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Condamnation de Marine Le Pen : des magistrats français dans le viseur de l’administration Trump

Condamnation de Marine Le Pen : des magistrats français dans le viseur de l’administration Trump

Des juges français dans le collimateur de Washington. Dans une enquête, le magazine allemand Der Spiegel révèle que l’administration Trump aurait envisagé de mettre en place de nouvelles sanctions contre plusieurs fonctionnaires de pays européens, responsables selon le département d’État américain d’alimenter une « censure » qui serait à l’œuvre sur le continent. Parmi ses cibles ? Les trois magistrats qui ont fait condamner en première instance l’ex-candidate à l’élection présidentielle du Rassemblement national, Marine Le Pen.

Quatre ans de prison, dont deux fermes aménagés sous bracelet, ainsi que cinq ans d’inéligibilité avec exécution immédiate, avaient été prononcés contre elle lors du délibéré le 31 mars dernier. Son procès en appel dans cette affaire des assistants parlementaires des eurodéputés du Front national doit se tenir à Paris à partir du 13 janvier prochain. Alors que Donald Trump avait appelé à « libérer » Marine Le Pen après sa condamnation, les États-Unis auraient donc réfléchi à punir les juges français ayant mené les débats lors de l’audience.

Des responsables allemands aussi ciblés

Cette décision américaine, qui n’est pas encore actée, marquerait une nouvelle étape d’une défiance grandissante entre Washington et ses alliés du Vieux continent. Outre ses désaccords avec les Européens en matière géopolitique, notamment sur le dossier ukrainien, l’administration républicaine n’a cessé ces derniers mois d’afficher un certain mépris à l’égard des responsables des différents pays alliés de la zone. « La liberté d’expression est en déclin » en Europe, avait ainsi déploré le vice-président américain, J.D. Vance, lors de son discours à la conférence de Munich (Allemagne), en février dernier. Lors de cette prise de parole, il avait par exemple dénoncé la réglementation européenne en matière de numérique ou le traitement réservé selon lui à certains partis d’extrême droite.

Durant ce discours, J.D. Vance avait plus particulièrement fait allusion à la logique du « pare-feu » mise en place en Allemagne contre le parti nationaliste allemand AfD. Les formations politiques traditionnelles, y compris la CDU/CSU de l’actuel chancelier Friedrich Merz, se refusent ainsi à trouver des accords avec l’AfD. Or, depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, le mouvement populiste allemand multiplie les contacts avec la sphère MAGA (« Make America Great Again », du nom du slogan phare du président américain). Plusieurs hauts responsables américains, dont le secrétaire d’État Marco Rubio, s’étaient insurgés au printemps lorsque l’Office fédéral de protection de la Constitution, une branche des services secrets allemands, avait classifié l’AfD comme un « parti d’extrême droite ».

Aujourd’hui suspendue en raison d’une plainte déposée par le parti allemand, cette qualification aurait également pu déboucher sur des sanctions américaines. En effet, toujours d’après Der Spiegel, le département d’État américain aurait ainsi réfléchi à prononcer des interdictions de séjour aux États-Unis contre les responsables des services secrets allemands à l’origine de la classification de l’AfD comme une formation d’extrême droite. Dans son article, l’hebdomadaire mentionne même l’option d’hypothétiques sanctions financières à l’égard de ces hauts fonctionnaires. Contacté par le journal à la fois sur ce dossier, mais aussi sur celui concernant Marine Le Pen, le département d’État n’a ni confirmé, ni nié avoir la volonté d’entreprendre ce genre de sanctions.

Sanctions américaines contre Thierry Breton

Les États-Unis attendraient-ils l’issue des prochaines étapes judiciaires en France et en Allemagne pour mettre à exécution de telles mesures ? C’est un scénario à ne pas écarter. Ces derniers mois, le pouvoir américain a montré qu’il était prêt à passer à l’acte pour défendre sa vision du monde. Ainsi, le 23 décembre, Washington a ainsi interdit de séjour cinq personnalités européennes promouvant la régulation de la tech ou la lutte contre la désinformation et la haine en ligne dans des organisations basées au Royaume-Uni et en Allemagne. Le Français Thierry Breton, ex-commissaire européen à l’initiative du Digital Services Act (DSA), fait également partie de ces figures ciblées par les États-Unis, au prétexte qu’il aurait contribué à construire « un complexe industriel mondial de la censure » avec cette réglementation.

Au Brésil, Alexandre de Moraes, le juge le Cour suprême chargé de la procédure judiciaire visant Jair Bolsonaro avait aussi été concerné cet été par des sanctions américaines. L’administration Trump estimait alors que sa position lui avait permis de « cibler des opposants politiques », tel que l’ex-président d’extrême droite. En première instance, l’ex-dirigeant avait été condamné à 27 ans de prison pour « tentative de coup d’État », mais était resté soutenu par Donald Trump durant tout son procès.

Une peine finalement rapportée à un peu plus de 2 ans à rester derrière les barreaux, après le vote d’une loi par les parlementaires brésiliens avant Noël. Ce texte semble en tout cas avoir contenté le président américain et ses soutiens : avant même que cette réduction de peine ne soit définitivement votée, Washington avait déjà retiré Alexandre de Moraes de sa liste des personnalités sous sanctions.



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Publish date : 2026-01-02 10:40:00

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