Ce pourrait être une définition de mots croisés : « Tirer les oreilles de quelqu’un » (en huit lettres). Et la réponse serait : « menjewer ». Vous ne connaissez pas ce terme ? C’est bien normal puisqu’il nous vient du malais, mais cet exemple illustre une vérité que connaissent tous les bilingues : de nombreux vocables étrangers sont intraduisibles en français sans passer par une périphrase. Parfois, on n’imagine même pas que l’idée ou le sentiment qu’il décrit puisse exister !
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C’est pourquoi chaque langue représente un imaginaire singulier, un visage particulier de l’humanité, « un monde qui augmente le monde », comme l’écrit le poète Jean-Pierre Siméon (1). Rien ne le montre mieux que l’ouvrage Les mots qui nous manquent de Yolande Zauberman et Paulina Mikol Spiechowicz, que l’on m’a récemment offert (grâces en soit rendues à la donatrice !) et dans lesquels j’ai puisé les « intraduisibles » suivants :
Achu (tibétain) : choc des premières secondes où le froid s’empare de nous.
Alhourâk (arabe) : l’amour comme une noyade, un abîme, un anéantissement.
Areodjarekput (inuit) : échanger ses épouses pour quelques jours.
Bakkushan (japonais) : jolie fille, mais seulement de dos.
Campanearse (espagnol) : Faire des tonneaux en voiture.
Chebol (coréen) : punition collective infligée à la famille d’un criminel, sachant que le châtiment peut être élargi aux cousins du deuxième degré et même à tous les habitants d’un village.
Ersean (basque) : Entre la vie et la mort.
Koutzèniou-moutzèniou (hébreu) : personnes qui suscitent la jalousie parce qu’elles sont tout le temps collées l’une à l’autre et s’embrassent en ignorant le reste du monde.
Gezelligheid (néerlandais) : chaleur que l’on ressent quand on est avec l’être aimé.
Gotongoton (japonais) : train très bruyant.
Lilaka (lingala, Congo) : pleurer la mort de quelqu’un.
Hanyauku (portugais de l’Angola) : marcher sur la pointe des pieds sur le sable brûlant.
Kashr (farsi) : montrer ses dents en riant.
Lirvaya (hébreu) : bonne soif (comme on dit « bon appétit »).
Litost (tchèque) : succession d’images qui nous viennent au moment d’un choc.
Mapache (espagnol mexicain). Personne qui bourre les urnes (comme quoi on a longtemps sous-estimé l’excellente connaissance du mapache par Jean et Xavière Tiberi).
Onnen (hébreu) : Personne affligée qui, tant que le mort qu’elle pleure n’est pas enterré, doit donner libre cours à son incompréhension de Dieu.
Odnolib (russe) : personne qui connaît un unique amour dans la vie.
Pu’ukaurla (hawaïen) : parier sa femme ou son mari au jeu (conseil d’ami : méfiez-vous si votre conjoint va passer la soirée au casino d’Honolulu).
Shmèndrik (yiddish) : Juif qui nie sa culture et joue à l’assimilé.
Skindoger (écossais) : grondement discret d’un tonnerre éloigné.
Suilk (suédois) : avaler en faisant beaucoup de bruit.
Tartle (écossais) : hésiter quand on présente quelqu’un dont on a oublié le nom.
Tiozka (russe) : personne qui porte le même prénom que nous (note personnelle : situation commode pour éviter de se retrouver tartle !)
Torschlusspanik (allemand) : panique de la porte fermée. Au figuré : peur qu’il ne soit trop tard pour trouver une solution, pour se sortir d’un mauvais pas.
Varur (albanais) : moustache tombante. A ne pas confondre avec d’autres mots albanais comme fshes (moustache hérissée comme les poils d’un balai-brosse), kacadre (moustache avec les pointes retroussées) ou pocht (moustache dont les bords descendent sur le menton).
Vybafnout (tchèque) : sauter et dire « boo ! ».
Wintersearig (anglais) : tristesse que l’on ressent quand l’hiver est long et froid.
Wo-mba (bakweri, Cameroun) : sourire d’un enfant qui dort.
Vous, je ne sais pas, mais, pour ma part, je ressens devant cette liste une furieuse envie de vybafnout.
(1) Florilège poétique des langues de France, sous la direction de Marie-Jeanne Verny et Norbert Paganelli. Editions Le Bord de l’Eau, 29 €.
Du côté de la langue française
Le prix de la Carpette anglaise décerné à la Française des jeux
L’académie parodique de la Carpette anglaise a décerné son prix d’indignité civique 2025 à Stéphane Pallez, après que la présidente-directrice générale de la Française des Jeux a rebaptisé son entreprise « FDJ United ». La « distinction » pour l’étranger est revenue au Parlement du canton de Zurich, qui a reporté l’enseignement du français à la première année du secondaire, soit six ans plus tard que l’anglais.
