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Négociations sur l’Ukraine et l’Iran : les limites de la diplomatie façon Donald Trump

Négociations sur l’Ukraine et l’Iran : les limites de la diplomatie façon Donald Trump

En dépêchant en Suisse ses émissaires privilégiés pour y mener simultanément deux négociations de crise distinctes – sur le nucléaire avec l’Iran et sur un accord de paix entre l’Ukraine et la Russie -, Donald Trump a laissé perplexes nombre d’observateurs en politique étrangère, bien que soit connue l’appétence du président américain pour le ‘deal making’. Le fait que Steve Witkoff, émissaire spécial de Donald Trump, et Jared Kushner, gendre du président américain, effectuent mardi 17 février à Genève un va-et-vient diplomatique a alimenté l’hypothèse qu’ils puissent être surchargés et dépassés, disent des experts, en plus d’interroger sur leurs chances réelles de résoudre au moins l’une de ces deux grandes crises mondiales actuelles.

Désireux d’obtenir le prix Nobel de la paix, pour lequel il a ouvertement fait campagne l’an dernier, Donald Trump revendique régulièrement avoir stoppé près d’une dizaine de conflits depuis son retour à la Maison-Blanche en janvier 2025. Il entend ajouter à cette liste un accord avec l’Iran et un accord de paix Ukraine-Russie sous son égide. Il n’en demeure pas moins que les pourparlers de mardi, aux enjeux cruciaux, ont été organisés à la hâte. Le choix de Genève n’a pas été clairement expliqué par Washington, même si la ville suisse a de longue date l’habitude d’accueillir des rendez-vous diplomatiques.

Aux yeux de Brett Bruen, ancien conseiller en politique étrangère de l’administration de l’ex-président démocrate Barack Obama, l’actuel locataire républicain de la Maison-Blanche « semble focalisé davantage sur la quantité que sur la qualité » qui nécessite un « travail de diplomatie délicat et détaillé ». « S’attaquer aux deux problèmes en même temps, au même endroit, n’a pas beaucoup de sens », a ajouté celui qui dirige désormais le cabinet de conseil stratégique Global Situation Room.

Cette séquence diplomatique s’est ouverte par la réunion avec l’Iran, organisée dans un lieu distinct, de l’autre côté de Genève, des négociations Ukraine-Russie chapeautées par les Etats-Unis. A l’issue d’environ trois heures et demie de discussions indirectes sous la médiation d’Oman entre la délégation américaine et le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi, des avancées ont été signalées par les deux camps, sans qu’un accord ne semble toutefois en vue pour régler le différend de longue date entre Téhéran et Washington. Si Abbas Araghchi a ainsi évoqué une entente sur « un ensemble de principes directeurs », le vice-président américain J.D. Vance a peu après fait savoir que l’Iran n’acceptait pas certaines « lignes rouges » de Donald Trump.

En parallèle à la poursuite de ces négociations, Donald Trump a continué de renforcer la présence militaire massive des Etats-Unis au Proche-Orient, indiquant clairement que le recours à la force demeurait une option. Pas vraiment de quoi contribuer à un apaisement des tensions dans la région, où la crainte d’un embrasement reste vive.

« Une salle des urgences avec un seul médecin »

Les émissaires américains ont à peine eu le temps mardi de marquer une pause entre les pourparlers avec l’Iran, menés au siège de la mission diplomatique d’Oman, et la réunion Ukraine-Russie, organisée à l’hôtel Intercontinental.

Si Donald Trump s’était vanté à son retour au pouvoir l’an dernier d’être capable de mettre fin à la guerre en Ukraine en vingt-quatre heures seulement, aucun progrès majeur n’était anticipé avant le début de ce nouveau cycle de négociations de deux jours entre Kiev et Moscou, alors qu’approche le quatrième anniversaire du conflit le plus meurtrier en Europe depuis la Deuxième Guerre mondiale. D’après une source citée mardi soir par les agences de presse officielles russes, la première journée de discussions a de fait été « très tendue ». Les deux camps ont repris comme prévu leurs négociations ce mercredi matin, mais les discussions ont pris fin après seulement deux heures. « Nous constatons des progrès, mais pour l’instant, les positions divergent car les négociations ont été difficiles », a déclaré Volodymyr Zelensky.

