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Sculpture : les « Jeunes filles » à l’œuvre de Marie Cazin

Sculpture : les « Jeunes filles » à l’œuvre de Marie Cazin


En 1868, Jean-Charles Cazin, peintre originaire du nord de la France, débarque à Tours pour prendre la direction du musée des Beaux-Arts, accompagné de son épouse Marie, née Guillet, 23 ans, elle aussi artiste. Les jeunes mariés vivent à la Grenadière, un lieu-dit cher à Balzac sur la commune de Saint-Cyr-sur-Loire, où ils travaillent de concert, lui au grand jour, elle dans l’ombre de son mari, puis, plus tard, de leur fils, Michel, qui, à son tour, embrassera une carrière artistique. Les Cazin passent moins de trois ans en Touraine. C’est peu, mais suffisant pour que Jean-Charles y laisse une empreinte durable. « Les Tourangeaux sont fiers d’avoir accueilli ce personnage renommé de son vivant, qui a incarné le renouveau du paysage – une sorte de troisième voie entre réalisme et impressionnisme – et porté la Société nationale des beaux-arts au côté d’Auguste Rodin », détaille Hélène Jagot*, à la tête du musée local.

Et Marie dans tout ça ? Elle est la figure énigmatique du tandem. En tant que fille et femme d’artiste, elle a pu s’exprimer librement, d’abord sur la toile, puis dans la statuaire quand, à l’hiver 1871, les Cazin ont rejoint Londres, où la jeune femme a sans doute reçu les leçons de Jules Dalou. Mais, dans ce parcours mal connu, seuls ses travaux nous parlent d’elle. « Elle façonne la condition féminine et enfantine à travers des scènes de pauvreté, de solidarité, de labeur domestique, des thèmes liés à la marginalité, à l’invisibilité », souligne Hélène Jagot. Les Oubliées, Vie obscure, Femme au travail… Ses sculptures aux intitulés explicites sont remarquées par la critique, qui loue son « charme mystérieux », et certaines acquises par l’Etat, dont la plus connue, Jeunesse ou Jeunes Filles.

Le groupe, récompensé au Salon de 1886, pourrait figurer Marie au côté de sa sœur Célie.

Le mystère continue de planer

Ce plâtre, récompensé au Salon de 1886, voit deux femmes tendrement enlacées, vêtues d’amples tuniques qui laissent leurs bras dénudés – chose rare à l’époque. Celle de droite, légèrement en retrait, pose délicatement sa tête sur l’épaule de sa compagne dans une attitude empreinte d’abandon. Selon l’historienne de l’art, Anne Rivière, le groupe pourrait figurer Marie auprès de sa sœur cadette Célie Guillet-Heseltine, artiste elle-même, toutes deux en blouse de travail.

Forte de ce succès, la cote de Marie Cazin aurait pu alors s’envoler si, comme Camille Claudel après elle, elle n’était tombée dans l’oubli au tournant du siècle. « Son drame, c’est d’avoir perdu son mari puis son fils, mort au cours de la Grande-Guerre. Dès lors, elle se consacre à leur mémoire, à la défense de leurs œuvres, au point de s’oublier complètement », pointe Hélène Jagot. Sur les rives de la Loire, le mystère de la sculptrice continue de planer, grâce aux Jeunes Filles, que Célie, à la mort de son aînée, en 1924, donna au musée, et qui reste aujourd’hui l’un des fleurons de la collection tourangelle.

*Conférence d’Hélène Jagot autour de Marie Cazin au musée des Beaux-Arts de Tours le 7 mars à 16h.



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Author : Letizia Dannery

Publish date : 2026-02-08 09:00:00

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