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Nicolas Maduro : le « deux poids-deux mesures » de Donald Trump dans sa lutte anti-drogue

Nicolas Maduro : le « deux poids-deux mesures » de Donald Trump dans sa lutte anti-drogue

Véritable menace ou prétexte pour lancer une opération ? Depuis l’intervention américaine au Venezuela, le week-end dernier, Donald Trump ne cesse de se réjouir de la capture par l’armée du dirigeant jusque-là au pouvoir à Caracas, Nicolas Maduro. Selon lui, le chaviste représentait un danger pour la sécurité des États-Unis, où il aurait participé à exporter de gigantesques quantités de cocaïne depuis son pays. Il aurait ainsi été « la cheville ouvrière d’un vaste réseau criminel ». Désormais emprisonné dans un centre pénitentiaire du sud de New York, le président vénézuélien a comparu pour la première fois devant un juge ce lundi 5 janvier, notamment pour « narcoterrorisme ». Des charges contre lesquelles il plaide non coupable.

Quoi qu’il en soit, l’administration Trump a fait de la lutte anti-drogue son principal motif d’intervention au Venezuela. Le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, jure ainsi que l’opération se référait aux « forces de l’ordre » et non pas à l’armée. Pourtant, comme étayé dans un article du New York Times, le Venezuela est loin d’être l’acteur majeur du narcotrafic américain décrit par le camp républicain. Certes, une part non négligeable (10 à 13 % du trafic mondial) de cocaïne est exportée depuis le pays. Mais ces envois sont bien davantage à destination de l’Europe que des États-Unis, où la majeure partie de la drogue qui circule provient de la côte pacifique. Le fentanyl, qui ravage la santé de nombreux Américains, n’est par ailleurs pas produit au Venezuela, mais au Mexique. Restent néanmoins les accusations de liens de Nicolas Maduro avec de puissants cartels.

Grâce polémique de l’ex-président hondurien

Une chose est sûre : le discours très offensif de Donald Trump vis-à-vis du narcotrafic tranche avec de multiples prises de position bien plus conciliantes sur le sujet. Par le passé, le milliardaire républicain a en effet affiché son soutien à plusieurs personnalités reconnues coupables de trafic de drogue – ou fortement suspectées d’y être liées. Dernier épisode de ce type en date ? La grâce, début décembre, de l’ex-président du Honduras, Juan Orlando Hernandez. Au pouvoir dans ce petit pays d’Amérique centrale entre 2014 et 2022, il avait été extradé à la fin de son mandat vers les États-Unis pour être jugé pour son implication dans le trafic de drogue à destination du pays.

L’ancien dirigeant avait alors été reconnu coupable d’avoir empoché des pots-de-vin de la part de gangs pour faciliter l’exportation de 400 tonnes de cocaïne vers le marché américain. Jusqu’à sa grâce il y a quelques jours, il purgeait une peine de 45 ans de prison dans un centre pénitentiaire de Virginie-Occidentale. À présent libéré, Juan Orlando Hernandez a remercié Donald Trump pour son geste. Le locataire de la Maison-Blanche n’a d’ailleurs pas vraiment donné d’éléments concrets pour justifier cette grâce. « Les habitants du Honduras pensaient vraiment qu’il s’agissait d’un piège, et c’était une chose terrible », a-t-il lancé devant la presse. « Ils ont dit qu’il était un trafiquant de drogue parce qu’il était le président du pays. Et ils ont dit que c’était un coup monté par l’administration Biden. J’ai examiné les faits et j’ai été d’accord avec eux ».

Soutien d’Alvaro Uribe… aux liens présumés avec Escobar

Outre-Atlantique, au moment où Donald Trump affiche la sévérité de sa politique anti-stupéfiants, le timing d’une telle décision a surpris. Ce n’est cependant pas une première. En 2020, l’ex-président colombien Alvaro Uribe (2002-2010), avait déjà été chaleureusement félicité sur les réseaux sociaux par le républicain après avoir été libéré de son assignation à résidence dans une affaire impliquant des paramilitaires. L’occasion pour Donald Trump de saluer « un allié de notre pays dans la lutte contre le castrisme et le chavisme », qui s’affiche aussi comme Maga-compatible – il a d’ailleurs applaudi la récente opération militaire au Venezuela voisin. Mais l’homme politique sud-américain est également suspecté d’avoir des liens troubles avec le trafic de stupéfiants.

En 1991, un rapport déclassifié de la DIA, une agence de renseignement américaine reliée au Pentagone, décrivait Alvaro Uribe comme un « ami personnel de Pablo Escobar », le célèbre narcotrafiquant ayant terrorisé la Colombie dans les années 70 à 90. D’après ce document, aujourd’hui relayé par l’université George Washington, il « collaborait activement avec le cartel de Medellin au plus haut niveau de l’État ». Sans nier certains liens avec des figures du cartel de Medellin, Alvaro Uribe – par ailleurs cité dans de nombreux autres scandales – a toujours démenti avoir contribué au trafic de drogue. Le rapport en question a aussi été contesté aux États-Unis. Toujours est-il que les doutes autour de sa possible implication dans l’exportation de cocaïne vers le territoire américain n’ont pas empêché Donald Trump de le congratuler.

Proche d’un narcotrafiquant dans les années 80

Plusieurs journalistes ont enquêté sur les liens présumés de Donald Trump avec la mafia, en particulier lorsqu’il a construit sa fortune. C’est le cas de David Cay Johnston, lauréat du prix Pulitzer en 2001. Cette figure de la presse américaine a ainsi révélé en 2016 les relations troubles du milliardaire avec un certain Joseph Weichselbaum. Dans les années 80, ce dernier gérait une société d’hélicoptères permettant à Donald Trump d’acheminer certains richissimes clients vers ses casinos d’Atlantic City, dans le New Jersey. Les deux hommes deviennent alors très proches.

Mais, déjà concerné par des condamnations judiciaires dans le passé, Joseph Weichselbaum est de nouveau inculpé en 1985 pour trafic de cannabis et de cocaïne. Des faits dont il est reconnu coupable durant le procès. Donald Trump décide à cet instant de défendre tant bien que mal l’accusé, en réclamant par écrit une peine clémente pour ce dernier. Il qualifie alors le trafiquant de drogue d' »atout pour la communauté » et d’homme « consciencieux, franc et assidu », raconte David Cay Johnston, dans un article publié dans Politico. Contacté pour réagir à ces informations, le président américain a affirmé à l’époque au reporter « connaître à peine » Joseph Weichselbaum.



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Publish date : 2026-01-06 13:01:00

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