Le bitcoin vient tout juste d’avoir 17 ans. Mais il a déjà eu plusieurs vies bien remplies. D’abord comme cet ingénieux moyen d’échange numérique, avec lequel on pouvait commander une pizza sans qu’une banque ne serve d’intermédiaire. Avant d’être la monnaie de criminels en quête de discrétion. Son adoption croissante l’a ensuite conduit à devenir l’un des actifs stars des fonds de gestion à travers la planète. Une poignée d’Etats et de promoteurs l’imaginent aujourd’hui comme une valeur refuge ; une sorte d’or numérique. Dans sa courte histoire, son prix a parfois approché le zéro, connu des baisses de plus de 90 %, et finalement atteint 126 000 dollars en octobre dernier, son plus haut. Inclassable, incensurable, quasi-inattaquable, le bitcoin a, sur le papier, de quoi encaisser la récente chute de son cours, jusqu’ici sous les 70 000 dollars. La logique des cycles voudrait même qu’il descende plus bas sans pour autant disparaître. La question mérite toutefois d’être posée : comment, cette fois, va-t-il remonter la pente et tutoyer de nouveaux sommets ?
Le ressac est toujours plus brutal. Les mineurs de bitcoin, sur qui reposent une partie du système, ou les maximalistes adeptes des Bitcoin Treasury Company (BTC), qui accumulent du bitcoin à gogo, ont de quoi être inquiets. Leurs positions disposent souvent d’une limite sous laquelle le bitcoin ne doit pas surtout pas couler. Une contagion de ce krach à Wall Street, de plus en plus lié à ce milieu, n’est pas impossible. Les sorties des fonds indiciels ETF, où s’échange désormais en masse le bitcoin, sont conséquentes. Le cryptoactif entraîne déjà tous les jetons du secteur – quelque 2 300 milliards de dollars de valorisation au total – dans sa dégringolade.
Dans les mains de Trump et Saylor
Plus grave, les narratifs autour du bitcoin s’épuisent. Il n’est déjà plus envisagé comme une monnaie ; il n’existe aucune incitation à son adoption massive. Le bitcoin est extrêmement financiarisé, peut-il l’être plus ? Son image demeure en partie associée à la criminalité. Il ne génère ni revenu et n’a aucune fonction dans l’économie réelle. Son utilisation comme réserve de valeur est hasardeuse au regard de sa volatilité extrême et de la corrélation de son cours au contexte macro-économique. L’or, placé sous coffre-fort depuis l’Antiquité, est tranquille pour encore un moment. Sans compter le dangereux accaparement du jeton par des personnalités sulfureuses comme Michael Saylor de Strategy, le Crésus du bitcoin (qui détient un peu plus de 3 % de l’offre totale maximale de 21 millions de bitcoins), et bien sûr Donald Trump.
Le bitcoin doit son dernier grand rallye au président américain. Durant sa première année de mandat, celui-ci a agi méthodiquement afin de déréguler et favoriser le secteur – non sans conflits d’intérêts – et promit une réserve stratégique de bitcoin (pas encore véritablement mise en œuvre). En dépit de ces faveurs, le bitcoin coule avec le reste des marchés boursiers. Trump redoublera-t-il d’efforts afin de lui donner un autre souffle ? Pas improbable. Comme l’est un sursaut économique mondial, profitant au bitcoin.
Mais il flotte néanmoins, depuis quelques mois, comme une fin de règne. Le centre de gravité des cryptoactifs se déplace du bitcoin vers les stablecoins. Ces jetons adossés aux monnaies traditionnelles pourraient bien se faire une place dans les échanges internationaux. La technologie sous-jacente, la blockchain, s’immisce quant à elle à grande vitesse dans les banques et les services financiers qui louent sa sécurité et sa rapidité. Un signe ne trompe pas : Tether, la société émettant l’USDT – un des stablecoins les plus populaires au monde, en dollar – achète de l’or en masse. La vraie valeur refuge. En termes d’exposition au risque, le bitcoin n’est même empereur en son royaume. Les plateformes de prédiction ont plus que jamais la cote, chez les financiers. Sur la plus connue, Polymarket, on parie sur le prix plancher du bitcoin en février. Celui de 55 000 dollars tient pour le moment la corde, à environ quatre contre un.
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Author : Maxime Recoquillé
Publish date : 2026-02-06 18:00:00
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