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Municipales 2026, l’ombre des ingérences étrangères : « Tous les voyants sont au rouge »

Municipales 2026, l’ombre des ingérences étrangères : « Tous les voyants sont au rouge »

Son statut d’ancien Premier ministre et de prétendant à l’Elysée n’y change rien. Edouard Philippe, candidat à sa succession à la mairie du Havre, doit encore, ponctuellement, se plier à l’exercice des formations sécuritaires. Dans le bâtiment haussmannien du 30, avenue d’Iéna, qui abrite les locaux d’Horizons à Paris, l’énarque a droit ce 3 février à un cours particulier prodigué par Nicolas Roche, le secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN) – l’un des postes les plus sensibles de la République.

Chaleureux mais formel, l’entretien a permis, une heure durant, de dresser un tour d’horizon des périls attendus pour les prochaines élections municipales des 15 et 22 mars et, plus largement, pour la campagne présidentielle de 2027. L’exécutif redoute des tentatives de déstabilisation venues de Russie ou de la sphère pro-Trump et destinées à semer le chaos dans l’opinion. Les exemples ne manquent pas pour étayer ces craintes. Ce 6 février, une nouvelle opération d’ingérence russe, cette fois-ci destinée à faire croire à une implication d’Emmanuel Macron dans l’affaire Epstein, a été rendue publique par le Quai d’Orsay.

Directement rattaché à Matignon, le patron du SGDSN a ces dernières semaines multiplié les rendez-vous pour appeler à la plus grande vigilance. En tout, une quarantaine de responsables politiques de premier plan, dont plusieurs chefs de parti, le président du Sénat, Gérard Larcher, ou encore des figures du Rassemblement national et de La France insoumise, ont bénéficié de ses lumières. Nuire à la sincérité du scrutin, ternir la réputation des candidats, alimenter la défiance à l’égard des médias ou encore polariser le débat public pour mieux jouer sur le résultat des élections… Les modes opératoires des adversaires sont désormais connus.

Un conseil de défense et de sécurité nationale a été convoqué en urgence le 28 janvier par Emmanuel Macron sur ce dossier considéré comme ultrasensible. « Alors que la dernière mouture de la stratégie de sécurité nationale américaine laisse augurer de potentielles interférences dans la vie politique européenne et un soutien aux partis nationalistes, tous les voyants sont au rouge », souligne-t-on à Matignon.

Le tournant de l’affaire des étoiles de David

Deux circulaires, une sur les ingérences numériques étrangères et une sur les ingérences étrangères au sens large, notamment financières, ont été finalisées par le ministre de la Justice Gérald Darmanin, a appris L’Express. Elles doivent être rendues publiques sous peu. « Elles sont destinées à rappeler aux procureurs et magistrats qu’une législation existe en la matière, qu’il faut s’en saisir et que le parquet de Paris dispose d’une section J3, dédiée aux enjeux de cybercriminalité », décrypte un haut fonctionnaire proche du dossier.

Depuis les « Macron Leaks », ces e-mails piratés par la Russie qui étaient venus interférer dans la campagne présidentielle de 2017, et la création en 2021, de Viginum, une agence dédiée à déceler, sur les réseaux sociaux, de vastes campagnes de désinformation perpétrées depuis l’étranger, l’État français a progressivement consolidé son arsenal de lutte contre les manipulations de l’information. Chaque scrutin a invariablement été visé par de telles manœuvres : 25 tentatives d’ingérence notables ont ainsi été répertoriées en 2024, afin d’interférer dans les élections européennes et législatives.

Fin octobre 2023, quelques semaines après l’attaque terroriste perpétrée par le Hamas contre Israël, l’affaire des étoiles de David bleues taguées sur les murs de Paris a pris une ampleur nationale. L’opération, dont la DGSI a prouvé qu’elle avait été orchestrée par des réseaux russes, a marqué un tournant dans l’Etat. « Une consigne de silence prévaut aujourd’hui dans les ministères en cas de suspicion d’ingérence, pour éviter toute réaction à chaud, le temps que les services mènent leur enquête », glisse un ex-conseiller de l’état-major des armées.

A la faveur des municipales, l’Etat a accouché fin janvier d’un organisme supplémentaire : un réseau de coopération et de coordination des élections. Ce dernier réunira les services de Matignon, le secrétariat général du gouvernement, le ministère de l’intérieur, mais aussi Viginum et son comité d’éthique, l’Arcom, le régulateur des médias, et la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques. Avec pour mission d’émettre des alertes sur les ingérences détectées, de prévenir les candidats à même d’en faire les frais mais aussi d’envisager une riposte.

La presse régionale, une cible de choix

Malgré la fébrilité ambiante, aucune opération de déstabilisation n’a pour l’heure bouleversé la campagne. Et rares sont les candidats aux municipales à avoir pointé du doigt une quelconque manipulation. Les scrutins locaux ont pourtant, contre-intuitivement, de quoi intéresser les puissances étrangères. « Les titres de la presse quotidienne régionale sont vulnérables par plusieurs aspects et considérés comme une cible de choix », explique Julien Nocetti, chercheur spécialisé sur les enjeux de lutte informationnelle : « Ils permettent aux acteurs malveillants d’affiner leur ciblage et de miser sur des problématiques sociales et économiques très précises – pour en exploiter les failles. »

Ces derniers mois, les autorités ont prêté une vigilance accrue à de nouvelles galaxies de faux portails, destinés à imiter les sites d’information. En février 2024, le Quai d’Orsay avait ainsi révélé l’existence d’un réseau coordonné de 193 sites, « Portal Kombat », conçu pour servir les intérêts russes en prenant l’apparence de médias fiables. A l’automne dernier, pas moins de 141 faux sites d’information francophones partiellement crédibles – dont « sudouest direct » ou « infograndest » – ont été identifiés par Reporters sans frontières (RSF) comme indirectement pilotés par le GRU, le renseignement militaire russe. Ces réseaux, souvent dormants, gagnent à être activés en temps voulu.

Les autorités se montrent également attentives aux campagnes de désinformation nourries ou amplifiées par l’intelligence artificielle. Nicolas Roche a eu l’occasion de s’en entretenir, à la toute fin du mois de janvier, avec les états-majors des grandes entreprises de la tech, dont Anthropic, au fil d’un discret déplacement aux Etats-Unis. Mais si les grandes plateformes numériques, de Meta à TikTok en passant par X, se montrent ouvertes à la discussion, leur coopération est encore toute relative dès lors qu’il s’agit de réguler les contenus. Pour battre le rappel, l’Arcom a convoqué les récalcitrants le 9 février dans ses locaux.

Hautement inflammable, le sujet des ingérences électorales oblige l’Elysée à avancer sur un fil. Car comment protéger les élections tout en se prémunissant du procès en censure politique ? Les exemples de campagnes perturbées à l’échelle nationale sont pourtant difficiles à balayer. Le scrutin présidentiel en Moldavie a été ciblé. En Roumanie, le second tour de la présidentielle a dû être reporté. Les élections fédérales allemandes en 2025 ont été attaquées. Et tout porte à croire que l’élection présidentielle de 2027 n’y fera pas exception. D’où une réflexion, engagée au sommet de l’État, pour aller un cran plus loin et muscler encore davantage l’arsenal juridique français. Un projet appelé de ses vœux par Emmanuel Macron lui-même.



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Author : Elsa Trujillo

Publish date : 2026-02-09 17:00:00

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