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« Isolement de la France », « une plaie pour Macron »… Le raté français sur le Mercosur vu d’Europe

« Isolement de la France », « une plaie pour Macron »… Le raté français sur le Mercosur vu d’Europe

Vingt-cinq ans de négociations pour l’adopter. Les États membres de l’Union européenne (UE) ont approuvé vendredi 9 janvier la signature de l’accord de libre-échange avec le bloc sud-américain Mercosur malgré l’opposition de plusieurs pays, dont la France. Les ambassadeurs des Vingt-Sept réunis à Bruxelles ont donné leur feu vert à cette signature, décision confirmée par la suite par les pays de l’UE.

Ces autorisations ouvrent la voie à la signature de l’accord par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, avec le Marché commun du Sud, qui regroupe l’Argentine, la Bolivie, le Brésil et le Paraguay, à Asuncion. La cérémonie de signature de cet accord, le plus important signé par l’UE en matière d’allègement douanier puisqu’il supprimerait quatre milliards d’euros de surtaxes sur les exportations, aura lieu ce 17 janvier.

L’Italie longtemps hésitante

L’accord a été arraché par la Commission européenne, notamment grâce au soutien de l’Italie, resté longtemps incertain, qui a fini par céder après la promesse faite par Ursula von der Leyen d’une avance sur 45 milliards d’euros d’aides de la politique agricole commune (PAC) débloquée en 2028 – plus tôt que prévu. « Un geste particulièrement destiné à l’Italie, qui menaçait de faire pencher la balance contre le Mercosur et qui est désormais convaincue », indique le quotidien suisse Le Temps. Emmanuel Macron a également salué cette annonce, sans pour autant se laisser convaincre de pencher en faveur du « oui ».

Privée du soutien de l’Italie, la France n’était plus en mesure de bloquer l’approbation du texte. Bien que la Pologne, la Hongrie, l’Irlande et l’Autriche aient également voté contre, les opposants au Mercosur n’arrivaient plus à atteindre le seuil de la minorité de blocage qui nécessite de représenter au moins 35 % de la population européenne. Au moins 15 pays représentant 65 % de la population totale du bloc européen ont voté pour.

Un moment qui « restera à jamais une plaie pour Emmanuel Macron »

Pour Le Temps et bien d’autres, l’opposition publique du président français sur le sujet « isole la France ». « Les diplomates français se plaignent que (la présidente italienne du Conseil des ministres, NDLR) Giorgia Meloni revendique le succès comme le sien, car ils auraient été ceux qui auraient travaillé avec la Commission pour des mesures en faveur de l’agriculture », indique Il Foglio. Selon le quotidien italien milanais, qui a interrogé « plusieurs sources », Emmanuel Macron s’était pourtant « convaincu qu’il n’y avait plus de raison de s’opposer au Mercosur », conscient « à quel point la signature sur le Mercosur est importante économiquement et géopolitiquement pour une UE qui a besoin d’une stratégie de diversification devant Donald Trump ». Mais confronté à la colère de ses agriculteurs « qui bénéficient d’un fort soutien dans la population », selon le quotidien allemand Tageszeitung, Emmanuel Macron était « contraint de voter ‘non’ contre ses convictions, d’accepter d’être mis en minorité dans l’UE et de subir des critiques en France pour son isolement et sa défaite », estime Il Foglio. « L’alternative était de voter ‘oui’, d’enflammer la protestation agricole, de provoquer la chute du gouvernement Lecornu et d’être accusé de trahir la France », ajoute le quotidien milanais.

« Face à l’impopularité profonde de l’accord en France, Emmanuel Macron se retrouve dans la position délicate de devoir s’y opposer tout en défendant les concessions obtenues », estime également Politico Europe. « L’incapacité de la France à stopper le Mercosur restera à jamais une plaie pour Emmanuel Macron », juge ce média. « L’échec du président français, fervent europhile, à empêcher la conclusion de l’accord est un constat humiliant du déclin de l’influence de Paris au sein de l’UE, où la France a longtemps été réputée pour son exceptionnalisme et son droit de veto. » En outre, analyse Politico, « l’incapacité de la France à bloquer l’accord commercial UE-Mercosur vendredi permet aux partis d’opposition d’enfoncer le clou face à un Emmanuel Macron déjà fragilisé pour le reste de son mandat ».

Un vote crucial du Parlement européen

Le Parlement européen devra toutefois se prononcer à majorité simple sur l’accord avec le Mercosur avant qu’il n’entre en vigueur. Le soutien du Parlement sur les questions de libre-échange « ne sera pas chose aisée », rappelle El Pais. « Cela pourrait même déclencher une nouvelle motion de censure contre le gouvernement d’Ursula von der Leyen, cette fois-ci de la part du groupe d’extrême droite Patriots », relève le quotidien espagnol.

« Le scrutin pourrait être très serré : dans l’assemblée, les considérations idéologiques se superposent aux sensibilités nationales », indique également Le Soir, précisant qu’une « fronde monte déjà ». Ainsi, quelque 150 députés européens issus de plusieurs groupes politiques, soit un cinquième du Parlement, appellent déjà l’assemblée à saisir la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE), constate le quotidien belge. « Si cette résolution devait être votée et la Cour saisie, cela suspendrait la ratification par les eurodéputés », selon le quotidien belge. « L’étape de la signature de l’accord ne constitue pas la fin de l’histoire », affirmait laconiquement jeudi Emmanuel Macron par le biais d’un communiqué de l’Elysée.



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Author : Julien Chabrout

Publish date : 2026-01-10 11:33:00

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