C’est l’un des indicateurs dont la France peut s’enorgueillir par rapport à ses voisins : en 2025, l’indice des prix à la consommation harmonisé (IPCH), qui permet les comparaisons entre pays, n’a augmenté que de 0,9 %, contre plus de 2 % en moyenne dans la zone euro. Une maîtrise de l’inflation, liée notamment à la baisse des tarifs régulés de l’électricité et du prix du pétrole, dont les Français ne perçoivent pas les effets : la hausse des prix continue de les préoccuper. Elle arrive en tête de leurs préoccupations pour 2026, d’après notre sondage mené entre le 28 novembre et le 3 décembre auprès de deux échantillons : la population dans son ensemble, et les cadres.
« Cette inquiétude est surprenante, relève Tomasz Michalski, professeur d’économie internationale à HEC. L’enquête de la Banque centrale européenne auprès des prévisionnistes montre que les attentes d’inflation pour les 12 prochains mois restent ancrées autour de 2 % dans la zone, ce qui correspond à l’objectif de l’institution. Le taux en France devrait, lui, se situer entre 1,3 et 1,6 %, selon les prévisions. » Un chiffre en légère hausse, donc, par rapport à l’an dernier. Mais qui n’a rien d’alarmant au vu des projections publiées le 19 décembre par la Banque de France.
Les sujets d’ordres financiers sont ceux qui inquiètent le plus les Français en cette rentrée 2026.
Depuis le deuxième trimestre 2024, le salaire moyen par tête dans le secteur marchand progresse en effet plus vite que l’IPCH, tendance qui pourrait se poursuivre jusqu’en 2028. Quant au pouvoir d’achat des ménages, il devrait rester en territoire positif cette année. Une hypothèse d’autant plus plausible que le gel des prestations sociales et des pensions de retraite ne figure plus dans la loi de financement de la Sécurité sociale adoptée par l’Assemblée nationale le 16 décembre, et promulguée le 30.
Des finances publiques sous pression
« Les décideurs sont moins inquiets de l’inflation car ils regardent les prix des intrants ou des importations, en baisse depuis plusieurs années, remarque Tomasz Michalski. Ils s’attendent sans doute à ce que ce mouvement se poursuive, en lien avec la réorientation massive des exportations de la Chine et d’autres pays d’Asie vers l’Europe, du fait des droits de douane américains. » A l’inverse, leur sensibilité aux impôts et aux taxes est plus élevée que dans le reste de la population. Rien d’étonnant estime l’enseignant : « Les propositions des députés lors du débat budgétaire ont souvent traduit la volonté d’accroître les prélèvements obligatoires, notamment sur les entreprises et les ménages les plus aisés. C’est paradoxal car la France affiche déjà l’un des taux les plus élevés d’Europe en la matière, ainsi que le plus gros ratio de dépenses publiques rapportées au PIB. La plupart des responsables politiques s’escriment pourtant à vouloir réduire les déficits non par des économies sur la dépense mais par l’alourdissement de la fiscalité. Cette équation n’est pas propre à la France. Partout en Europe, la situation budgétaire n’est guère florissante, faute d’une croissance solide. Les finances publiques sont sous pression à cause du vieillissement de la population qui provoque une explosion des dépenses de santé et de retraite. »
L’ennemi russe
A ce contexte intérieur compliqué s’ajoute la nécessité de se réarmer face à une Russie menaçante, désignée comme l’ennemi public numéro 1 par les deux panels de nos sondés. « La Russie est un pays fortement déstabilisé, très atteint par l’effort de guerre, pointe Tomasz Michalski. L’arrêt du conflit en Ukraine pourrait donner un peu de répit à l’Europe. A nous d’en profiter, pour restaurer notre compétitivité. Pendant des années, le continent a perdu beaucoup trop d’industries, parties s’installer en Asie ou aux États-Unis. L’Europe a des atouts pour rattraper son retard technologique vis-à-vis des Américains. Il faut juste sortir des discussions inutiles, comme celles sur l’augmentation des impôts qui nous font perdre du temps, et mettre enfin en œuvre les préconisations du rapport Draghi. »
Dans ce climat géopolitique incertain, la France est-elle encore susceptible d’influer sur le cours du monde ? La majorité des personnes interrogées dans notre Baromètre en doute. « Je ne suis pas surpris que les Français soient aussi pessimistes quant à leur place dans le concert des nations, poursuit le spécialiste en macroéconomie. Du fait de ses difficultés internes – le déficit public, l’instabilité gouvernementale, l’absence de réformes… -, le pays se retrouve incapable d’accroître sa force de frappe à l’extérieur. L’Europe, elle-même, est diminuée, comme l’a montré sa passivité face aux Etats-Unis au moment de conclure un accord commercial avec Donald Trump en août dernier. Sa voix ne porte ni face à l’Amérique, ni face à la Chine. Il faut réinventer l’Europe, et vite. A elle seule, la France ne pèse pas suffisamment. Elle représente autour de 2 % du PIB de la planète aujourd’hui, contre 4 % en 1990 en parité de pouvoir d’achat. C’est toujours un acteur majeur, mais plus un leader. L’administration Trump considère la France, et l’Europe, avec mépris, les jugeant inefficaces, paresseuses et faibles. Nous devons être capables d’agir collectivement, au niveau de l’UE, au risque d’être définitivement relégués en seconde division de l’ordre mondial. »
L’Allemagne, roue de secours de l’UE ?
