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Avoirs russes gelés : derrière la Belgique et la Hongrie, ces pays qui résistent à l’élan européen

Avoirs russes gelés : derrière la Belgique et la Hongrie, ces pays qui résistent à l’élan européen

L’Ukraine risque de se retrouver à court d’argent à partir du premier trimestre 2026. Mais alors, comment financer les besoins militaires et civils du pays pour les prochaines années ? Une chose est sûre, il ne faudra pas compter sur les Etats-Unis. Donald Trump l’a réitéré le 2 décembre, son pays se désengage financièrement du soutien à l’Ukraine. Pour y palier, ce à quoi l’UE s’est engagée, il faudra fournir un effort supplémentaire afin de réunir les 140 milliards d’euros prévus pour la période 2026-2027.

Deux possibilités se présentent alors à l’Union européenne : mobiliser les avoirs gelés russes pour émettre un prêt à taux zéro, ou emprunter l’argent sur les marchés conjointement. La dernière semble d’ores et déjà exclue : l’accord des 27 Etats membres est requis pour emprunter, or la France et l’Allemagne ont rejeté cette option. Aussi, si la balance penche indéniablement en faveur du recours aux avoirs russes, deux pays s’y opposent farouchement : la Belgique et la Hongrie. Et si leurs raisons sont diamétralement opposées, leurs protestations finissent par convaincre. La question sera débattue ces 18 et 19 décembre, à l’occasion d’un sommet européen.

La Belgique, seule face à Moscou

Ursula von der Leyen a déjà exprimé sa position publiquement : elle est favorable à l’utilisation des avoirs gelés russes. « C’est le moyen le plus efficace de soutenir la défense et l’économie de l’Ukraine », avait déclaré la présidente de la Commission dans un discours devant le Parlement européen en novembre. Et de renchérir : c’est « la manière la plus claire de faire comprendre à la Russie que le temps ne joue pas en sa faveur ».

Si l’hypothèse a su rapidement séduire la majorité des pays membres, la Belgique s’est immédiatement postée en frondeuse. Conférence de presse, discours, interviews, le Premier ministre du plat pays, Bart De Wever, n’a manqué aucune opportunité de marteler son opposition. En cause : la Belgique, principal dépositaire des actifs russes – 185 milliards sur 200 sont chez Euroclear – est sous pression. D’une part, les Américains aspirent à une tranche de ces avoirs. De l’autre, Moscou fait craindre une réprimande juridique.

Dans une lettre adressée à Ursula von der Leyen, le Flamand a épanché ses inquiétudes : « Pourquoi s’aventurer ainsi dans des eaux juridiques et financières inconnues, avec toutes les conséquences possibles, si cela peut être évité ? » Un risque admis par le Commissaire européen letton Valdis Dombrovskis : « Il doit évidemment y avoir de la solidarité sur ces risques, qui doivent être partagés ». Et ce dernier de tenter d’apaiser les tensions : les risques sont « également reconnus » par les autres Etats membres.

Pour convaincre la Belgique de céder, la Commission européenne tente de trouver la bonne combine juridique pour mettre à profit la Russie dans le financement de l’aide à l’Ukraine. Utiliser les « liquidités » d’Euroclear, et non la « créance » russe ? C’est toujours non pour Bart De Wever. « Je n’engagerai jamais la Belgique à supporter seule les risques et l’exposition qui découleraient de l’option d’un prêt de réparation », a-t-il tranché dans sa correspondance épistolaire avec Ursula von der Leyen.

Et le Premier ministre belge est soutenu par son pays : 65 % de ses concitoyens sont opposés à un tel prêt. Le Flamand préfère opter pour l’emprunt, quitte à créer une nouvelle dette commune.

Une croisade payante

D’abord isolée, la fronde de Bart De Wever a fini par convaincre. Début décembre, trois Etats membres ont verbalisé leurs méfiances. Sans rejeter ouvertement l’option des actifs russes, ce recul alerte à quelques jours du vote. Dans une déclaration, l’Italie, la Bulgarie et Malte ont appelé la Commission européenne à considérer des « solutions alternatives » aux « paramètres prévisibles » et aux « risques nettement moindres ». Les signataires espèrent que ces alternatives puissent servir de « pont » permettant d’assurer une continuité du financement à l’Ukraine tout en laissant le temps au 27 de poursuivre les débats jusqu’à trouver un accord.

Ce mercredi 17 décembre, Giorgia Meloni a abordé ces « décisions complexes » devant le Parlement italien. La Première ministre entend « demander des éclaircissements concernant les risques potentiels liés à l’utilisation proposée des liquidités générées par l’immobilisation d’actifs, en particulier liés à la réputation, aux représailles ou à de nouvelles charges lourdes pour les budgets nationaux ».

Un autre pays s’est aligné sur l’opposition de Bart De Wever : la République tchèque. Nommé il y a tout juste une semaine, le Premier ministre, Andrej Babis, a demandé à la Commission de trouver « d’autres moyens » d’apporter son aide à Kiev. Et ce dernier, qui ne cache pas sa proximité avec le trumpisme, de se retirer complètement : « En tout état de cause, nous ne contribuerons pas financièrement à l’aide. […] « Nous ne pouvons pas fournir d’argent provenant du budget tchèque ou de garanties. »

Quant à la France, elle se fait étonnamment discrète sur la question. L’Hexagone détient 18 milliards d’actifs russes gelés dans des banques privées, selon le Financial Times. De quoi rendre le pays plus timide dans ses déclarations, qui a assumé travailler « sur d’autres options, ou des options plus larges ».

La Hongrie, éternel soutien de Moscou

Sans grande surprise, la Hongrie a également refusé d’apporter son soutien à l’Ukraine. Et ce, quelle que soit la méthode choisie.

La justification ? Une position belliqueuse reprochée aux Vingt-Sept : « L’Europe veut continuer la guerre, et même l’étendre. Elle veut la poursuivre sur la ligne de front Russie-Ukraine et l’étendre à l’arrière-pays économique en confisquant les avoirs russes gelés » a-t-il éructé. Fidèle soutien du Kremlin, Viktor Orban appelait les Etats membres à adhérer au projet américain pour mettre un terme à la guerre en Ukraine dans une lettre à Ursula von der Leyen, en novembre.

Quant au président Slovaque – et allié de Viktor Orban – Robert Fico, s’il a également prévenu qu’il refusera toute nouvelle aide militaire à l’Ukraine, il n’est pas opposé à une aide financière pour soutenir la reconstruction du pays. Son vote demeure encore incertain. Réponse dans les prochains jours.



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Author : Asia Dayan

Publish date : 2025-12-18 05:00:00

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