La liste des personnalités impliquées dans l’affaire Epstein n’en finit pas de s’allonger. Même des Etats comme la Norvège, longtemps érigée en modèle d’intégrité, se trouvent éclaboussés par ce scandale. La France n’est pas plus épargnée, et le parquet de Paris a même dépêché des magistrats pour faire la lumière sur les ressortissants impliqués.
Mais une opération de transparence ne vient jamais seule. Comme lors de la mise au jour des Pentagon Papers ou des abus de la CIA par la Commission Rockefeller dans les années 1970, certains acteurs se sont empressés de tirer profit des révélations. L’affaire Epstein a ainsi vu fleurir avec elle théories complotistes, discours populistes, ou propagande pro-russe.
Complotisme
« Un paradoxe », selon Rudy Reichstadt, politologue et directeur du média de fact-checking Conspiracy Watch. « Alors que les moments de transparence devraient en principe désamorcer les fantasmes, ils créent systématiquement de l’activation complotiste », explique-t-il. Certains artisans de ces théories n’ont en effet pas tardé à dénoncer un complot mondial pédo-sataniste, teinté parfois d’antisémitisme.
« D’une certaine façon, ces individus ont réussi leur coup, puisqu’ils ont réussi à conforter une partie de l’opinion dans leurs convictions », détaille Rudy Reichstadt. « Mais ils ont gagné en ayant tort », ajoute-t-il, car bien entendu, rien ne prouve l’existence d’un tel complot.
Populisme
Les complotistes sont loin d’être les seuls à surfer sur la vague anti-élites provoquée par ce scandale. Les populistes pointent également du doigt le manque de moralité des élites, par opposition au « peuple » qu’ils prétendent représenter. « Ce scandale nourrit la haine des élites, explique dans C Politique l’historien Thomas Snégaroff. C’est un véritable terreau fertile pour le populisme. »
D’autant que « les élites ont un devoir d’exemplarité, puisque c’est sur elles que repose la confiance dans les institutions démocratiques », rappelle le directeur de Conspiracy Watch. L’affaire Epstein opère ainsi tel le carburant d’un récit politique : celui de la faillite morale des élites, de leur entre-soi, et de leur impunité supposée.
Propagande pro-russe
Et il est un Etat qui semble lui aussi tirer parti de cette croisade contre les élites occidentales, en particulier européennes : la Russie. Moscou s’est saisi de l’affaire pour étayer sa ligne narrative d’un Occident dépravé et sataniste et justifier son agression de l’Ukraine. « Nous savons désormais comment cette élite occidentale traite les enfants », a ainsi déclaré cette semaine la porte-parole du ministère des affaires étrangères de la Russie lors d’une conférence de presse.
« Ce sont des pervers, des salauds, et ils possèdent l’arme nucléaire ! », s’est quant à lui insurgé le présentateur russe vedette Vladimir Soloviov le 10 février sur la chaîne télévisée Rossiya 1, se disant « certain de la chute prochaine des monarchies britannique et norvégienne ».
Une chose est sûre : l’affaire Epstein n’en a pas fini d’alimenter populisme, complotisme et discours de propagande. Mais dans l’opinion publique européenne, cette opération de transparence a renforcé l’intolérance à l’opacité. « A mesure que la lumière se fait, les zones d’ombre sont de moins en moins acceptées », résume Rudy Reichstadt.
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Publish date : 2026-02-15 17:14:00
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