On ne compte plus, dans nos entourages, le nombre de chefs d’entreprise qui menacent de quitter la France. Leur colère peut s’entendre tant le spectacle offert par une grande partie de la classe politique est affligeant. Après avoir eu à subir l’obsessionnel débat sur la taxe Zucman et ces fameux riches qui soi-disant ne paient pas d’impôts, nous avons dû supporter l’hystérie fiscale de l’Assemblée nationale, heureusement tempérée par la sagesse du Sénat.
On peut donc comprendre que certains dirigeants en viennent à se demander si la France est bien le bon pays pour entreprendre et connaître une vie professionnelle faite de liberté et de succès. Malgré l’ambiance délétère qui règne dans notre pays, et la méconnaissance médiatique et politique des mécanismes basiques de l’entreprise, la réponse n’en demeure pas moins positive. Pour trois raisons.
L’Espagne et la Belgique calent aussi sur le budget
La première, c’est que la France a beau se désoler lorsqu’elle se regarde, elle trouve matière à se consoler en jetant un œil à ses voisins. Prenons l’Espagne, souvent citée en exemple pour avoir brillamment réussi son redressement depuis la crise des dettes souveraines. En réalité, ce pays vit aujourd’hui sur le budget… de 2023. Le gouvernement minoritaire du socialiste Pedro Sanchez reconnaît lui-même que les chances d’adoption d’un nouveau budget pour l’an prochain sont minces. Le gouvernement fédéral belge de coalition, dirigé par le nationaliste flamand Bart De Wever, n’a pas non plus finalisé la partie « dépenses » de son budget 2026, et il a largement dépassé la date de transmission de son projet à la Commission européenne (le 15 octobre).
Au Royaume-Uni, le gouvernement travailliste emmené par Keir Starmer connaît lui aussi de grandes difficultés politiques, sur fond de forte poussée sondagière des populistes de Nigel Farage, pour des raisons similaires à la France. La dette britannique s’élève à 96 % du PIB et, comme nous, le pays ne parvient pas à maîtriser suffisamment son déficit, qui est de l’ordre de 5 % du PIB. L’équipe Starmer doit prendre des décisions difficiles en matière d’impôts et de dépenses publiques, ce que son opposition ne veut évidemment pas entendre.
La deuxième raison pour laquelle il serait hasardeux de quitter la France tient au fait que la situation peut s’améliorer chez nous, et se dégrader ailleurs. Beaucoup de dirigeants fantasment sur la politique fiscale menée en Italie par Giorgia Meloni qui, c’est vrai, est attractive pour les très hauts revenus. Mais rien ne dit que la présidente du conseil remportera les élections législatives de 2027. Un gouvernement de gauche pourrait alors rebattre les cartes. Toutes les démocraties sont sujettes au risque d’une gauche radicale qui mènerait une politique anti-économique. Regardez les résultats récents de l’élection municipale à New York, remportée haut la main par la coqueluche des Insoumis, Zohran Mamdani, désormais à la tête d’un budget de… 115 milliards de dollars !
Le sursaut gaullien
Enfin, l’histoire nous enseigne que la France plonge souvent très bas, avant de remonter très haut. Quand le Général de Gaulle revient aux affaires en 1958, il trouve un pays fracturé par la guerre d’Algérie et financièrement sous perfusion du FMI. Il demande dans un premier temps à Antoine Pinay, qu’il ne portait pas dans son cœur, mais dont il connaissait la crédibilité, de remettre de l’ordre dans les finances publiques.
Puis il fait appel au plus libéral des économistes de l’époque, Jacques Rueff, pour lever les carcans qui pesaient sur l’économie française. Grâce aux préconisations de Rueff, la France connaîtra l’une des décennies les plus brillantes de tout l’Occident. Autre exemple : entre 1870 et 1900, la France perd au profit de l’Allemagne ses territoires industriels, l’Empire s’écroule, un président de la République est assassiné, des scandales de corruption secouent le Parlement, la société se déchire sur l’affaire Dreyfus… Mais au tournant du siècle, le génie français invente le cinéma, l’automobile, l’aéronautique, tandis que les scientifiques et les artistes du monde entier se pressent à Paris. Il ne faut jamais désespérer de la France.
Source link : https://www.lexpress.fr/economie/politique-economique/trois-raisons-de-ne-pas-desesperer-de-la-france-par-nicolas-bouzou-NXQ6TMBZNZEUPFYF3CGXLTRCCQ/
Author : Nicolas Bouzou
Publish date : 2025-11-28 06:45:00
Copyright for syndicated content belongs to the linked Source.
