L’Express

Cancer, Covid long, tuberculose : les dix percées médicales les plus attendues en 2026

Cancer, Covid long, tuberculose : les dix percées médicales les plus attendues en 2026

Pressions politiques et économiques de Donald Trump, guerres qui s’enlisent en Ukraine et au Proche-Orient, paralysie politique en France, accélération du réchauffement climatique… 2026 ne s’annonce pas vraiment comme une année apaisée. Heureusement, une partie de l’espoir vient, une fois de plus, des universités, hôpitaux et laboratoires, où les scientifiques développent des solutions qui pourraient changer la vie de millions de patients.

Parmi elles, L’Express a sélectionné dix innovations majeures. Certaines visent des fléaux mondiaux, comme la tuberculose, les maladies cardiovasculaires et les cancers, d’autres ouvrent des fronts nouveaux, dont les interfaces cerveau‑machine et les médicaments « inventés » par IA. Si certaines ne déboucheront pas immédiatement sur des traitements, d’autres révolutionneront la médecine de demain. Toutes seront en tout cas au cœur de l’actualité scientifique et médicale de cette nouvelle année.​

Tuberculose : un nouveau vaccin

Avec environ 10,8 millions de personnes infectées et 1,3 million de victimes en 2023, la tuberculose demeure l’une des premières causes de mortalité infectieuse dans le monde. La meilleure arme pour lutter reste le vaccin Bacillus Calmette-Guérin (BCG), inventé il y a plus d’un siècle par des chercheurs français. Mais s’il protège bien les jeunes enfants contre les formes graves, son efficacité s’estompe à l’âge adulte. Raison pour laquelle des chercheurs tentent depuis des années de mettre au point une nouvelle solution.

2026 pourrait être la bonne, puisque les résultats d’un essai clinique de phase 3 évaluant un nouveau vaccin (M72-AS01E) chez des adultes devraient être dévoilés. 20 000 participants d’Afrique du Sud, du Kenya, du Malawi, de Zambie et d’Indonésie ont été inclus. Lors du précédent essai de phase 2, l’injection a montré une réduction d’environ 50 % de la progression de la tuberculose pulmonaire chez les personnes présentant des signes d’infection. S’il confirme cette protection, le vaccin deviendrait la première mise à jour majeure de la vaccination antituberculeuse depuis des décennies, avec un impact direct sur les politiques de santé mondiale.

GLP‑1 : l’année du verdict

Les médicaments GLP‑1 (Wegovy, Mounjaro…) ont déjà bouleversé la prise en charge du diabète et de l’obésité. Mais la révolution n’en est qu’à ses débuts. En 2026, plusieurs molécules de nouvelle génération devraient livrer leurs résultats. Des essais en cours testent la combinaison de différentes hormones (GLP‑1/GIP ou GLP‑1/GIP/glucagon). D’autres évaluent les formes orales comme l’orforglipron, ou encore Rybelsus, qui ont montré des pertes de poids qui pourraient égaler celles des traitements actuels, administrés par stylos injecteurs.

Mais au‑delà de la perte de poids, 2026 doit aussi répondre à une question plus fondamentale. Les GLP‑1 et leurs cousins sont‑ils de simples « amaigrissants » ou permettent-ils de soigner d’autres pathologies ? De grands essais cliniques fourniront des résultats sur des indications plus larges : prévention des infarctus et des AVC, protection de la fonction rénale, impact sur la stéatohépatite non alcoolique. Des pistes autour du risque de démence ou de déclin cognitif sont également explorées, bien que les grands essais sur Alzheimer ont été négatifs.

« Les données disponibles suggèrent déjà que ces molécules ont des effets cardio-métaboliques globaux, qui dépassent la seule réduction pondérale et concernent plusieurs organes cibles (cœur, rein, métabolisme), assure Karine Clément, professeure de nutrition à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière (Paris). Si les essais confirment de tels effets au-delà des personnes en situation d’obésité, « il faudra déterminer si on continue de les classer comme médicaments de l’obésité ou reconnaître qu’il s’agit de médicaments agissant sur un ensemble de mécanismes physiopathologiques interdépendants », poursuit la chercheuse.

Un nouvel espoir pour le coeur

Infarctus du myocarde, AVC, insuffisance cardiaque… Les maladies cardiovasculaires sont la première cause de mortalité au monde. Outre le cholestérol, la tension ou le diabète, un autre coupable émerge : l’inflammation chronique. Des études ont déjà montré qu’en bloquant certaines voies inflammatoires, il est possible de réduire le risque de nouveaux événements cardio‑vasculaires. Mais aucun médicament spécifiquement conçu pour cela ne s’est encore imposé. C’est ce manque que veut combler ziltivekimab, un anticorps monoclonal qui cible l’interleukine‑6 (IL‑6), une cytokine clé de l’inflammation.