Qui donc, alors, pour prendre le relais d’Emmanuel Macron, dont l’appel à « résister à l’air du temps » s’est perdu dans le chuchotement de ses vœux présidentiels ? Le chancelier Friedrich Merz ? « L’Allemagne a davantage de marge de manœuvre financière, notamment pour investir dans la défense, confirme Tomasz Michalski. Mais ses perspectives de croissance sont limitées par son modèle de puissance exportatrice, pensé dans un monde ouvert et fondé sur d’anciennes technologies. Les Allemands, contrairement aux Américains ou aux Chinois, n’innovent pas. Par ailleurs, même s’ils augmentent considérablement leurs dépenses militaires, seront-elles adaptées aux nouvelles menaces ? Celles des drones, qui surgissent d’on ne sait où et perturbent le trafic des aéroports de Berlin, Munich ou Hanovre ? La guerre du futur sera bien différente de celle pour laquelle nos forces armées sont préparées. Peut-être qu’au lieu des chars, il faudra des robots ! On se souvient de la fameuse phrase de Staline à propos du Vatican : ‘Le pape, combien de divisions ?’. Et l’Allemagne demain ? C’est la grande inconnue. Enfin, beaucoup de pays européens sont très réticents, pour des raisons historiques, à ce que l’Allemagne prenne l’ascendant militaire sur le continent. La France et le Royaume-Uni sont regardés avec davantage d’intérêt, notamment depuis qu’Emmanuel Macron a proposé, en mars 2025, d’ouvrir un débat stratégique sur la protection par la dissuasion nucléaire française de ses alliés européens. En Pologne, par exemple, le débat fait rage pour savoir si cette ombrelle franco-britannique serait de nature à se substituer à celle assurée par les Américains au sein de l’Otan, si ces derniers, d’aventure, décidaient de couper les ponts avec l’Alliance atlantique. »
Un autre sujet anime les conversations au pays natal de Tomasz Michalski : faut-il abandonner, pour cause de réarmement, la règle d’or inscrite dans la Constitution de 1997 qui limite la dette à 60 % du PIB ? « Les finances publiques polonaises sont sur une trajectoire qui menace la pérennité de ce ratio, ouvrant ainsi la voie à une crise constitutionnelle », indique l’économiste. Affranchie depuis longtemps de toute vertu budgétaire, la France, elle, continue d’entretenir son vice : au troisième trimestre de 2025, l’endettement public a atteint 117,4 % du PIB. Il n’a jamais été aussi élevé, sauf une fois, à l’orée de 2021. Au pire temps du Covid…
Source link : https://www.lexpress.fr/economie/politique-economique/inflation-conflits-diplomatie-les-inquietudes-des-francais-pour-2026-ANJXHVP3ORCULEDQACXMYLNPXE/
Author : Arnaud Bouillin, Muriel Breiman, Lucile Laurent
Publish date : 2026-01-05 16:10:00
Copyright for syndicated content belongs to the linked Source.