Pour sa part, Téhéran a vu ses doutes sur la sincérité des efforts diplomatiques de Washington être renforcés par le programme mis sur pied à Genève, a déclaré un représentant régional proche du pouvoir iranien. « Il y a un risque de surcharge avec cette approche », a-t-il dit à Reuters sous couvert d’anonymat. « Cela ressemble à une salle des urgences avec deux patients gravement malades et un seul médecin, incapable de donner à l’un ou l’autre une attention prolongée, alimentant la vraisemblance d’un échec ».

Manque d’expérience

Mohanad Hajj-Ali, membre du Carnegie Middle East Center, à Beyrouth, a déclaré que les enjeux étaient trop importants s’agissant de la crise avec l’Iran pour que les Etats-Unis gèrent leur diplomatie de cette manière. « Qu’une équipe composée de Witkoff et Kushner soit chargée de résoudre tous les problèmes du monde est, franchement, une réalité choquante », a-t-il dit.

Certains experts disent penser que les deux émissaires américains, issus comme Donald Trump de la sphère de l’immobilier new-yorkais, ne disposent pas des connaissances et de l’expérience nécessaires pour se mesurer à des négociateurs expérimentés comme Abbas Araghchi et les représentants russes. En résumé, selon eux : Steve Witkoff et Jared Kushner sont dépassés. « Certains pays apprécient cette structure informelle à la Maison-Blanche sous Trump », a souligné auprès du New York Times Asli Aydintasbas, chercheuse à la Brookings Institution à Washington. Avant d’ajouter cependant : « Je n’ai vu personne se montrer particulièrement impressionné par les compétences diplomatiques de l’équipe actuelle ».

Le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, n’était pas présent à Genève. Sollicitée par Reuters, la Maison-Blanche a répondu via une porte-parole que Donald Trump et son équipe ont « fait davantage que quiconque pour rapprocher les deux camps afin de stopper la tuerie et conclure un accord de paix » en Ukraine. Anna Kelly a dénoncé des « détracteurs » anonymes de l’approche du président américain, sans répondre aux questions spécifiques de l’agence britannique.

« Emissaire pour tout »

De longue date, des représentants de l’administration Trump défendent les rôles de Steve Witkoff et Jared Kushner, décrivant ceux-ci comme des négociateurs habiles, citant la confiance placée en eux par le président américain et notant l’échec d’approches diplomatiques plus traditionnelles pendant des années.

Ami de longue date de Donald Trump, souvent présenté comme l' »émissaire pour tout » en raison de l’éventail de ses attributions, Steve Witkoff a joué l’an dernier un rôle clé dans les négociations entre Israël et le Hamas pour un cessez-le-feu dans la bande de Gaza, dont la deuxième phase annoncée n’a pas été mise en œuvre alors que les violations perdurent. Jared Kushner a de son côté supervisé la signature des accords dits Abraham, normalisant les liens diplomatiques entre plusieurs pays arabes et Israël, lors du premier mandat présidentiel de Donald Trump. Mais ces accords, que Donald Trump a dit vouloir élargir, n’ont pas vraiment progressé depuis son retour au pouvoir.

Certains analystes estiment que la purge opérée par Donald Trump de l’appareil de politique étrangère de Washington, au département d’Etat ainsi qu’au Conseil de sécurité nationale, sape la capacité de Jared Kushner et Steve Witkoff à réaliser les missions diplomatiques qui leur ont récemment été confiées. « Nous avons vu un évidement de notre banc diplomatique », a déclaré Brett Bruen. « Donc la question est de savoir si nous avons toujours les bonnes personnes pour travailler sur ces grandes questions ».



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Publish date : 2026-02-18 11:57:00

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