Un sourire carnassier et une voix qui porte. Comme Donald Trump, le secrétaire américain à l’Energie, Chris Wright, a les phrases qui claquent, directes et brutales. Mais quand il évoque les sujets énergétiques, monde dans lequel il a évolué toute sa carrière, le discours se révèle bien plus construit et argumenté que celui du magnat de l’immobilier devenu président. Ce qui ne l’empêche pas de défendre fermement le même cap : la domination énergétique mondiale des Etats-Unis.
« Nous devrions produire tellement d’énergie que nous pourrions rapatrier toutes les industries que nous avons délocalisées en Asie. Nous devrions pouvoir gagner la course à l’intelligence artificielle. Et nous devrions avoir tellement d’énergie que nous pourrions en exporter vers tous nos alliés et amis qui, aujourd’hui, dépendent de puissances hostiles », a-t-il assuré, mardi 17 février, dans les locaux de l’Institut français des relations internationales (Ifri), à Paris.
Ces « alliés et amis » ? Les Européens bien sûr. Pour s’extirper de sa dépendance au gaz russe, l’UE s’est tournée vers le gaz naturel liquéfié (GNL) américain. En seulement quatre ans, les importations ont été multipliées par quatre. Le Vieux Continent achète désormais près de 60 % de son GNL outre-Atlantique. Chris Wright ne voit aucun problème à encore augmenter ce pourcentage, « à des prix très bas ». Cela permettrait « d’approvisionner l’Europe centrale en gaz naturel fiable et à moindre coût ». Ou « de voir le prix de l’électricité baisser en Europe occidentale, pour que l’Allemagne, le Royaume-Uni et la Belgique se réindustrialisent ».
En résumé : « de créer des partenaires plus solides, des nations libres et prospères qui ne soient pas soumises à la tyrannie ». La promesse est alléchante, mais pas de son ressort – ce sont les acteurs privés qui vendent le GNL, là où les marchés sont les plus intéressants. Ni forcément souhaitable pour l’Europe, qui cherche à tout prix à ne pas retomber dans une nouvelle forme de dépendance, d’autant plus avec un allié devenu si imprévisible…
Le « Net zero » en 2050 ? Des « fantasmes de gauche »
Dans un discours digne du drill, baby, drill (fore, chérie fore), Chris Wright a défendu avec ardeur les énergies fossiles et éreinté – sans surprise – des renouvelables trop chères et moins efficaces. Outre les hydrocarbures, seul le nucléaire présente à ses yeux le meilleur potentiel en termes de fiabilité et de sécurité. D’où quelques mots doux pour la France et ses entreprises spécialisées, dont Orano. Le secrétaire à l’Energie a d’ailleurs annoncé un partenariat industriel renforcé avec le groupe tricolore pour restaurer les capacités américaines d’enrichissement d’uranium et de retraitement du combustible usé. « Nous croyons fermement à une renaissance de l’énergie nucléaire aux États-Unis et dans le monde entier, et nous apprécions votre partenariat à ce niveau », a-t-il reconnu.
L’Agence internationale de l’énergie (AIE) n’a, elle, pas eu droit à de tels égards. Ce qui n’a rien d’étonnant. Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, ses partisans ne cessent de la mettre sous pression. Ils estiment que l’AIE, créée en 1974 après le premier choc pétrolier, s’est éloignée de sa mission originelle, celle d’assurer la sécurité des approvisionnements en énergie. Surtout avec son scénario « Net zero », qui trace la voie pour atteindre la neutralité carbone en 2050. « C’est totalement irréaliste. Cela ne se produira pas », a critiqué Chris Wright, qualifiant ironiquement l’AIE de « 53ᵉ organisation de plaidoyer pour le climat ».
Sans contester le phénomène du changement climatique, cet ancien patron d’une compagnie pétrogazière a regretté la « proportion tellement ridicule » des politiques prises pour le combattre. « Alors si une agence chargée de la collecte de données consacre autant d’efforts à ce genre de fantasmes de gauche et de grands Etats, cela dénature sa mission et nous en sortirons », a-t-il une nouvelle fois menacé. De quoi fortement animer la réunion ministérielle de l’AIE, qui se tient ce mercredi 18 février à Paris.
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Author : Baptiste Langlois
Publish date : 2026-02-18 14:47:00
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