Trois essais cliniques majeurs, tous baptisés selon la mythologie grecque, sont en cours. Le premier, Zeus, vise à déterminer si l’inhibition de l’IL-6 peut réduire le taux d’événements cardiovasculaires chez 6 300 patients à très haut risque car souffrant d’une insuffisance rénale chronique et d’un marqueur d’inflammation élevé. Le deuxième, Hermes, doit tester l’inhibition de l’IL-6 dans le cadre d’une insuffisance cardiaque. Le troisième essai, Artemis, évalue l’administration du traitement à des patients souffrant d’une crise cardiaque aiguë dès leur arrivée à l’hôpital. « Le ziltivekimab explore une nouvelle voie de l’inflammation, avec un bon fondement théorique. Nous attendons donc les résultats des études en cours avec impatience », indique le professeur Nicolas Danchin, cardiologue à l’hôpital européen Georges Pompidou (AP-HP).

Un traitement du Covid long

Fatigue extrême, essoufflement, troubles cognitifs… Six ans après le début de la pandémie de Covid‑19, des dizaines de millions de personnes dans le monde présentent encore des symptômes persistants des mois, voire des années après l’infection. En France comme ailleurs, ces patients se heurtent à une impasse : l’absence de traitement standard validé.

C’est ce vide thérapeutique que pourrait combler un essai clinique emblématique coordonné par l’University College London qui vient de se terminer et dont les résultats doivent être publiés courant 2026. Le protocole visait à tester des combinaisons de médicaments peu coûteux déjà disponibles, dont un trio associant deux antihistaminiques (loratadine et famotidine), et un anti‑inflammatoire (colchicine). Il impliquait des milliers de patients souffrant de Covid long marqué par une forte fatigue ou un malaise post‑effort, un syndrome évoquant des anomalies microvasculaires. Raison pour laquelle les médicaments susceptibles de réduire l’inflammation ou d’améliorer la circulation sanguine sont ciblés. Si l’essai est positif, il aboutirait aux premières recommandations thérapeutiques claires pour cette pathologie et à la mise en place de véritables parcours de soins structurés dans des pays comme la France, où l’AP‑HP et l’Inserm participent aussi à plusieurs études sur ce syndrome.

Des thérapies géniques de nouvelle génération

Après « Baby KJ » en 2025, ce nourrisson sauvé par une thérapie Crispr – les fameux « ciseaux génétiques » – taillée sur mesure pour corriger une mutation unique responsable d’une maladie métabolique du foie, la médecine génique entre dans une nouvelle phase. Jusqu’ici, ces approches relevaient de la prouesse isolée. En 2026, plusieurs centres vont structurer et élargir ces programmes. Aux Etats‑Unis, le Children’s Hospital prépare ainsi des essais pour d’autres maladies métaboliques et déficits immunitaires pédiatriques.

En France, l’Institut Imagine, en collaboration avec l’AFM-Téléthon, l’Inserm et l’hôpital Necker, élabore un projet similaire sur la drépanocytose, une maladie génétique affectant les globules rouges. « Nous avons passé les phases précliniques et espérons lancer l’essai d’ici fin 2026 », indique Marina Cavazzana, professeure d’hématologie et directrice de recherche à l’Institut Imagine. La scientifique rappelle qu’outre Crispr, d’autres thérapies géniques se développent et offrent de nouveau espoir. L’Institut Imagine a d’ailleurs obtenu fin 2025 un feu vert de l’ANSM pour un premier essai, dirigé par le Pr. Cavazzaa, sur la lymphohistiocytose familiale, une maladie rare du système immunitaire.

Vaccins ARN contre le cancer

Après le Covid, les vaccins ARN messager s’attaquent aux tumeurs. En 2026, tous les regards seront tournés vers l’essai de phase 3 de Moderna et Merck, qui testent un vaccin ARNm personnalisé associé au pembrolizumab chez des patients atteints de mélanome – le cancer de la peau le plus agressif – dans 165 centres mondiaux, dont une dizaine en France. En phase 2, cette combinaison avait déjà réduit de 44 % le risque de récidive du cancer ou de décès.

Le principe : séquencer la tumeur de chaque patient, identifier ses mutations spécifiques et fabriquer un vaccin ARNm sur mesure qui entraîne alors le système immunitaire à cibler les cellules cancéreuses. Merck et Moderna testent aussi cette approche dans le cancer du poumon, quand leur concurrent BioNTech développe des approches similaires dans le cancer colorectal et du pancréas. Le NHS britannique a de son côté lancé un programme visant à proposer ces thérapies à plusieurs milliers de patients dans les prochaines années. « Ces études permettront peut-être de démontrer qu’un vaccin à ARNm évite la progression du cancer. Cela ouvrirait des perspectives colossales dans le domaine de la prévention des rechutes et des seconds cancers », souligne le professeur Fabrice André, oncologue et directeur de la recherche de l’hôpital Gustave Roussy.

Un test sanguin anti-cancer

Détecter des dizaines de cancers avant même l’apparition des symptômes grâce à une simple prise de sang : la promesse fait rêver. En 2019, la société californienne Grail lançait Galleri, un test basé sur l’analyse de l’ADN tumoral circulant dans le sang, qu’elle commercialise depuis aux Etats‑Unis pour près de 950 euros par patient. L’outil est impressionnant : il permet de détecter plus de 50 cancers et localiser l’organe d’origine dans 90 % des cas.

