En cas de conflit avec les Etats-Unis, le Danemark pourrait-il utiliser ses propres armes contre la première puissance militaire mondiale ? Les F-35, avions furtifs de pointe développés par l’entreprise américaine Lockheed Martin, équipent aujourd’hui les armées du Danemark, de l’Italie ou encore de l’Allemagne. L’Europe reste fortement dépendante de cette technologie américaine, une tendance accentuée depuis la guerre en Ukraine, qui a poussé plusieurs pays à moderniser en urgence leur flotte aérienne.
Alors que l’administration Trump multiplie les déclarations agressives sur le Groenland, évoquant ouvertement une possible annexion de ce territoire autonome appartenant au Danemark, la question de la capacité des États-Unis à limiter l’emploi opérationnel des F-35 refait surface. Le Danemark dispose actuellement de 15 avions de chasse opérationnels. La livraison de 27 appareils supplémentaires est attendue au cours de l’année 2026.
Pas de « kill switch », mais des capacités potentiellement limitées
On ne le sait pas avec une certitude absolue — et c’est justement là toute la nuance du débat — mais plusieurs éléments techniques, politiques et industriels convergents permettent d’affirmer qu’il n’existe très probablement pas de « kill switch » au sens d’un bouton secret permettant aux Etats-Unis de clouer un F-35 au sol à distance.
Les Etats-Unis ne peuvent donc pas empêcher physiquement un F-35 de décoller. En revanche, plusieurs fonctions clés de ces avions dépendent de logiciels et de serveurs contrôlés par Washington, auxquels l’appareil doit se connecter régulièrement pour rester pleinement opérationnel. Selon Xavier Tytelman, consultant défense interrogé par franceinfo : « Le logiciel se connecte au seul serveur mondial, qui se situe au Texas. Tout passe par les Etats-Unis. Les Etats-Unis gardent un contrôle sur la chaîne logistique dans tous les cas ».
Certaines capacités, notamment liées au système d’armement, pourraient aussi être partiellement inhibées. Dans un entretien au journal allemand Augsburger Allgemeine, Michael Schoellhorn, directeur général d’Airbus Defence and Space, avertit ainsi : « Les Danois, avec leurs avions américains F-35, se rendent compte que ce n’est peut-être pas une si bonne idée, s’ils devaient un jour avoir l’idée de défendre le Groenland. Ils n’arriveraient même pas jusque-là ».
Le Danemark veut rompre sa dépendance
Au Danemark, plusieurs responsables politiques expriment désormais leurs doutes, voire leurs regrets, quant à la dépendance du pays à l’armement américain. « En tant que l’un des décideurs à l’origine de l’achat des F-35 par le Danemark, je le regrette […] acheter des armes américaines est un risque pour la sécurité », a reconnu dès le mois de mars Rasmus Jarlov, président de la commission de la Défense danoise, redoutant que Washington puisse utiliser ces systèmes comme levier politique.
I dont know if there is a kill switch in the F35’s or not. We obviously can not take your word for it.
As one of the decision makers behind Denmark’s purchase of F35’s, I regret it.
The USA can certainly disable the planes by simple stopping the supply of spare parts. They… https://t.co/rDucWMUXDz
— Rasmus Jarlov (@RasmusJarlov) March 19, 2025
Plus largement, l’Union européenne a récemment affiché sa volonté de renforcer ses capacités militaires afin de réduire sa dépendance aux Etats-Unis de Donald Trump. Le plan « Réarmer l’Europe », annoncé en mars 2025, prévoit jusqu’à 800 milliards d’euros pour moderniser les forces armées du continent. Mais même si l’industrie européenne dispose d’alternatives crédibles, les experts soulignent qu’il faudrait une montée en puissance industrielle massive et très rapide des grands acteurs européens, notamment français, pour espérer rattraper le retard accumulé face aux Etats-Unis.
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Author : Enola Richet
Publish date : 2026-01-13 19:18:00
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