Qui a dit que Donald Trump ne s’intéressait pas au renseignement ? Depuis le début de son second mandat, le président écoute désormais les briefings de la CIA avec attention. « Trump aime qu’on lui explique directement les choses », raconte un ancien cadre de l’Agence. Dernièrement, le « chef de poste revenu de Russie ainsi que plusieurs autres du Moyen-Orient », sont passés par la Maison-Blanche. Trump les a écoutés « très poliment, avec attention, et en posant beaucoup de questions ». Il n’hésite plus, désormais, à utiliser les espions à son profit. « A la CIA, on ne travaille pas pour l’administration, ni pour le gouvernement, mais pour la Maison-Blanche », explique Mark Bent.
Dans un Caracas quasiment plongé dans le noir, le 3 janvier 2026, des membres de la Delta Force – une unité d’élite des forces spéciales américaines – s’introduisent dans la résidence de Nicolas Maduro. Le dirigeant vénézuélien est capturé avec sa femme. Quelques heures plus tard, il refait surface sur un tarmac d’un aéroport de l’Etat de New York, mains liées et démarche hésitante. L’opération a le nom d’un blockbuster hollywoodien des années 1980 : « Absolute resolve ». Elle a impliqué des dizaines d’agents du Pentagone et de la CIA. C’est bien l’Agence, qui depuis des mois, prépare ce « coup » spectaculaire.
La logique du business man
A partir du mois d’août 2025, une équipe d’agents clandestins s’infiltre au Venezuela. Ils suivent Maduro, enregistrent ses moindres faits et gestes. Autant de données essentielles pour mener à bien sa capture, assure le chef d’État-major des Armées, le général Dan Caine, dans une conférence de presse en janvier.
Une démonstration de la « doctrine Monroe », rebaptisée « Donroe » par le président Trump, qui veut que Washington s’autorise à s’ingérer dans les affaires de ses voisins latino-américains. Mais pas seulement. Avec cette opération ébouriffante, le locataire de la Maison-Blanche crée un précédent en utilisant le renseignement pour renverser un dirigeant. En Europe, chacun a compris le message : s’ils le souhaitent, les Etats-Unis sont capables de s’emparer d’un territoire étranger. Comme le Groenland. « D’ordinaire, les services de renseignements sont là pour informer et influencer la décision politique sur le long terme. Trump les utilise en business man : il fait des coups. Il a choisi de politiser le renseignement », observe un ancien haut responsable du renseignement français. Ceux qui refusent cette mue sont priés de prendre la porte.
Chasse aux sorcières
Cet après-midi-là, Susan Miller revient d’un match de baseball. L’été 2025 touche à sa fin. Depuis un an, elle a pris sa retraite après une longue carrière à la CIA. Après huit postes à l’étranger – notamment en Russie ou au Moyen-Orient -, l’espionne a été directrice adjointe du contre-espionnage à la CIA, chargée de l’Asie de l’Est et de la Chine. « Mais je n’avais pas envie de me reposer. Je me suis tournée vers la formation d’agents du renseignement. Tout était prévu. Il ne me restait donc qu’à m’informer des détails de mon nouveau contrat. » Elle appelle son nouvel employeur, qui s’étrangle : « Tu as bien renouvelé ton habilitation de sécurité avant ton départ ? »
Evidemment, répond-elle. Ce document est indispensable, et elle sait qu’elle l’a renouvelé jusqu’en 2028. « Je me suis alors rappelée d’un article, où Trump disait qu’il allait s’en prendre à ceux qu’il surnomme les ‘Russian Hoaxers' », raconte-t-elle. Responsable de l’équipe ayant rédigé le rapport de renseignement sur l’ingérence russe dans l’élection présidentielle de 2016, Miller fait partie des cibles privilégiées.
« Je viens aussi de recevoir une assignation à comparaître devant un grand jury », nous raconte Susan Miller. Responsable de l’équipe ayant rédigé le rapport de renseignement sur l’ingérence russe dans l’élection présidentielle de 2016, elle fait partie des cibles de la Maison-Blanche. Plusieurs autres agents de la CIA sont dans ce cas, accusés d’avoir enquêté sur ce que l’administration Trump considère comme un canular.
L’homme du président
Dès le 20 janvier, Donald Trump a supprimé leurs autorisations d’accès aux documents classifiés à cinquante anciens cadres dirigeants de la CIA. « L’agence ne pouvait plus compter sur leur expérience ni sur leur expertise », écrit Tim Weiner dans La Mission. D’après le journaliste, cette initiative a été suggérée par John Ratcliffe, lequel a également orchestré une série de licenciements. Nommé directeur du renseignement national pendant huit mois lors du premier mandat du milliardaire, Ratcliffe est souvent perçu en interne comme l’homme du président.
Déterminé à faire le ménage, Trump a nommé Tulsi Gabbard au poste de directrice du renseignement national, chapeautant les dix-huit agences américaines. Son arrivée a consterné. Ancienne militaire, Gabbard est plus connue pour ses prises de position prorusses et ses déplacements auprès d’Assad en Syrie que pour son expertise en matière d’espionnage. « Gabbard entend avant tout apaiser le président, sans défendre la communauté du renseignement », s’indigne un ancien conseiller à la Maison-Blanche de Barack Obama. Ce 2 février, un article du Wall Street Journal a dévoilé qu’une plainte d’un lanceur d’alerte interne au renseignement américain avait été déposée il y a huit mois contre sa directrice. Hautement classifiée, elle dénoncerait des « agissements répréhensibles » de Gabbard, selon le quotidien américain.
« Je ne vous crois tout simplement pas »
L’ambiance est délétère. Plusieurs ex-responsables de la CIA décrivent les agents travaillant au siège de Langley comme « effrayés » et « lassés ». « J’avais l’impression de ne plus être écoutée », confie une ex-analyste, partie en 2025. Reconvertie dans le privé, elle livrait des briefings sur l’Asie à des responsables de l’administration Trump. « Les plus polis me disaient : ‘Je vous entends, mais on ne vous suivra pas’. D’autres répliquaient : ‘Je ne vous crois tout simplement pas' ».
De l’avis de plusieurs retraités récents de la CIA, une fracture historique se rouvre aujourd’hui au sein de l’Agence. D’un côté les analystes, producteurs des notes de renseignement, coincés dans l’ambiance étouffante de Langley. De l’autre, les officiers sur le terrain, grands vainqueurs des opérations comme celles du Venezuela. « Les analystes sont les sous-fifres, les opérationnels sont les héros », résume un ancien responsable du renseignement français. « C’est un stéréotype », s’agace Ralph Goff. Vétéran respecté de l’Agence, il a été appelé il y a quelques mois par John Ratcliffe pour prendre la tête de sa direction des opérations. Mais la Maison-Blanche a refusé sa nomination – son soutien très actif aux Ukrainiens aurait joué à sa défaveur. « Je n’étais juste pas l’un des leurs », botte-t-il en touche. « Le personnel de la CIA est apolitique et discipliné. Il lui faut un bon leadership. Si vous leur donnez une mission, ils la suivront », estime-t-il. Sous Trump II, elles sont clairement identifiées : l’Amérique du Sud, la Chine, le Pacifique. Et le Groenland.
Source link : https://www.lexpress.fr/secret-defense/comment-donald-trump-se-sert-de-la-cia-pour-faire-des-coups-il-utilise-les-espions-en-business-man-VOUHZG3LMZDIZKD6ZTIZIYQPZM/
Author : Alexandra Saviana
Publish date : 2026-02-04 16:07:00
Copyright for syndicated content belongs to the linked Source.