Mais les premiers résultats ont douché l’enthousiasme : sensibilité faible pour les cancers de stade 1, performances inférieures aux dépistages standards pour des tumeurs du sein ou du poumon, ainsi qu’un taux de faux positifs trop élevé, source d’examens inutiles et d’angoisse pour les patients.​ Dans ce contexte, l’essai mené sur plus de 140 000 volontaires par le NHS sera décisif pour juger de l’utilité réelle de cette technologie. Il vise à déterminer si l’ajout de ce test aux dépistages classiques permet d’améliorer la survie globale des patients. Les résultats devraient être publiés cette année. Qu’ils soient positifs ou non, cette technologie reste porteuse d’espoir. « On pourrait voir arriver des outils très performants d’ici une dizaine d’années », espère le Pr Bidard, oncologue à l’Institut Curie.

Cancer du pancréas : cibler KRAS

Avec une survie à cinq ans qui dépasse à peine 10 %, le cancer du pancréas reste l’un des plus meurtriers et des plus difficiles à traiter. Près de 95 % de ces tumeurs portent une mutation du gène KRAS. Plusieurs inhibiteurs ont donc été développés pour des mutations spécifiques (comme KRAS G12C), mais aucun n’a encore révolutionné le pronostic global. Un essai clinique de phase 3, qui vise à tester le daraxonrasib, pourrait changer la donne. Cet inhibiteur développé par Revolution Medicines cible plusieurs mutations KRAS, ce qui permettrait, en théorie, de couvrir la grande majorité des tumeurs pancréatiques.​

L’étude visait à recruter des centaines de patients atteints de cancer du pancréas avancé partout dans le monde, et notamment dans quatre centres français : les hôpitaux Paul Brousse et Gustave Roussy à Villejuif, ainsi que l’Institut Paoli Calmettes à Marseille et le Centre Eugène Marquis à Rennes. « Nous devrions obtenir les résultats dans les semaines à venir », confie le professeur Pascal Hammel, chef du service d’oncologie digestive et médicale à Paul Brousse. S’ils sont positifs, le daraxonrasib deviendrait la première thérapie « large » contre KRAS. « Les attentes sont très fortes, car cela fait quarante ans que nous nous cassons les dents contre ce cancer avec cette mutation. Mais cette fois, nous avons l’impression qu’il pourrait se passer quelque chose de très important, je n’ai pas vu ça depuis dix ans », s’enthousiasme le médecin.

L’IA, révolution en cours

L’intelligence artificielle a déjà transformé l’imagerie médicale, le dépistage et l’aide à la décision. 2026 pourrait être l’année où les algorithmes s’invitent au cœur de la conception des médicaments. Des biotechs comme Exscientia ou Insilico Medicine ont déjà lancé des essais cliniques sur des molécules dont la cible et la structure ont été identifiées ou optimisées par des plateformes d’IA, notamment en oncologie ou dans des maladies inflammatoires.​

Les premiers résultats cliniques solides commencent à tomber : Insilico a ainsi publié en 2025 des données positives dans la fibrose pulmonaire, délivrant l’une des premières preuves de concept d’un médicament découvert par IA. D’autres programmes similaires doivent livrer leurs premières données en 2026. ​L’enjeu est de savoir si ces molécules afficheront un taux de succès ou une originalité de mécanisme suffisants pour convaincre les grands laboratoires de basculer vers ces outils. En parallèle, plus de 800 dispositifs d’IA ont déjà reçu une autorisation réglementaire, surtout en radiologie et en urgence.

Futurs hommes-robots

Les interfaces cerveau‑machine ne sont plus de la science‑fiction. Des implants permettent déjà à des paraplégiques de marcher via un exosquelette, ou à des patients aphasiques de contrôler un synthétiseur vocal en temps quasi réel. En 2026, des équipes académiques européennes et américaines – de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne au CHU de Grenoble en passant par Stanford – lancent ou étendent des essais multicentriques pour vérifier si ces résultats spectaculaires restent stables, reproductibles chez des dizaines de malades, et non plus sur un ou deux cas.

En parallèle, Neuralink, la société d’Elon Musk, prépare un essai baptisé « Blindsight », conçu pour stimuler directement le cortex visuel et générer des perceptions lumineuses chez des personnes atteintes de cécité totale. L’entreprise reste néanmoins sous surveillance : des enquêtes ont été ouvertes après la mort de primates lors des tests précliniques et les essais humains soulèvent des questions sur la confidentialité des données cérébrales. Quoi qu’il en soit, ces technologies, qui ont de grandes chances d’aboutir dans les années à venir, devront être surveillées de près.​



Source link : https://www.lexpress.fr/sciences-sante/cancer-covid-long-tuberculose-les-dix-percees-medicales-les-plus-attendues-en-2026-UTCLN4L4ZJGG7G7IFWUIHXQ2IY/

Author : Victor Garcia

Publish date : 2026-01-01 06:45:00

Copyright for syndicated content belongs to the linked Source.

Tags : L’Express