« Toujours aussi mauvais » en français : George Clooney a-t-il bénéficié d’un passe-droit pour sa naturalisation ?
Les critères pour obtenir la naturalisation française prévoient désormais un niveau avancé en français. Une exigence qui n’a pas empêché l’acteur Georges Clooney d’obtenir la nationalité française, malgré une maîtrise très approximative de notre langue. « Ce n’est pas le bon message qui est envoyé », a estimé la ministre française déléguée à l’Intérieur, Marie-Pierre Vedrenne, en évoquant un « sujet d’équité » « absolument essentiel ». Elle a depuis été contredite par son ministre de tutelle, Laurent Nuñez.
Le Québec veut faire découvrir les artistes francophones
Parce que les algorithmes privilégient les contenus culturels anglophones, le Québec vient d’adopter un dispositif visant à favoriser la « découvrabilité » des artistes francophones sur les plateformes numériques, qu’il s’agisse de vidéos ou de musique.
Boycott a-t-il pour féminin girlcott ?
Pour dénoncer les violences sexistes qui se seraient produites au sein de festival de la BD d’Angoulême, plusieurs dessinateurs ont appelé au « girlcott » de cette manifestation, néologisme forgé pour marquer la dimension féministe de cette revendication. A ceci près que « boycott » ne provient pas du tout de l’anglais boy (« garçon »), mais du nom de Charles Boycott, un propriétaire terrien britannique contre lequel a été lancé au XIXe siècle le premier blocus répertorié de l’histoire contemporaine.
Du côté des autres langues de France
Découvrez ces mots français venus de langues régionales
Découvrez sur LinkedIn cette série consacrée par Arnaud Bernier aux mots français venant des langues régionales. Où l’on croise « bijou » (breton), « gifle » (picard), « maquis » (corse) ou encore « nougat » (occitan)…
Téléchargez Ethos, l’appli des cultures trad
Benjamin Bouyssou, figure de la culture gasconne, vient de créer Ethos, une application qui valorise les cultures dites régionales. On y trouve une carte interactive qui affiche les événements trad & folk, un répertoire comprenant plus de 1 800 chants traditionnels dans différentes langues de France (accompagné de nombreux enregistrements) sans oublier la présentation de leurs auteurs et de leurs interprètes. L’appli est disponible sur iOS comme sur Androïd, et gratuite de surcroît.
Le Gers mise sur l’occitan pour renforcer son attractivité
Parce que l’attractivité vient de la spécificité, le département du Gers a décidé de miser sur l’occitan. La langue historique de la région (dans sa variante gasconne) sera mise en avant sur les produits des artisans locaux, dans les parcours touristiques, l’affichage bilingue et la communication.
Perfectionnez votre francoprovençal
Moins connu que le breton ou le basque, le francoprovençal, parfois appelé arpitan, est la langue historique de régions françaises comme la Savoie ou le Lyonnais. Il est également parlé en Suisse et en Italie. Un stage d’immersion, ouvert aux néophytes comme aux locuteurs plus aguerris, aura lieu du 7 au 11 avril prochain à Saint-Nicolas, au val d’Aoste.
Du côté des langues du monde
Le grand atlas des empires coloniaux
Bien qu’ils se soient presque tous effondrés, les empires coloniaux ont laissé une empreinte majeure dans le domaine linguistique. Encore aujourd’hui, les Amériques et les Caraïbes parlent espagnol, portugais, anglais, français et néerlandais. Et si les langues autochtones ont mieux résisté en Afrique, celles des anciens colonisateurs continuent d’y exercer une influence majeure, comme le souligne ce très réussi grand atlas des empires coloniaux (qui aborde bien sûr d’autres sujets).
Grand Atlas des empires coloniaux. Des premières colonisations aux décolonisations (XVᵉ-XXIᵉ siècle). Collectif. Editions Autrement.
A écouter
Reina, par Lo Barrut
En quelques années, le groupe Lo Barrut s’est imposé comme l’un des plus créatifs et des plus exigeants de la scène occitane. Illustration avec ce titre extrait de leur dernier album, Reina (« Reine »).
A regarder
Le français, troisième langue la plus enseignée dans l’Union européenne
L’anglais est la langue choisie par l’immense majorité des élèves de l’Union européenne : 96 % des jeunes l’apprennent dans l’enseignement général. C’est l’allemand qui arrive en deuxième position (18 %), devant le français (14 %), l’espagnol (7 %), le russe (2 %) et le suédois (2 %).
Source link : https://www.lexpress.fr/culture/comment-dit-on-montrer-ses-dents-en-riant-en-francais-T2S4TO37FBFUJEKC7BPVEXYTUE/
Author : Michel Feltin-Palas
Publish date : 2026-01-06 05:15:00
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