L’Express

Derrière l’interdiction des réseaux sociaux, un invraisemblable match Emmanuel Macron – Gabriel Attal

Derrière l’interdiction des réseaux sociaux, un invraisemblable match Emmanuel Macron – Gabriel Attal

C’est un bras de fer qui mobilise, excusez du peu, le président de la République et l’un de ses anciens Premiers ministres, Garbiel Attal. C’est un concours pour savoir qui était là « prem’s ». C’est une bataille qui peut paraître dérisoire ou grotesque, c’est au choix, mais qui dit beaucoup de l’instant présent, une querelle de « legacy » et d’héritage. L’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans mobilise le sommet de l’Etat, celui qui l’occupe et celui qui veut le remplacer.

La querelle a quelque chose d’absurde. Voilà enfin une mesure consensuelle dans ce Parlement explosé façon puzzle. Utile aussi, tant la surexposition des jeunes au numérique pèse sur leur développement personnel. Mais la politique a ses règles propres. Un projet de loi préparé par le gouvernement et une proposition de loi soutenue par Gabriel Attal sont engagés dans une course de vitesse pour atterrir le premier. Les deux textes sont examinés ce jeudi 8 janvier par le Conseil d’Etat, chargé d’étudier leur viabilité juridique.

Gabriel Attal et Emmanuel Macron revendiquent tous deux une antériorité sur le sujet. Attention, bataille de dates ! Autour du chef de l’Etat, on se remémore avec gourmandise une scène. Le 16 janvier 2024, le président de la République dévoile son intention de réguler l’accès des enfants et adolescents aux écrans, qui « trop souvent enferment là où ils devraient libérer ». Son Premier ministre, Gabriel Attal, en prend alors bonne note, qui assiste à la conférence de presse, rappelle-t-on à l’Elysée. Mais n’a-t-il pas préempté le sujet ? Dès septembre 2023, l’ancien ministre de l’Education soulevait le sujet de l’accès des jeunes aux réseaux sociaux au nom de la lutte contre le harcèlement scolaire.

Le conflit se pare de noblesse juridique. La présidence vante les mérites d’un projet de loi (PJL), plus solide juridiquement et plus rapide. Le camp Attal rétorque que la PPL de la députée Renaissance Laure Miller est elle aussi soumise aux éminents juristes du Conseil d’Etat. Les textes sont jumeaux. Celui du gouvernement se borne à interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans et le portable aux lycéens. La version parlementaire, initialement plus étoffée, devrait être réduite à ces deux dispositions à l’occasion de son passage en commission des affaires culturelles et de l’éducation le 13 janvier, avant un examen dans l’hémicycle le 26. Le secrétaire général de l’Elysée Emmanuel Moulin a évoqué devant un proche de Gabriel Attal une possible présentation du PJL en janvier en Conseil des ministres. Alors, place au procès d’intention. Version Elysée : « Attal veut s’attribuer la paternité du truc, c’est un grand classique, ce n’est pas grave. » Un cadre Renaissance : « Macron n’a pas voulu que cela lui échappe. »

« Le président fait un blocage »

Dans un monde normal, on se dit qu’il existerait une manière finalement assez simple de défaire ce nœud : qu’Emmanuel Macron et Gabriel Attal se parlent. Le président va même reprendre langue avec Vladimir Poutine, ce ne devrait donc pas être impossible. Sauf que… Leur dernier rendez-vous en tête-à-tête remonte à plus d’un an. « Le président fait un blocage », avance un proche du secrétaire général de Renaissance. Lequel préfère en sourire : « Je ne le revois que dans des schémas collectifs, des réunions de chefs de partis avec Marine Tondelier par exemple : je ne pense pas qu’on puisse parler de traitement privilégié. »

Le calendrier est leur ennemi, le temps la clé de leur face-à-face. Emmanuel Macron considère qu’à rebours des moqueries sur la vacuité de son action, il marquera l’année 2026 s’il parvient à agir sur les réseaux sociaux, en même temps qu’il avancerait sur le service militaire et la fin de vie. Gabriel Attal regarde l’année 2027 et veut faire du digital une machine de guerre : il se félicite ainsi d’avoir rejoint Jordan Bardella dans ses performances sur TikTok.

Ce conflit est dérisoire ? Par un joli paradoxe, il pourrait se révéler utile pour l’atterrissage de la mesure, d’enjeu public. Une course de vitesse, par essence, ouvre la voie à une adoption rapide du texte. Un acteur du dossier en sourit : « Que tout le monde se batte sur ce sujet montre qu’il est porteur, du coup cela accélère. » La députée Laure Miller, rapporteure d’une commission d’enquête sur les effets psychologiques de TikTok sur les mineurs – prélude à sa PPL -, note en privé l’effet bénéfique de cette course de vitesse. Peut-être les parents chériront un jour la guerre Macron-Attal !



Source link : https://www.lexpress.fr/politique/derriere-linterdiction-des-reseaux-sociaux-un-invraisemblable-match-emmanuel-macron-gabriel-attal-2ADR2UR7S5HCNDXF7UI35GZKJA/

Author : Paul Chaulet, Eric Mandonnet

Publish date : 2026-01-08 18:00:00

Copyright for syndicated content belongs to the linked Source.

Tags : L’Express