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Dermatose : avant la France, comment nos voisins européens ont géré les crises

Dermatose : avant la France, comment nos voisins européens ont géré les crises

A la veille de la signature d’un accord historique entre l’Union européenne et le Mercosur, âprement négocié à Bruxelles, les agriculteurs français grondent, mais la raison de leur colère est à chercher ailleurs. Depuis la fin du mois de juin, une partie du cheptel bovin hexagonal fait face à une maladie peu connue en Europe occidentale : la dermatose nodulaire contagieuse. Cette infection virale est transmise via des piqûres d’insectes et provoque de la fièvre et des éruptions cutanées douloureuses chez les bovins contaminés. Elle n’est pas transmissible à l’homme – ou à d’autres familles d’animaux d’ailleurs – mais elle se propage très rapidement.

En six mois, 113 foyers ont été recensés en France, d’abord en Savoie et dans cinq autres départements de l’est de la France, puis dans plusieurs départements pyrénéens. La maladie s’est ensuite propagée de l’autre côté de la frontière, dans la région espagnole de Gérone, ainsi qu’en Sardaigne. Bruxelles a déjà diffusé recensés plus de 200 foyers en tout et ordonné l’abattage de plusieurs de bêtes. Dans sa loi sur la santé animale, l’Union européenne l’a classé en « catégorie A », ce qui signifie que la maladie doit être éradiquée dès son apparition. Autrement dit, dès qu’un cas est détecté dans une exploitation, l’intégralité du troupeau doit être abattue. Et c’est bien cela qui provoque la grogne des exploitants français.

La DNC ne provoque la mort des bovins infectés que dans 10 % des cas, mais ses conséquences économiques sont plus désastreuses encore. Un animal malade produira moins de lait, peut devenir stérile et son cuir risque d’être irrémédiablement endommagé par les lésions cutanées, comme le souligne la Fédération régionale des groupements de défense sanitaire (FRGDS). Dans ces conditions, la ministre de l’Agriculture Annie Genevard a dit « entendre » la détresse des éleveurs confrontés à la destruction de leurs élevages. Elle défend néanmoins la poursuite de sa stratégie, à savoir la construction d’un « mur sanitaire » pour endiguer la maladie. Celui-ci revêt trois piliers : l’abattage systématique des troupeaux contaminés, l’extension de la vaccination des bovins et le contrôle strict de leurs déplacements.

2015-2017 : crise dans les Balkans

Ce n’est pas la première fois que le continent européen est frappé par une prolifération de dermatose nodulaire contagieuse. Cette maladie historiquement répandue en Afrique s’est propagée en Europe dès 2014, puis en Asie à partir de 2019. Au plus fort de l’épidémie, certains pays comme la Grèce, l’Albanie ou le Monténégro ont eux aussi comptabilisé plusieurs centaines de foyers.

Dans les Balkans, la maladie a été finalement éradiquée dès 2018 grâce à une vaccination de très grande ampleur. Ainsi, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) signalait que « 2,5 millions de bovins ont été vaccinés en Europe du Sud-Est, ce qui a permis de maintenir le niveau de vaccination moyen des bovins au-dessus des 70 % », un niveau d’immunisation jugé « très haut ». Aujourd’hui, les agriculteurs mobilisés réclament une extension maximale de la campagne de vaccination dans les régions touchées, en lieu et place de l’abattage systématique. Le ministère a, certes, étendu cette campagne de protection des bovins, mais n’a pas encore décidé de sa généralisation.

En cause : la complexité du processus – la France compte tout de même plus de 16 millions de bœufs – et le risque de ne plus pouvoir les exporter. En effet, lorsqu’une bête est vaccinée, elle produit des anticorps décelables lors d’une prise de sang, et ce, pendant une période pouvant aller jusqu’à quatorze mois. Elle perd alors son « indemnité » et ne peut plus être vendue à l’étranger.

L’enjeu pour ceux qui préconisent l’abattage systématique des troupeaux contaminés est donc de garantir le maintien des exportations ainsi que le revenu d’une partie des éleveurs européens. En 2024, la France a vendu plus d’1,3 millions de bœufs à l’étranger. Ce mardi 16 décembre, Sébastien Lecornu a tenté de rassurer les éleveurs très mobilisés dans le Sud-Ouest, en promettant « d’accélérer » la vaccination, une « urgence absolue ». « Et pour cela, on a besoin de doses, on a besoin de lever un certain nombre de freins logistiques », a affirmé le Premier ministre devant l’Assemblée nationale, en annonçant la mobilisation des vétérinaires de l’armée.



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Author : Mathias Penguilly

Publish date : 2025-12-16 17:41:00

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