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Bernard Arnault sous la Coupole : les coulisses de son entrée à l’Académie

Bernard Arnault sous la Coupole : les coulisses de son entrée à l’Académie

Il est rare que l’on voit en public – si l’on peut ainsi qualifier la prestigieuse assemblée réunie sous la coupole de l’Académie des sciences morales et politiques ce lundi 12 janvier – Bernard Arnault sourire autant. Manifestant une décontraction joyeuse et étrennant son habit noir chamarré de feuilles d’olivier brodées, le néophyte académicien chuchote une blague à l’oreille de son voisin – Philippe Aghion, prix Nobel d’économie –, bavarde, rit, pouffe même tandis qu’il devise avec ses 45 nouveaux compagnons. En cette après-midi d’installation quai Conti, le PDG de LVMH manifeste son contentement.

Élu le 2 décembre 2024 au fauteuil 1 de la section Économie politique, Statistique et Finances, laissé vacant par le décès de Denis Kessler, PDG des assurances Scor, le Français le plus riche du monde a rassemblé pour l’occasion la fine fleur de l’establishment parisien. Si les placements sont libres, les invités sont toutefois priés de rejoindre leur zone : celle des collaborateurs LVMH, celle des membres du comité de l’épée, celle des quelques journalistes, celle encore des politiques quand au centre, faisant face aux pupitres, la famille au complet est assise.

Arrivé à la dernière minute, Thierry Breton, ami fidèle de Bernard Arnault, rouspète bruyamment de devoir s’asseoir bien loin à son goût, Hélène Arnault, pull noir et manteau blanc, embrasse chacun, étreignant Antoine Arnault, le fils aîné de son mari. La journaliste de CNews, Laurence Ferrari, membre du comité de l’épée, accompagnée de son beau-frère le violoniste Gautier Capuçon, se lève pour saluer les uns les autres, Alexis Brézet, le patron du Figaro, est proche de Jérôme Beglé, directeur de Paris-Match, dernière acquisition du groupe, Nicolas de Tavernost, ancien patron de M6, est assis non loin de Martin Bouygues, d’Alain Minc, de Maurice Levy, puissant ex-président de Publicis, de Jean-Dominique Sénart, patron de Renault, de l’armateur Rodolphe Saadé, venu avec son épouse, et de Vincent Bolloré, dont le regard amusé flotte sur l’assistance.

Dans les travées, le galeriste Larry Gagosian, la veuve du peintre Balthus, Setsuko Klossowska de Rola, l’éditrice Odile Jacob, l’écrivaine Christine Orban et son mari, et les chefs cuisiniers, Yannick Alleno, qui dirige Le Cheval blanc à Courchevel ou Arnaud Donckele, chef du Cheval blanc à Paris. Jean-Claude Trichet, ancien président de la Banque centrale européenne, prononce le discours d’accueil, prenant soin de rappeler que l’entreprise de luxe salarie 215 000 collaborateurs dans le monde, qu’elle est le « premier recruteur privé de France », soulignant « que chaque emploi LVMH en suscite quatre autres » dans le pays, insistant au passage et en détail sur le montant global des impôts payés par le groupe : 5 milliards d’euros par an. Le propos, élégant et subtil dans la forme, paraît répliquer au débat autour de la taxation des ultra-riches, portée par la proposition de l’économiste Gabriel Zucman, qui agita l’Assemblée nationale tout l’automne et hérissa souverainement le tout nouvel académicien.

« Vous êtes une lame en à peu près tout »

Dans l’assistance, des politiques de droite, – Jean-François Copé, Valérie Pécresse, Rachida Dati, Édouard Balladur, Michel Barnier et son épouse -, et deux socialistes, Bernard Cazeneuve et Anne Hidalgo. On remarque la présence de Charles Kushner, ambassadeur des Etats-Unis en France, de Ségolène Frère, la fille d’Albert, qui fut de son vivant le meilleur ami du milliardaire, du philosophe Luc Ferry, de Catherine Pégard, conseiller culture à l’Elysée et ancienne patronne du château de Versailles, comme celle de l’architecte américain Peter Marino. Brigitte Macron, en manteau noir et chignon, est assise au premier rang à côté d’Hélène Arnault, et juste derrière, sur un même banc, les cinq enfants Arnault, la fille aînée Delphine, patronne de Dior, assise à côté de son compagnon Xavier Niel, cohabitent sereinement.

Si l’exercice des discours laisse peu de place à la surprise, on s’amuse d’apprendre que le proverbe fétiche du milliardaire est chinois : « Dans une rivière, seuls les poissons morts nagent dans le sens du courant », et l’on écoute la dithyrambique description de l’épée, faite par Bruno Le Maire. « Vous êtes une lame en à peu près tout », le salue en introduction l’ancien ministre de l’Économie choisi pour présider son comité de l’épée. Celle-ci, dessinée par l’architecte, récemment décédé, Franck Gherry, est décorée des brins de muguet, fleur porte-bonheur de Dior, d’un X figurant l’école polytechnique gravé en haut de la lame, de la date, gravée elle aussi, de sa nomination en 1989 à la tête du groupe LVMH. Les initiales du prénom de chacun de ses cinq enfants ornent les pointes de l’étoile dorée symbolisant Dior, et une citation d’Albert Einstein – « L’imagination est plus importante que la connaissance » – figure sur la lame.

L’ex-patron de Bercy observe qu’on se serait attendu à ce que le puissant homme d’affaires croît plutôt le contraire, et cette blague en demi-teinte fut l’unique micro-manifestation de toupet en cette après-midi bienséante et gracieuse sous la Coupole. Élevé en mars dernier au rang de grand-croix de la Légion d’honneur, Bernard Arnault est désormais Immortel.



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Author : Emilie Lanez

Publish date : 2026-01-12 17:56:00

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