Vous avez comme moi appris à l’école que « conter » et « compter » n’avaient pas la même orthographe. Et pourtant, tous deux proviennent du latin computare (« calculer ») et se sont longtemps écrits « conter ».
Au Moyen Age, en effet, les idées qu’ils recouvrent étaient jugées proches. Notre moderne « compter » signifiait déjà « calculer » tandis que « conter une histoire » consistait à énumérer des faits – un peu comme aujourd’hui une série Netflix est divisée en épisodes dotés chacun d’un numéro ! Ce n’est qu’au XIIIe siècle que l’on éprouvera le besoin de distinguer les deux notions en écrivant « compter » sous sa forme actuelle.
Pour compliquer un peu plus la situation, « conter » a eu le sens de « narration de choses vraies » jusqu’à la fin du XVIe siècle, avant de prendre la signification de « dire les choses fausses dans le but de tromper ». De là nos « contes de fées » et les expressions « en conter de belles » ou « conter fleurette ».
Et « comte », me direz-vous ? Ce mot-là a une tout autre origine, puisqu’il est issu du latin comes, comitis « celui qui va avec ». Vers la fin de l’Empire romain, il a pris le sens de « compagnon d’un supérieur », puis de « chargé de fonctions publiques ». Acception que garderont les Mérovingiens et les Carolingiens, avant que les Capétiens ne réservent ce titre à « celui qui possède un comté ». Une étymologie singulière qui n’a pas empêché notre « comte » de s’écrire… « compte » au temps de l’ancien français. Et je vous jure que ce ne sont pas des racontars !
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Author : Michel Feltin-Palas
Publish date : 2026-01-17 09:30:00
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