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Les turbulences mondiales vont-elles pousser la Suède à adopter l’euro ?

Les turbulences mondiales vont-elles pousser la Suède à adopter l’euro ?

La Suède s’y était opposée par référendum il y a vingt ans. Mais le contexte actuel semble pousser le royaume à revoir sa copie. Si l’adoption de l’euro est encore loin de faire consensus, l’idée a refait irruption dans le débat politique, raconte Bloomberg. Vue par les économistes comme un gage de stabilité dans le contexte géopolitique actuel, elle trouve un certain écho au Parlement suédois. Et un certain soutien chez les pays voisins, Finlande en tête. Explications.

Instabilité géopolitique

Pour comprendre la position de Stockholm, il faut remonter à 1995. A cette date, la Suède rejoint l’Union européenne et s’engage à adopter l’euro une fois tous les critères requis remplis. Seulement, une fois la zone euro instaurée en 1999, la Suède renonce à y prendre part. Elle craint alors une perte de sa souveraineté, et préfère conserver sa monnaie nationale : la couronne suédoise. En 2003, 56 % des Suédois rejettent l’euro par référendum. Décision sur laquelle ne reviendront pas les gouvernements successifs…

Jusqu’au déclenchement de la guerre en Ukraine en février 2022, qui amorce une première réflexion. Inquiète pour sa sécurité, la Suède s’empresse d’abord de rejoindre l’Otan dans les mois qui suivent l’invasion russe. Puis face à la guerre commerciale déclenchée par Donald Trump, Stockholm s’interroge sur sa capacité à faire le poids seule, en cas de crise plus grave et de volatilité du marché. Le débat autour de l’adhésion à l’euro est relancé. Et cette fois, les spécialistes ont un avis plus tranché.

Effets positifs pour l’économie

En décembre 2025, l’éminent économiste Lars Calmfors, à la tête de la Swedish Free Enterprise Foundation, qui recommandait en 2003 de ne pas s’engager immédiatement dans la zone euro, change de ton. Après analyse des effets de cette monnaie sur plus de vingt ans, son constat est clair : « Les avantages commerciaux pour les membres de la zone euro sont plus importants que prévu et le maintien d’une politique monétaire indépendante présente moins d’avantages », écrit-il.

Alors que 60 % des échanges de la Suède se font aujourd’hui avec le reste de l’UE, Lars Calmfors l’assure : « Pour la Suède, partager une monnaie commune faciliterait les échanges commerciaux avec les pays de la zone euro, permettant un rapprochement avec ses voisins. Et l’élimination des fluctuations des taux de change réduirait les coûts et l’incertitude. D’autant, dit-il, que « le cycle économique suédois s’est davantage synchronisé avec celui de la zone euro ».

Une option plébiscitée par les 21 pays de la zone euro, convaincus qu’une intégration de la Suède renforcerait la crédibilité de la monnaie (à une heure où la prévalence du dollar est remise en cause). Les pays voisins du royaume – Danemark et Finlande en particulier – ont abondé en ce sens. En témoigne le discours tenu il y a peu par le directeur de la banque centrale finlandaise : « Soyons réalistes, à nous seuls, nous ne pesons pas beaucoup, mais en nous unissant, nous pourrions jouer dans la cour des grands et peser davantage dans le système monétaire européen et dans l’Union européenne au sens large », faisait-il valoir.

Les Suédois divisés

Mais si cette piste séduit en Europe, les premiers concernés sont, eux, loin d’être convaincus. La majorité des Suédois (environ les deux tiers) se dit encore opposée à l’adoption de l’euro, et attachée à son indépendance monétaire. Un second référendum est à envisager, selon les experts, pour prendre la température sur cette question.

Du côté des partis politiques, les avis divergent. Certains ne se sont pas encore positionnés sur la question, comme les Sociaux-Démocrates, actuellement en tête des intentions de vote pour les élections législatives prévues en septembre. Le Premier ministre actuel, issu du parti de centre droit, s’y montre plutôt favorable, mais se garde bien de le crier sur tous les toits à l’approche du scrutin.

Donné deuxième dans les sondages, le parti nationaliste est quant à lui fermement opposé à toute intégration monétaire. « Les tendances actuelles en matière d’emprunt dans la zone euro pourraient conduire à l’effondrement de la monnaie unique », va jusqu’à affirmer l’un de ses députés Oscar Sjöstedt. Il pointe du doigt un taux d’emprunt largement inférieur en Suède (où la dette représente 33 % du PIB) que dans le reste de la zone euro (80 %).

Quoi qu’il advienne, l’adoption de l’euro reste un processus assez long. Si elle s’y résolvait, la Suède devrait avant tout adhérer au mécanisme de change européen (MCE II) et maintenir la couronne stable par rapport à l’euro pendant au moins deux ans, rappellent les économistes. Mais la députée Cecilia Rönn, du parti libéral, veut y croire : « la question n’est pas de savoir si l’euro sera adopté, mais quand », assure-t-elle.



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Publish date : 2026-02-17 12:53:00

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