« J’ai entamé des discussions confidentielles avec le président français au sujet de la dissuasion nucléaire européenne », a déclaré le chancelier allemand Friedrich Merz le 13 février, en marge de la Conférence sur la sécurité de Munich (MSC). Une phrase qui relance un débat sensible, à mesure que l’Europe se retrouve prise en étau entre la menace russe et un soutien américain jugé moins prévisible.
À Munich, la question nucléaire s’est imposée comme un sujet central. En filigrane : faut-il renforcer un « parapluie nucléaire européen » autour des capacités françaises et britanniques, en complément — ou en alternative partielle — à la protection américaine via l’Otan ?
Aujourd’hui, la France est la seule puissance nucléaire de l’Union européenne disposant d’un arsenal indépendant. Le Royaume-Uni, partenaire clé de l’Alliance atlantique bien que sorti de l’UE, possède également l’arme nucléaire. Selon le Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI), Paris disposerait d’environ 290 têtes nucléaires, Londres de 225. En comparaison, la Russie en compterait plus de 4 300.
La crainte de voir arriver Nigel Farage ou Marine Le Pen
Mais en Allemagne, l’idée d’un parapluie européen élargi ne fait pas consensus. Si Friedrich Merz se dit prêt à explorer cette piste, son propre camp affiche des réserves. Le ministre des Affaires étrangères, Johann Wadephul, appelle à la prudence. « Il y a assez d’armes nucléaires dans le monde », a-t-il déclaré sur ARD, estimant que la priorité devrait être ailleurs — notamment dans l’augmentation rapide des budgets de défense des États membres, à hauteur de 5 %.
Le président du groupe parlementaire CDU, Jens Spahn, adopte, lui une autre ligne. Tout en plaidant pour davantage d’autonomie stratégique européenne, il s’interroge sur la stabilité politique des partenaires. Dans un entretien à Politico, repris par Euronews, il évoque l’hypothèse de victoires électorales de Nigel Farage au Royaume-Uni ou de Marine Le Pen en France : « Je ne sais pas si je veux compter sur eux », a-t-il déclaré, soulignant la fragilité potentielle d’un dispositif dépendant de futurs dirigeants.
Ne pas donner l’impression de tourner le dos aux Etats-Unis
Armin Laschet, autre figure de la CDU, juge quant à lui le débat non prioritaire. Il met en garde contre le signal envoyé à Washington : discuter trop ouvertement d’un parapluie européen pourrait être perçu comme un désengagement vis-à-vis de la protection américaine. Un équilibre délicat pour Berlin, qui cherche à renforcer la sécurité européenne sans donner l’impression de tourner le dos aux États-Unis. D’autant que les écarts de capacités restent considérables : ils ont à leur disposition 3 700 ogives nucléaires, selon la Fédération des scientifiques américains.
Par ailleurs, les États-Unis maintiennent également des ogives sur le sol européen : 35 en Italie, 15 en Allemagne, aux Pays-Bas et en Belgique, et 20 en Turquie, dans le cadre de la dissuasion de l’Otan. « L’Otan, elle, dispose d’un système de contrôle partagé avec les pays hôtes pour les armes nucléaires américaines qui sont stationnées dans certains pays européens. Ainsi, l’accord de Berlin est nécessaire pour l’utilisation des armes stationnées en Allemagne », expliquait dans L’Express, Emmanuelle Maitre, qui travaille à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS) à Paris.
Ainsi, la dissuasion européenne resterait un complément et non un substitut à la protection outre-Atlantique. Entre volonté d’autonomie stratégique et attachement au parapluie américain, l’Allemagne avance donc sur une ligne de crête.
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Author : Audrey Parmentier
Publish date : 2026-02-17 18:52:00
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