En 2025, Dassault-Aviation a livré 26 Rafale : c’est un chiffre record qui n’avait été atteint qu’une seule fois, en 2019, et qui devrait être dépassé cette année. Avec un carnet de commandes plein à craquer (220 appareils !), l’avionneur français doit en effet accélérer sa cadence de production pour satisfaire ses clients. Tout en investissant dans les technologies de rupture : lundi 12 janvier, le groupe aéronautique a annoncé un partenariat stratégique avec la start-up française Harmattan IA afin d’intégrer l’intelligence artificielle dans les systèmes de combat aérien. Une affaire à 200 millions de dollars.
C’est à Mérignac, en Gironde, que le Rafale sort de son « nid ». L’assemblage final de l’avion de combat français s’effectue en effet dans l’usine de Dassault-Aviation, en bordure de l’aéroport de Bordeaux. Cet établissement a produit l’année dernière une moyenne de 2,4 avions par mois – l’usine étant fermée pour les congés en août. Durant de longues années, avant les grands succès à l’export, il n’en sortait qu’un seul tous les mois, juste de quoi maintenir la chaîne de production.
Objectif « cadence 3 »
L’objectif du constructeur est désormais d’atteindre rapidement une cadence de trois, peut-être dès cette année. Son PDG, Eric Trappier, devrait le confirmer très prochainement. Vu de Saint-Cloud (Hauts-de-Seine), le siège de Dassault-Aviation, l’impératif est d’abord de respecter les délais contractuels avec les clients, sachant qu’il faut trois ans, entre la commande et la livraison, pour produire un Rafale.
L’ouverture en 2025 d’une nouvelle usine Dassault à Cergy, dans le Val-d’Oise, en remplacement de celle d’Argenteuil, traduit également la montée en puissance de l’avionneur. Des parties importantes du Rafale y sont produites.
Si Dassault-Aviation est le concepteur et l’assembleur de l’avion, sa production implique en amont environ 400 entreprises, dont de nombreuses PME et ETI (entreprises de taille intermédiaire). Certains sous-traitants et usines de Dassault travaillent déjà à la « cadence 3 » : tout doit être soigneusement synchronisé pour permettre la montée en puissance. Deux ans sont nécessaires pour augmenter la cadence d’un avion supplémentaire par mois, explique-t-on à Saint-Cloud.
A l’horizon 2028-2029, Dassault-Aviation « anticipe le passage » à une cadence 4, assure Eric Trappier. « Et s’il fallait passer à cadence 5, nous le ferions » après 2030, dit-il. Il faudrait pour cela d’importantes nouvelles commandes.
A l’heure actuelle, le carnet de commandes est de 220 avions, dont 175 à l’export et 45 pour le ministère des Armées. De nouvelles commandes sont attendues. En mars dernier, sur la base aérienne de Luxeuil (Haute-Saône), Emmanuel Macron avait promis la commande de deux escadrons supplémentaires – soit une trentaine d’appareils. Le contrat n’est toutefois pas encore signé. A l’exportation, Dassault-Aviation compte surtout sur des acquisitions supplémentaires de la part de l’Inde et de l’Indonésie, déjà clientes. Au total, outre la France, neuf pays font confiance à l’avion français (Egypte, Qatar, Inde, Grèce, Croatie, Emirats arabes unis, Indonésie et Serbie). L’Irak pourrait être intéressé, mais cette hypothèse suscite de très fortes réserves à Paris, compte-tenu de l’influence de l’Iran chez son voisin. Quant à l’annonce d’Emmanuel Macron, le 17 novembre dernier, de la fourniture de « jusqu’à cent Rafale » à l’Ukraine, elle n’est pour l’instant qu’une vague intention, même si Volodymyr Zelensky s’est rendu chez Dassault le 1er décembre.
Nouveaux standards
Le Rafale atteindra-t-il les chiffres de ventes de ces deux prédécesseurs, le Mirage F1 (plus de 700) et le Mirage 2000 (plus de 600) ? Il est en bonne voie pour les égaler avec déjà 300 appareils livrés (au 7 octobre 2025) et 220 commandes enregistrées. C’est d’autant plus probable que l’avion continue à évoluer avec des nouveaux « standards », qui sont autant de modernisations de l’appareil. Le Rafale passe actuellement du standard F3 au F4 et le F5, dont le développement a été annoncé en octobre 2024, est déjà annoncé pour 2030. Le Rafale sera donc encore en service dans les années 2040, voire au-delà. La durée de vie d’un programme est désormais d’environ un demi-siècle.
Sur le marché mondial et européen, le Rafale se heurte à la forte concurrence du F35 américain. Celui-ci s’impose même comme l’avion de combat de référence dans l’Otan – avec la dépendance technologique et donc politique, qu’il entraine vis-à-vis de Washington. Ainsi, le Danemark peut bien protester des mauvaises manières que lui fait Donald Trump au Groenland, il n’en continue pas moins d’acquérir des F35 chez Lockheed-Martin.
Si Dassault-Aviation concentre son activité sur le Rafale – et le Falcon dans le domaine civil – il n’en oublie pas moins l’avenir, avec les drones furtifs de combat (Neuron) ou le futur avion spatial Vortex. Mais là, il y a un gros caillou dans la chaussure : le Scaf (Système de combat aérien du futur). Annoncé le 13 juillet 2017 par Emmanuel Macron et Angela Merkel, on n’a toujours pas vu le premier rivet de tôle du démonstrateur… A l’origine, il aurait dû voler en 2026, mais il reste encalminé à la phase 1B. Les désaccords entre industriels (Dassault pour la France, Airbus pour l’Allemagne et l’Espagne) ne sont toujours pas résolus. Les ministres des trois pays concernés n’ont, pour l’heure, pas « avancé d’un millimètre », assure une source proche du dossier. Et les tensions politiques entre Paris et Berlin, sur les avoirs russes ou le Mercosur, n’incitent pas à l’optimisme sur l’avenir du programme, même si Emmanuel Macron y tient comme à la prunelle de ces yeux. Le Scaf survivra-t-il à l’élection présidentielle de 2027 ? Rares sont ceux qui prendraient aujourd’hui ce pari.
Source link : https://www.lexpress.fr/secret-defense/chez-dassault-succes-et-angoisse-les-cadences-records-du-rafale-et-un-mega-projet-au-point-mort-ZWJFWRXPEBBNLMPMVBCHINFPQE/
Author : Jean-Dominique Merchet
Publish date : 2026-01-15 06:30:00
Copyright for syndicated content belongs to the linked Source.


