Quiconque parviendra à arrêter le président vénézuélien, Nicolas Maduro, sera récompensé de 50 millions de dollars. C’est du moins la promesse folle de l’administration de Donald Trump, qui accuse le dirigeant latino-américain d’être à la tête d’un réseau de narcotrafic, le « Cartel des Soleils », une organisation classée en juillet comme « terroriste » par le Trésor américain, mais dont l’existence est contredite par de nombreux spécialistes des questions criminelles et de stupéfiants en Amérique latine.
Ce nom, qui évoque les épaulettes des généraux vénézuéliens ornées d’un soleil doré dont le nombre augmente à mesure que le rang s’élève, est apparu dans la presse en 1993, six ans avant l’arrivée au pouvoir de l’ex-président Hugo Chavez, dans une affaire impliquant deux généraux visés par une enquête pour trafic de drogue. « L’expression « Cartel des Soleils » a été inventée par des journalistes vénézuéliens. [Mais] cette organisation n’existe pas », a déclaré auprès du New York Times Phil Gunson, analyste principal à l’International Crisis Group, qui vit au Venezuela.
Une corruption étatique
Voilà pourquoi, ni l’Evaluation nationale annuelle des menaces liées à la drogue de l’administration américaine en charge du sujet (DEA), qui décrit en détail les principales organisations de trafic, ni le rapport mondial annuel sur les drogues de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC), n’a jamais mentionné l’organisation. Toutefois, « il ne fait aucun doute qu’il y a une complicité entre des individus liés au pouvoir et le crime organisé », poursuit Phil Gunson, bien que « des preuves directes et irréfutables n’aient jamais été présentées ».
Un constat partagé par InSight Crime, un groupe de réflexion spécialisé dans la criminalité et la sécurité en Amérique latine, pour qui le trafic de drogue est en effet fortement ancré au sein du gouvernement vénézuélien. Dans cette perspective, « le Cartel des Soleils est plus précisément un système de corruption dans lequel profitent des responsables militaires et politiques en collaborant avec des trafiquants de drogue », indique-t-il, avant de préciser que l’idée selon laquelle Maduro dirigeait le Cartel des Soleils était « une simplification excessive ».
Des frappes de bateaux
Vraie existence ou pas, cette accusation et la surveillance accrue du président vénézuélien s’inscrivent dans une opération planifiée de plus grande envergure visant les embarcations soupçonnées de trafic de drogue pour le compte de cartels sud-américains. Depuis le 2 septembre, l’armée américaine, sur ordre de Donald Trump, a bombardé 21 de ces bateaux, faisant 83 victimes, lors d’opérations qui semblaient initialement se concentrer sur des suspects vénézuéliens, mais qui se sont étendues aux Colombiens. Plus tôt, le département d’Etat américain avait associé le président vénézuélien à l’ancienne guérilla colombienne des FARC et à ses dissidences actuelles.
Ce Cartel des Soleils « est une invention de l’extrême droite pour renverser des gouvernements qui ne leur obéissent pas », a justement réagi le président colombien de gauche Gustavo Petro, plus proche de Nicolas Maduro que de Donald Trump. La dirigeante de l’opposition vénézuelienne, Maria Corina Machado, a au contraire soutenu la position américaine contre le « système criminel » de Nicolas Maduro, les Etats-Unis ne reconnaissant pas sa victoire à l’élection de juillet 2024.
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Publish date : 2025-11-25 18:45:00
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