Après l’arrestation de Nicolas Maduro, dans la nuit du 2 au 3 janvier, le Venezuela connaît une vague de répression qui rappelle les heures les plus sombres du régime. Depuis plusieurs jours, journalistes, civils et opposants vivent sous un contrôle strict des forces de sécurité et des groupes paramilitaires loyalistes, les « colectivos ». Dans les rues de Caracas, la peur s’est installée : beaucoup évitent désormais de célébrer ou de manifester ouvertement. « Nous avons gagné, mais nous avons aussi perdu », résume une quinquagénaire au Washington Post en comparant la situation actuelle à la dernière élection présidentielle de 2024, où Nicolas Maduro avait revendiqué la victoire malgré des résultats favorables à l’opposition.
Au moins quatorze journalistes et employés de médias ont été arrêtés lundi 5 janvier, dont onze appartenant à la presse internationale, selon le Syndicat national des travailleurs de la presse. La plupart ont été relâchés après plusieurs heures, mais plusieurs ont vu leurs téléphones fouillés par des agents du contre-espionnage militaire. Plusieurs arrestations ont eu lieu près de l’Assemblée nationale, au moment où Delcy Rodríguez prêtait serment comme présidente par intérim lors d’une cérémonie présidée par son frère, Jorge Rodríguez, président du Parlement.
Malgré cette transition de façade, l’appareil militaire reste arrimé à l’ancienne architecture du pouvoir. Lundi, le ministre de la Défense, Vladimir Padrino, a réaffirmé le soutien de l’armée à Delcy Rodríguez, assurant que les forces armées « se tiendront à ses côtés dans la tâche difficile que les turbulences géopolitiques et les impératifs de la patrie exigent d’elle ». Le rôle précis que l’ex vice-présidente sera amenée à jouer demeure toutefois flou. Donald Trump a indiqué que la supervision de l’engagement américain au Venezuela serait confiée à un cercle restreint de hauts responsables — parmi lesquels le secrétaire d’État Marco Rubio ou encore le secrétaire à la Défense Pete Hegseth. Lundi, le président a par ailleurs affirmé sur NBC que le Venezuela n’était pas en mesure d’organiser des élections.
« Le peuple vénézuélien mérite que justice soit faite »
L’état d’urgence, publié lundi mais daté du 3 janvier, étend également les pouvoirs du gouvernement, s’inquiète de son côté le Financial Times. Selon le décret, les autorités doivent « procéder immédiatement à la recherche et à l’arrestation de toute personne impliquée dans la promotion ou le soutien de l’attaque armée menée par les États-Unis contre le territoire de la République » ». Il prévoit également des restrictions à la circulation, la suspension des droits de réunion et de manifestation, et la saisie de biens jugés nécessaires à la « défense nationale ».
La Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme a exprimé son inquiétude face à cette situation. « Le peuple vénézuélien mérite que justice soit faite dans le cadre d’un processus équitable et centré sur les victimes », a déclaré Ravina Shamdasani, soulignant que l’état d’urgence « suscite de sérieuses inquiétudes » quant aux libertés fondamentales.
« Effrayants, terrifiants »
Dans Caracas, les colectivos, héritiers de l’appareil sécuritaire créé sous Hugo Chavez, patrouillent dans les rues et installent des barrages, notamment le long de l’autoroute Cota Mil. Des Vénézuéliens rapportent avoir été arrêtés, interrogés et contraints de remettre leurs téléphones, tandis que leurs messages et réseaux sociaux sont scrutés pour détecter le moindre soutien au raid américain. Ces groupes restent en grande partie sous le contrôle du ministre de l’Intérieur, Diosdado Cabello, figure de l’aile dure du régime. Ce dernier a d’ailleurs publié une photo de lui posant avec des policiers armés qui scandaient « Toujours loyaux, jamais traîtres », rapporte The Guardian.
Pour les habitants, le climat est devenu oppressant. Jeaneth Fuentes, médecin de 53 ans, assure – toujours dans le média britannique – que la présence de groupes armés, en uniforme ou en civil, rend ses trajets domicile-travail « effrayants, terrifiants ». Pour l’opposition, représentée par Maria Corina Machado, également prix Nobel de la Paix 2025, la répression actuelle est « très alarmante ». Elle appelle la communauté internationale, et en particulier les États-Unis, à suivre de près l’évolution de la situation et à soutenir une transition démocratique réelle.
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Author : Audrey Parmentier
Publish date : 2026-01-07 12:00:00
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