chef du renseignement intérieur (PET), Finn Borch Andersen, aurait dévoilé aux responsables politiques des éléments intimes de sa vie, affirmant notamment que Lars Findsen volait des vélos pour les échanger contre des services sexuels sadomasochistes. Des accusations spectaculaires, mais impossibles à étayer.
La cour les a jugées fausses, illégales et offensantes, et donc largement injustifiables – même au nom de la sécurité nationale. Alors que le parquet a fait appel, ce verdict rouvre une plaie que le gouvernement aimerait refermer au plus vite. Le PET lui est désormais suspecté d’avoir manipulé les responsables politiques pour faire surveiller Lars Findsen.
Cette affaire « découle de l’une des sagas politiques et juridiques les plus extraordinaires de l’histoire récente du Danemark : le fameux « scandale FE », résume le Copenhagen Post.
Un partenariat secret entre le FE et l’agence américaine NSA
Tout commence le 21 août 2020, lorsqu’une agence de contrôle révèle qu’elle a été alertée par un lanceur d’alerte. Selon lui, le FE – le service de renseignement militaire – aurait caché des informations cruciales et pourrait avoir espionné des citoyens danois. Et la sanction ne se fait pas attendre : quelques jours plus tard, le ministre de la défense suspend plusieurs responsables, dont Lars Findsen, figure centrale du renseignement danois depuis plus de vingt ans.
Dans les mois qui suivent, les médias découvrent une autre dimension du dossier : un partenariat secret entre le FE et l’agence américaine NSA, permettant aux États-Unis d’exploiter les câbles sous-marins de télécommunications danois. Ce dispositif, encore officieux à l’époque, aurait servi à espionner des dirigeants européens au début des années 2010. L’information circule, sans jamais être confirmée et certaines fuites encerclent désormais Lars Findsen.
Lars Findsen placé sur écoute
À l’automne 2020, il est placé sous écoute. Le 8 décembre 2021, à son retour d’un déplacement en Macédoine du Nord, il est arrêté à l’aéroport de Copenhague par des agents en civil. La presse parle alors de l’opération de surveillance la plus coûteuse jamais menée dans le pays, rappellent nos confrères du Monde. Trois autres employés du FE sont interpellés puis relâchés. Lars Findsen, lui, passe 71 jours au centre de détention de Hillerød, avant d’être libéré sous conditions. Il racontera cette période dans un livre publié un an plus tard.
Une commission d’enquête blanchira les responsables du FE dès la fin 2021, mais l’affaire connaît un énième rebond : en septemb2022, Lars Findsen et un ancien ministre de la défense, Claus Hjort Frederiksen, sont officiellement mis en examen pour divulgation de secrets d’État. Il faudra attendre octobre 2023 pour que la Cour suprême reconnaisse publiquement, pour la première fois, l’existence du partenariat avec la NSA, confirmant ainsi ce que les autorités avaient longtemps tenté de minimiser. Peu après, les poursuites sont abandonnées. Lars Findsen a depuis quitté ses fonctions avec une compensation financière élevée.
Le PET désormais dans le viseur
Désormais, ce n’est plus le FE qui pose problème, mais la manière dont le PET a géré son enquête. Alors qu’une partie de la classe politique réclame désormais des sanctions contre son chef, les médias aussi se questionnent. Le Berlingske estime que « PET a rompu le contrat tacite entre le citoyen et l’État ». Même interrogation dans le média Politiken : « Peut-on faire confiance à un chef du PET qui ment à nos politiciens et à la justice ? », se demande son rédacteur en chef.
Ce qui n’était qu’un scandale autour d’un homme devient peu à peu un test pour l’État de droit danois. De son côté, le gouvernement lui, semble bien décidé à tourner la page. Son objectif : éviter de nouvelles révélations sur l’accord avec les Américains.
Source link : https://www.lexpress.fr/monde/europe/bureaucrates-sadomasochisme-et-velos-voles-au-coeur-dune-saga-politico-judiciaire-au-danemark-RYKUZ5KRJFFFVOJLVEDLAOFAZ4/
Author : Audrey Parmentier
Publish date : 2025-11-23 10:36:00
Copyright for syndicated content belongs to the linked Source.
