Les débats autour du budget 2025 n’avaient pas brillé par leur hauteur de vue. Les palabres parlementaires de cet automne autour du projet 2026 ne relèvent pas le niveau. Du haut de la montagne de dette publique française – près de 3 500 milliards d’euros -, un demi-siècle d’incurie nous contemple. Notre pays n’a pas voté de comptes à l’équilibre depuis 1974. Dans cette chronique d’une catastrophe annoncée, la réponse politique semble bien loin des enjeux. « On s’écharpe, sur les bancs de l’Assemblée nationale, pour des mesures qui ne concernent que 0,05 % de la dette », fustige Marie-Pierre de Bailliencourt, directrice générale de l’Institut Montaigne. Pour rompre avec la fatalité, les experts de ce think tank libéral se sont prêtés à l’exercice dit « budget base zéro » (BBZ), auquel s’adonnent d’ordinaire les entreprises plutôt que les Etats. Le principe est simple : au lieu de s’appuyer sur la copie de l’année précédente, on repart d’une feuille blanche pour questionner, poste par poste, la légitimité de chaque dépense.
Afin de poser le cadre, l’auteur de l’étude, Nicolas Laine, a retenu quelques postulats de départ. Un objectif d’équilibre primaire (hors intérêts de la dette) des comptes publics en 2029, pas d’imposition supplémentaire dans l’intervalle, et le respect de nos grands engagements – rémunérer nos créanciers, investir dans la défense jusqu’à parvenir à 2,7 % du PIB sous quatre ans et abonder le budget de l’Union européenne, autant de dépenses auxquelles on ne saurait se soustraire. Cette année 2029 est charnière. « C’est l’horizon politique fixé par la Commission européenne, rappelle Marie-Pierre de Bailliencourt. C’est aussi à partir de cette date que l’environnement géopolitique et économique va compliquer encore le service de la dette ». La charge d’intérêts pourrait alors passer le seuil des 100 milliards d’euros.
Mettre en œuvre le « BBZ » en France serait inédit. « Les rares tentatives menées depuis vingt ans pour réinterroger « à la base » la dépense publique ont toutes échoué », écrit Nicolas Laine dans sa note. La dernière expérience en date est à mettre au crédit du Premier ministre François Bayrou. Le prédécesseur de Sébastien Lecornu avait pressé chaque administration d’examiner son périmètre, d’identifier les doublons, d’interroger les moyens alloués. La démarche d’introspection, qui s’est soldée par la production de 600 pages d’analyses, était honorable. Mais vaine, pointe Nicolas Laine, après avoir épluché la somme : aucune suggestion de réorganisation, sauf une, jugée négligeable. « Il manquait une vision politique quant à la hiérarchisation des priorités », explique-t-il.
Les quatre scénarios sur la table
Lui-même a relevé le défi, théorique, de définir des choix forts, et d’en chiffrer les conséquences. Protéger les ménages ou gagner en compétitivité ? Privilégier les aînés ou la jeunesse ? Subir ou décider ? A la croisée des chemins, la France peut encore emprunter le bon, veut-on croire à l’Institut Montaigne. A condition d’en expliquer les raisons, et les effets. « Retraites, APL, point d’indice… A chaque fois qu’il y a une proposition, si louable soit-elle, on montre la médaille mais on ignore son revers : l’impact sur le budget, sur la capacité de l’Etat à se financer, sur la compétitivité… », déplore Marie-Pierre de Bailliencourt.
Pour afficher clairement ces enjeux, le think tank déroule quatre scénarios, archétypaux. Le premier, résultant de l’incapacité de nos gouvernants à déterminer des chantiers prioritaires, prend la forme d’un coup de rabot généralisé. Investissements tronqués dans l’éducation ou la transition écologique, dépenses sociales sabrées… Tout le monde y perd. Deuxième option : faire la part belle aux transferts sociaux, un prolongement de la tendance actuelle. Ne reste alors que la portion congrue – moins d’un quart de l’enveloppe budgétaire – pour toutes les autres politiques publiques, du transport à la recherche.
L’Institut Montaigne milite pour la troisième voie, celle qui met le cap sur les investissements dans l’IA, le quantique, l’enseignement, les infrastructures… Au prix d’efforts massifs sur le niveau des pensions des retraités, le reste à charge en santé, les prestations chômage, ou encore les effectifs dans la fonction publique territoriale. A ce jour, le risque le plus inquiétant est de foncer dans le mur du scénario 4, celui de l’austérité contrainte. Sous la pression des créanciers de la France. Ou du fait d’un contexte géopolitique qui obligerait à privilégier les dépenses militaires, au détriment d’autres. Une matière à penser pour nos élus d’aujourd’hui. Et les candidats de demain.
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Author : Muriel Breiman
Publish date : 2025-11-28 11:30:00
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