Une énième tension diplomatique, entre Washington et Moscou, prend des allures de bataille navale au milieu de l’océan Atlantique. Après le kidnapping début janvier de Nicolas Maduro, président du Venezuela, les États-Unis mènent ce mercredi 7 janvier une opération pour prendre le contrôle du Marinera, un pétrolier battant pavillon russe et soupçonné d’avoir voulu contourner le blocus partiel imposé à Caracas. En réponse, la Russie a dépêché un sous-marin et d’autres moyens militaires pour protéger le navire, rapporte le Wall Street Journal, marquant un « nouveau point de friction inédit » entre les deux puissances, comme le souligne de son côté le New York Times.
Le bâtiment, anciennement connu sous le nom de Bella 1 et sous pavillon panaméen à l’époque, avait déjà été sanctionné par Washington en 2024 par l’ex-président Joe Biden pour son implication passée dans le commerce du pétrole iranien, selon CBS News. Les médias américains rapportent que depuis décembre dernier, les Etats-Unis poursuivent le navire, après une première tentative d’arraisonnement en mer des Caraïbes au motif qu’il naviguait sans pavillon national valide. Le Bella 1, parti d’Iran, se dirigeait alors vers le Venezuela pour y charger du pétrole. La pression américaine a poussé son équipage à faire demi-tour et à peindre un drapeau russe sur la coque du bateau, pour dissuader toute intervention. Le pétrolier a aussi été rebaptisé Marinera, et inscrit au registre officiel russe sans inspection, rapporte le New York Times. Or, la nouvelle immatriculation russe du navire complique désormais la justification juridique américaine de son arraisonnement, estiment les experts dans le Wall Street Journal.
L’objectif des États-Unis serait de saisir le Marinera, plutôt que de le couler, comme l’ont précisé deux sources du renseignement citées par CBS News et reprises par nos confrères du Figaro. Ces derniers comparent d’ailleurs cette opération à celle qui a permis le mois dernier l’arraisonnement du Skipper, un pétrolier battant pavillon du Guyana. Moscou a par ailleurs adressé une note diplomatique à Washington pour demander la fin de la poursuite. Mardi 6 janvier, le ministère russe des Affaires étrangères a déclaré suivre « avec inquiétude » la situation du pétrolier.
Douze millions de barils de pétrole brut
Ce navire n’est pas isolé. Au moins seize pétroliers sous sanctions ont quitté les eaux vénézuéliennes depuis samedi, selon plusieurs sociétés spécialisées dans la surveillance maritime, dont treize sont chargés, pour un total estimé à environ douze millions de barils de pétrole brut et de carburants, principalement à destination de la Chine, a indiqué à l’AFP. Le Marinera, bien que vide après avoir été empêché de charger du pétrole au Venezuela, est surveillé de près par les garde-côtes américains dans l’Atlantique, dans le cadre de la lutte contre le transport de pétrole illicite à travers le monde.
La Russie s’inquiète des saisies par les Etats-Unis de pétroliers alimentant son économie et a pris la décision inhabituelle d’autoriser l’immatriculation du pétrolier sans formalités, ont souligné des experts auprès du Wall Street Journal. L’agence RT, contrôlée par l’État russe, a diffusé une vidéo montrant le navire suivi par un patrouilleur américain, affirmant que les États-Unis tentaient de l’intercepter malgré son « statut civil évident ». Cet incident survient dans un contexte de dissensions géopolitiques déjà exacerbées entre Washington et Moscou, notamment autour du conflit en Ukraine, compliquant d’éventuelles négociations.
Symbole des efforts russes
Le Marinera navigue actuellement vers le nord-est de l’Atlantique, entre l’Islande et le Royaume-Uni, selon les données de suivi de MarineTraffic. Son trajet pourrait le conduire vers la mer Baltique ou contourner la Scandinavie pour atteindre Mourmansk, port arctique russe libre de glace. Depuis sa tentative de déviation du blocus en décembre, l’équipage a résisté à toute intervention américaine, transformant ce pétrolier en symbole des efforts de la Russie pour protéger ses intérêts commerciaux malgré les sanctions.
L’invasion de l’Ukraine par la Russie et les sanctions occidentales qui ont suivi ont provoqué une expansion rapide de la flotte clandestine mondiale, une armada de plus de 1 000 pétroliers à la propriété opaque et sans assurance occidentale, rappelle le Wall Street Journal. Selon certains analystes, ces navires dissimulent leur activité en coupant leurs signaux radio et en transbordant leur cargaison dans des eaux peu surveillées. La plupart ont plus de quinze ans, ce qui fait craindre marées noires et collisions, des risques qui semblent laisser indifférents autant la Russie que les États-Unis.
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Author : Audrey Parmentier
Publish date : 2026-01-07 14:09:00
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