La mobilisation a repris et le moteur des tracteurs tourne, mais ils ne pourront peut-être pas venir jusqu’à Paris pour porter la colère des agriculteurs. Selon plusieurs arrêtés préfectoraux, les mouvements de tracteurs sont interdits dans plusieurs régions de France jusqu’à jeudi. Ces textes ont été rendus publics après que la Coordination rurale, reçue ce lundi à Matignon, a fait planer la menace de lancer ses tracteurs vers la capitale.Les rencontres à Matignon ont débuté avec les Jeunes agriculteurs (JA) à 15 heures. Elles se poursuivront avec des entretiens mardi à 17h30 avec la puissante FNSEA, suivie de la Confédération paysanne à 19 heures.Dans la soirée de ce lundi, le président de la Coordination rurale, Bertrand Venteau, a lancé un « appel solennel » à ses adhérents à « monter à Paris » de façon « pacifique » pour porter les doléances des agriculteurs, malgré l’interdiction des convois de tracteurs prévus par ce syndicat agricole.Se disant « très remonté » et « maltraité » par le gouvernement à l’issue de son rendez-vous avec le Premier ministre, Bertrand Venteau a ajouté que ses « troupes » viendraient manifester dans la capitale « d’une façon ou d’une autre, même si la moitié doit finir en garde à vue ».Les crises sont nombreuses et, depuis début décembre, la colère monte : épizootie de dermatose nodulaire contagieuse (DNC) qui touche les bovins ; faible cours du blé et prix élevé des engrais qui plombent les céréaliers ; menace d’une concurrence accrue des pays latino-américains du Mercosur ; négociations ardues à venir concernant la politique agricole commune (PAC) européenne ; détresse des viticulteurs…« On restera mobilisés »« On restera mobilisés » contre l’accord UE-Mercosur, a déclaré le président des JA à la sortie du rendez-vous, annonçant, si l’accord devait être signé comme la Commission européenne l’espère dans les prochains jours, une mobilisation au Parlement européen le 19 janvier. Sans donner de détail sur la mobilisation des prochains jours.Son allié, la FNSEA, qui avait lancé ses tracteurs à l’assaut de la capitale début 2024, a sonné la « mobilisation nationale » dimanche, ce qui pourrait donner de l’ampleur au mouvement, mais ses actions semblent pour le moment locales et ne pas se diriger vers de grands déplacements.Plusieurs points de blocage ont été dénombrés par la gendarmerie ce lundi, notamment sur les autoroutes A75 (Lozère), A64 (Haute-Garonne), A51 (Isère) et sur l’A7 à différents niveaux, notamment aux abords de Lyon.Quelques dizaines d’agriculteurs et 35 tracteurs ont également installé un barrage filtrant à Calais, pour vérifier les marchandises transportées. Le but : « Faire prendre conscience aux citoyens qu’on nous impose des normes de production que d’autres pays ne respectent pas », explique Antoine Peenaert, responsable local de la FNSEA.Des mesures promises par le gouvernementAprès des premières rencontres à Matignon et à l’Élysée en décembre, le gouvernement a promis vendredi « de nombreuses mesures », « tout au long du mois de janvier ». La ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, a annoncé ce lundi que le fonds hydraulique agricole passerait à 60 millions d’euros en 2026.Dimanche, le Premier ministre avait promis dans une lettre ouverte aux agriculteurs d’entrer dans une phase « plus offensive ». Sébastien Lecornu appelait notamment l’UE à « amplifier rapidement » ses contrôles aux frontières pour tous les produits agricoles qui « ne respecteraient pas les normes sanitaires et phytosanitaires » de l’Union imposées aux producteurs.Sébastien Lecornu et Annie Genevard ont confirmé dimanche qu’ils suspendraient par arrêté l’importation de fruits et légumes d’Amérique du Sud contenant des résidus de fongicides et herbicides interdits en Europe.Attendu mardi au Journal officiel, l’arrêté devra toutefois obtenir un feu vert de Bruxelles, où Annie Genevard se rend mercredi pour une réunion spéciale avec ses homologues européens sur le Mercosur et la PAC.Promesses « insuffisantes »Pour l’heure, les syndicats jugent toutes ces promesses « insuffisantes ». « On ne bouge pas jusqu’à ce que le gouvernement réponde à nos sollicitations » concernant la dermatose ou l’accord avec le Mercosur, explique Laurence Chanove, animatrice régionale de la Coordination rurale, présente sur le barrage au sud de Lyon.La Coordination rurale (2e syndicat, adepte des opérations coup de poing et anti-écologiste) et la Confédération paysanne (3e syndicat, classé à gauche) étaient en pointe de la contestation en France depuis décembre. Ils réclament la vaccination généralisée du cheptel bovin (près de 16 millions de bêtes) et l’arrêt de l’abattage intégral du foyer dès le premier cas de dermatose nodulaire.La vaccination des bovins dans le Sud-Ouest a passé le cap décisif de 75 % ce lundi, première condition pour prétendre ensuite à une levée des restrictions de mouvement d’animaux.Après une relative trêve, les syndicats avaient prévenu qu’ils relanceraient la mobilisation en janvier contre l’accord de libre-échange UE-Mercosur, qui devrait être signé le 12 janvier.
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