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Un week-end à Toulouse : aux Abattoirs, l’épopée pop de Jean-Charles de Castelbajac

Un week-end à Toulouse : aux Abattoirs, l’épopée pop de Jean-Charles de Castelbajac


Il a habillé Isabelle Adjani, Farrah Fawcett, Jean-Paul II, Vanessa Paradis ou encore Lady Gaga ; collaboré avec les icônes de l’underground new-yorkais Keith Haring, Andy Warhol et Jean-Michel Basquiat, mais aussi avec plusieurs trublions tricolores comme Sempé, Topor, Ben et Combas ; réalisé des fresques, des collages, des dessins ; designé du mobilier et customisé des objets du quotidien ; bousculé son époque en façonnant des vêtements-sculptures à partir d’une accumulation de nounours, de lunettes de soleil ou de pâtes alimentaires ; orné ses créations textiles de textes empruntés à la littérature, de Proust à Cocteau, de Gérard de Nerval à Simone de Beauvoir.

Le travail du boomer Jean-Charles de Castelbajac, inventeur de la robe-livre, du pull Snoopy ou de la vaisselle camouflage, est pluriel, sans frontières. Chez lui, depuis toujours, le stylisme et l’art ne font qu’un. Il les entremêle dans un joyeux charivari de couleurs primaires, autant inspiré par les histoires chevaleresques qui ont bercé son enfance que par l’iconographie de la pop culture.

L’artiste a signé quantité d’œuvres graphiques, dont nombre d’inédits que l’on découvre ici.

Petit, déjà, il édifiait des forteresses à l’aide d’éléments détournés. Dans les internats catholiques, où il a traîné ses guêtres de 6 à 17 ans, il se rêvait un destin à part, où de l’indiscipline il ferait une discipline. C’est d’ailleurs à partir de sa couverture de pensionnaire qu’en 1968, libéré de ses obligations scolaires, Jean-Charles de Castelbajac, 18 ans, a réalisé, dans l’atelier de couture de sa mère à Limoges, le manteau qui allait lui donner un nom. Cette première pièce de mode, par laquelle tout a commencé, est exposée aujourd’hui, parmi des centaines d’autres, au musée des Abattoirs de Toulouse qui offre une carte blanche au créateur, sous le commissariat de Lauriane Gricourt et Julien Michel. Elle raconte la hardiesse d’un touche-à-tout, annonçant, sans le savoir, ce qu’on qualifierait plus tard d’upcycling, flirtant, en l’ignorant aussi, avec les expérimentations de l’arte povera ou des nouveaux réalistes. « J’ai toujours eu une affection particulière pour les matériaux pauvres, les tissages bruts, à l’aspect rude, d’origine incontrôlée, parfois issus de déchets textiles », confie-t-il.

Pour donner vie à cette Imagination au pouvoir, intitulé de la carte blanche, Pauline de Castelbajac, la femme de l’artiste styliste, a joué les archivistes, inventoriant et triant tout ce qui a constitué près de soixante années de création protéiforme. Une tâche titanesque qui a notamment permis d’exhumer quantité d’œuvres graphiques, alliant mots, motifs, formes découpées et photographies, dont plusieurs sont montrées ici pour la première fois. Découper et coller reste pour Castelbajac un outil de « liberté totale », qu’en bon héritier du dadaïsme, il appelle sa « rébellion ».

Lady Gaga, habillée par Jean-Charles de Castelbajac, dans le clip de « Telephone » (2010).

A 76 ans, loin d’avoir tiré sa révérence, il continue d’œuvrer aux côtés d’artistes de la jeune génération, à l’instar du collectif de designers Hall Haus, avec lequel il vient de signer une série de chaises, ou le compositeur de musique électronique Vladimir Cauchemar, à qui on doit l’envoûtante bande-son de l’exposition toulousaine. Il y a un peu plus d’un an, on découvrait les parements liturgiques imaginés par Jean-Charles de Castelbajac pour la réouverture de Notre-Dame de Paris. Une nouvelle façon d’inscrire sa signature pop dans l’Eglise, vingt-sept ans après avoir dessiné le vestiaire du pape et de sa suite aux Journées mondiales de la jeunesse à Paris.

Jean-Charles de Castelbajac. L’imagination au pouvoir. Musée des Abattoirs, Toulouse, jusqu’au 23 août 2026.



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Author : Letizia Dannery

Publish date : 2026-01-10 08:30:00

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