Depuis le 18 novembre, la communauté universitaire est invitée à répondre à un sondage sur l’antisémitisme, à l’initiative du ministère de l’Enseignement supérieur. Officiellement, cette enquête doit permettre de « quantifier le phénomène » dans les universités et organismes de recherche. Mais sa diffusion provoque de vives réactions, au point de tendre un peu plus un milieu déjà fragilisé. Lundi 24 novembre, selon Le Monde, l’association France Université a adressé un courrier au ministère pour lui signaler « un certain nombre de problèmes dans la conception et les questions posées », annonçant qu’elle ne cautionnerait pas le sondage, un document de 44 pages réalisé par l’Ifop.
Largement relayé sur les réseaux sociaux, un courrier daté du 18 novembre et adressé aux chefs d’établissements les incite à diffuser aux enseignants et personnels administratifs un lien vers le questionnaire. Or certaines questions ont suscité l’inquiétude, « y compris auprès des responsables administratifs et juridiques », selon France Universités, notamment sur le respect du RGPD et la « neutralité de l’État ».
Les personnes sollicitées doivent se prononcer sur le conflit israélo-palestinien, indiquer leur âge, fonction, région, mais aussi leur religion éventuelle ou leur proximité avec un parti politique. Confiée au Cevipof, le centre de recherches politiques de Sciences Po, cette étude consacrée à « l’antisémitisme dans l’enseignement supérieur et la recherche », repose sur deux enquêtes, l’une menée auprès des étudiants, l’autre auprès des personnels.
« Une mascarade scientifique »
Dimanche 23 novembre, le Snesup-FSU, premier syndicat d’enseignants-chercheurs, a demandé le retrait du sondage. Son secrétaire général, Emmanuel de Lescure, dénonce une « mascarade scientifique », estimant que l’enquête vise à dresser « une espèce de cartographie des opinions politiques dans l’enseignement supérieur et la recherche », ce qui interroge sur sa « légalité ». Il s’inquiète de questions « biaisées » et s’interroge sur la garantie stricte de l’anonymat, promise par le courrier. Plusieurs chercheurs ont également exprimé leur inquiétude sur les réseaux sociaux. « Produire des statistiques sur les orientations politiques des agents de la fonction publique ne peut que mener à les jeter à la vindicte de médias ultra-orientés », a écrit sur Bluesky Emilien Houard-Vial, chercheur en sciences politiques.
Le questionnaire interroge les personnels sur l’antisémitisme dont ils pourraient avoir été témoins, mais aussi sur leurs propres opinions. À cette question, par exemple : « Quand vous pensez à l’antisémitisme en France, diriez-vous que les juifs ont une part de responsabilité ? » D’autres items demandent de classer de « tout à fait vraie » à « tout à fait fausse » certaines affirmations telles que : « Globalement, les juifs sont plus riches que la moyenne des Français. » Si l’islamophobie, la misogynie ou l’homophobie sont évoquées, l’accent porte largement sur les représentations des juifs.
« Aucun agent n’est obligé d’y répondre »
Face aux critiques, le centre de recherches politiques de Sciences Po a défendu, lundi, son enquête. Dans un message transmis à l’AFP, il affirme qu’elle repose sur « une méthodologie classique et éprouvée par les chercheurs du Cevipof et que « toutes les garanties ont été mises en place pour préserver l’anonymat des répondants ». Le Cevipof assure que ni lui ni le ministère ne disposeront des données individuelles recueillies par l’Ifop, seul gestionnaire des données. « Aucun agent n’est obligé d’y répondre », insiste-t-il.
« J’apporte mon plein soutien au Cevipof dont la rigueur est connue de tous. La liberté de la recherche ne se négocie pas », a de son côté réagi sur X le directeur de Sciences Po, Luis Vassy.
À noter que cette controverse intervient quelques mois après le vote, début juillet, d’une loi contre l’antisémitisme dans l’enseignement supérieur, imposant notamment un référent dédié dans chaque établissement.
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Publish date : 2025-11-25 10:39:00
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