Un an après le « moment DeepSeek », sommes-nous en train d’assister à un « moment Claude » ? En se fiant à la Bourse, difficile d’ignorer les similarités. Le modèle d’IA R1 de DeepSeek, sorti en janvier 2025, avait fait perdre en un jour 590 milliards de dollars à Nvidia, le leader mondial des puces IA. Le 5 février 2026, jour du lancement d’Opus 4.6, dernière mouture du chatbot Claude développé par Anthropic, c’est l’indice S&P 500 Software & Services qui a fondu de 4,6 % en une journée. Une baisse qui a pesé sur plusieurs acteurs du secteur tels que Salesforce, Microsoft ou ServiceNow.
Nvidia avait rapidement retrouvé sa valorisation pré-DeepSeek, battant même un record quelques mois plus tard. Pour l’heure, le S&P 500 Software & Services reste, lui, en retrait, après un rebond partiel. Pour certains, ce « software-maggedon » — l’apocalypse des logiciels — est bien parti pour continuer. Anthropic a d’ailleurs annoncé le 13 février avoir encore levé 30 milliards de dollars, ce qui porte sa valorisation à 380 milliards.
Claude Opus, une IA qui réfléchit « mieux »
Claude Opus 4.6 n’est pas n’importe quelle IA : développé par Anthropic, le grand concurrent d’OpenAI, le chatbot est doté de capacités de raisonnement avancées. Il est surtout particulièrement bon pour réaliser des tâches complexes et pour mener à bien des projets de développement. Par rapport aux versions précédentes, « il y a un vrai saut technologique », confirme à L’Express Benjamin Drighès, directeur technique IA chez Galadrim, une agence qui développe des solutions web et IA.
La nouvelle mouture de Claude ne manque pas d’avantages : moins consommatrice en énergie, plus puissante, elle comprend mieux les demandes des utilisateurs. La fenêtre de contexte, là où on écrit le prompt, accepte désormais jusqu’à un million de jetons. « C’est faramineux ! », s’enthousiasme Yann Lechelle, président exécutif de Probabl, spin-off d’Inria spécialisée dans le machine learning. « Avant, les modèles avaient la mémoire d’un poisson rouge. Là, il y a une vraie réminiscence. Les IA s’améliorent au fil de la conversation, à mesure que le prompt s’enrichit ».
Ce n’est pas tout : Opus 4.6 raisonne et séquentialise les problèmes de manière plus efficace. « Plutôt que de vouloir paraître intelligent comme un élève qui dit les choses trop vite en classe, Claude peut déconstruire la question et répondre de manière plus intelligente », précise Yann Lechelle. Grâce à sa mémoire, l’IA découpe les questions et détaille mieux la problématique posée, avec une meilleure notion du temps, ce qui amène des réponses plus pertinentes.
L’arrivée des agents IA, une révolution
L’autre grande révolution se nomme Cowork, une option dévoilée en janvier 2026 qui permet de faire passer Claude d’un simple chatbot à une IA agentique, capable d’interagir avec les fichiers et l’ordinateur des utilisateurs de manière autonome. C’est l’imbrication des deux, Cowork et Opus 4.6, qui donne des résultats bluffants. « Cela permet d’automatiser beaucoup de tâches de travail », indique David Spire, spécialiste des IA agentiques au sein du cabinet de conseil Converteo.
Parmi les premières tâches automatisées : la programmation. Nombre d’ingénieurs utilisent déjà intensivement des assistants AI, parmi lesquels Claude. Mais cela ne se limite pas au code. « Cowork a des configurations par défaut pour le métier de juriste ou dans la direction financière », ajoute Benjamin Drighès. Cette spécialisation a un effet très concret sur ces métiers. « Avec les nouvelles capacités de Claude, nos clients n’ont plus besoin de produits sur étagère comme les suites métiers génériques, mais d’accompagnement pour confier directement les tâches à l’IA ». Anthropic pourrait, à terme, remplacer toute la suite bureautique actuelle par Claude, et faire de l’IA le principal portail vers Internet, estime Benjamin Drighès.
Cela n’inquiète cependant pas Doctrine, l’entreprise française spécialisée dans l’IA juridique, qui vient d’annoncer le rachat d’un concurrent espagnol. « Aussi puissants soient ces grands modèles, sans maîtrise profonde des informations juridictionnelles, ils demeurent limités », précise Guillaume Carrère, PDG de Doctrine. « Les avocats et les juristes attendent des outils spécialisés qui répondent précisément à leurs besoins, et qui se basent sur le corpus juridique local. Cela demande une connaissance juridictionnelle très profonde. » David Sire fait néanmoins observer que, quelle que soit l’IA utilisée, « ces solutions permettent à des salariés d’être plus puissants, de traiter plus de volume. Les entreprises ont donc besoin de moins de personnes. C’est une erreur de penser que cela ne va pas créer de problèmes en interne demain dans les entreprises ».
Et ChatGPT dans tout ça ? OpenAI ne compte pas se laisser dépasser. L’entreprise a dévoilé, quelques heures à peine après le lancement d’Opus, la nouvelle version de son modèle de programmation maison, Codex. Extrêmement puissante, capable de raisonner, cette version rencontre un grand succès, assure Sam Altman sur X, précisant que Codex attire désormais « trois fois plus d’utilisateurs hebdomadaires qu’au début de l’année », sans toutefois donner de chiffres précis. Entre OpenAI et Anthropic, la guerre est déclarée, mais les deux entreprises ne sont pas les seules dans l’arène. Le 11 février, moins d’une semaine après la sortie d’Opus 4.6 et de Codex, Google dévoilait la nouvelle version de Gemini Deep Think, une des plus puissantes du marché — qui bat, selon certains tests, les performances d’Opus et de Codex.
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Author : Aurore Gayte
Publish date : 2026-02-18 05:30:00
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