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Placements : quel avenir pour le plan d’épargne retraite ?

Placements : quel avenir pour le plan d’épargne retraite ?

Officiellement lancé le 1er octobre 2019, le plan d’épargne retraite (PER) a fêté ses cinq ans sur un succès. De l’aveu des professionnels de l’épargne, il s’agit d’un dispositif bien pensé, qui a su combler les défaillances de ses prédécesseurs, et notamment la sortie en rente viagère, véritable épouvantail pour les épargnants. Sur ce critère sensible, le PER fait fort en laissant une totale liberté au souscripteur.

Son succès se traduit dans les chiffres. À fin mai 2025, les PER assurantiels – qui peuvent être souscrits à titre individuel – comptabilisaient 7,3 millions d’assurés pour un encours total de 100 milliards d’euros ! Un cap symbolique, selon Paul Esmein, le directeur général de France Assureurs. « Depuis quatre ans, près d’un million de nouveaux d’épargnants en moyenne souscrivent un PER auprès des assureurs chaque année. » Un engouement à attribuer à la volonté des Français de préparer leur retraite, mais aussi à l’avantage fiscal procuré par le PER, puisque les versements sont déductibles des revenus, moyennant une imposition à la sortie.

Depuis sa création, peu de modifications ont été apportées au dispositif, hormis l’interdiction de souscription pour les mineurs et l’intégration d’investissement non cotés dans les grilles financières prévues par défaut pour la gestion des capitaux.

La fiscalité avantageuse du produit est néanmoins régulièrement attaquée. En 2024, la Cour des comptes recommandait ainsi de resserrer le bénéfice fiscal attaché à l’épargne retraite, ce dernier bénéficiant essentiellement à des ménages aisés et coûtant cher à la collectivité. La même année, les députés Félicie Gérard (Horizons) et Charles de Courson (Liot) réclamaient l’instauration d’une double borne d’âge, avec l’impossibilité de souscrire un PER passé 67 ans et son dénouement automatique à 70 ans. Le but ? Eviter de voir le PER utilisé comme outil de transmission puisqu’au décès du détenteur, l’économie d’impôts réalisée à l’entrée n’est pas reprise.

Ce sujet a fait son retour dans les débats du projet de loi de finances 2026, avec un amendement prévoyant de contraindre les titulaires d’un PER à liquider leur contrat dès leur départ à la retraite. Adopté par la commission des Finances de l’Assemblée nationale, il n’aura pas de conséquence puisque le projet de loi a été rejeté par la Commission. Toutefois, l’idée même soulève un problème. « En supprimant la possibilité de sortie en capital fractionné, les épargnants pourraient se voir appliquer une fiscalité plus élevée à la sortie qu’à l’entrée », alerte Joseph Choueifaty, cofondateur de Goodvest. En effet, en sortant d’un coup une grosse somme, ils risqueraient de passer à une tranche d’imposition supérieure.

A contrario, la gestion financière du produit gagnerait à évoluer. Actuellement, il est prévu une grille d’investissement dont le risque diminue au fur et à mesure que le départ se rapproche. Mais rien n’a été pensé pour la phase suivante. « A 65 ans vous vous retrouvez avec votre capital et vous en faites quoi ? » s’interroge Jean-Denis Bachot, de Fidelity International. Si cette épargne n’est pas consommée immédiatement mais plus tard (au-delà de 80 ans, par exemple), elle végète sur des supports sans risque dans l’intervalle.

Une approche plus aboutie des besoins à la retraite serait donc nécessaire. « On pourrait les segmenter en trois poches : les dépenses certaines (loyer et charges diverses), les loisirs, et une dernière pour la transmission ou les imprévus, détaille Jean-Denis Bachot. En face, il faudrait adapter la gestion. » Le législateur a encore du pain sur la planche.



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Publish date : 2025-11-30 09:00:00

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