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L’argumentaire hasardeux brandi par Donald Trump pour justifier les frappes américaines en Iran

L’argumentaire hasardeux brandi par Donald Trump pour justifier les frappes américaines en Iran

Pourquoi Donald Trump a-t-il décidé d’attaquer l’Iran sans avoir consulté le Congrès, seul pouvoir en théorie autorisé à déclarer une guerre ? S’agit-il à nouveau de frapper des sites nucléaires iraniens, comme il l’a déjà fait en juin dernier ? Ou bien de « libérer le peuple iranien » comme certains le prétendent ? S’agit-il cette fois de renverser le régime, à l’image de George W. Bush avec Saddam Hussein en 2003 ? Qu’espère-t-il vraiment obtenir et comment justifie-t-il de telles frappes ? Retour sur les arguments – faux ou dénués de preuves pour la plupart – mis en avant par le président américain.

Allégations infondées

La première carte brandie par Donald Trump et ses conseillers est celle de la menace nucléaire. Steve Witkoff a été jusqu’à affirmer sur Fox News que l’Iran était « probablement à une semaine de disposer de matériaux permettant la fabrication de bombes à l’échelle industrielle ». La Maison-Blanche assure aussi que l’Iran a relancé son programme nucléaire et développe des missiles à longue portée qui seraient bientôt capables d’atteindre les États-Unis.

Or, rappelle le New York Times, ces trois allégations sont soit fausses, soit non prouvées. Il est très peu probable que l’Iran, après avoir démantelé les installations nucléaires touchées par les frappes américaines et israéliennes de juin 2025, ait déjà pu reprendre l’enrichissement d’uranium nécessaire au déclenchement d’une bombe ou de missiles d’une telle portée. Et quand bien même le pays aurait repris des activités sur certains sites, ceux-ci sont largement connus et scrutés par les services de renseignement américains. « Les stocks d’uranium que l’Iran a déjà enrichi restent enfouis après les frappes de l’année dernière, ce qui rend presque impossible pour l’Iran de fabriquer une bombe ‘en quelques jours' » comme le suggère le président américain, précise le New York Times. Selon le quotidien américain, les agences de renseignement américaines estiment que l’Iran est probablement encore à plusieurs années de disposer de missiles capables d’atteindre les États-Unis.

Un argument peu crédible donc, qui n’est pas sans rappeler le narratif utilisé par George W. Bush en 2003, lorsqu’il avait accusé – à tort – l’Irak de chercher à se doter de l’arme nucléaire. Un peu plus tôt cette semaine Jim Himes, principal démocrate au sein de la commission du renseignement au Congrès a d’ailleurs déclaré : « Les guerres au Moyen-Orient sont néfastes pour les présidents et pour le pays, et nous n’avons entendu aucune raison valable justifiant le lancement d’une nouvelle guerre au Moyen-Orient maintenant. »

« Pari énorme »

Mais outre le nucléaire, le président américain joue aussi sur un autre tableau : celui d’une intervention pour « libérer » le peuple iranien en renversant le régime d’Ali Khamenei. Samedi, dans la foulée des frappes américaines, Donald Trump s’est directement adressé aux Iraniens : « Votre heure de liberté est arrivée », a-t-il assuré.

Ces messages – ainsi que ceux du même acabit diffusés par le Mossad – visent-ils simplement à pousser Ali Khamenei à capituler, ou annoncent-ils réellement un renversement du pouvoir en place ? Rien n’est moins sûr. « Cette attaque est un pari énorme », explique Ali Ansari, professeur à l’Université de Saint-Andrews, dans le Times. « Beaucoup d’hypothèses seront mises à l’épreuve dans les prochaines semaines, mais tout dépendra en grande partie de la réaction de la population iranienne — c’est la question clé. »

La capacité des Etats-Unis à poursuivre cette guerre sur la durée est aussi en question. Selon le Times, des fuites la semaine dernière laisseraient entendre que si les bombardements devaient se prolonger au-delà de dix jours, les stocks américains de certains missiles pourraient commencer à s’épuiser. Avec le soutien à l’Ukraine, les bombardements des Houthis au Yémen et l’appui militaire à Israël lors de ses précédents conflits avec l’Iran, la situation de ses stocks de munition serait de plus en plus préoccupante, selon le quotidien britannique.

Les principales craintes portent sur les missiles intercepteurs destinés à abattre les ogives entrantes : 20 à 30 % des stocks américains de SM-3 (tirés depuis des navires de guerre) et de systèmes terrestres Talon ont déjà été utilisés lors des précédentes frappes. « Pour l’instant, je ne décrirais pas la situation comme critique, estime dans le Times John Ridge, analyste en sources ouvertes, mais de nouvelles utilisations importantes mettraient sous tension la capacité des Etats-Unis à financer d’autres plans opérationnels, notamment dans la zone indo-pacifique face à un éventuel scénario chinois. »



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Publish date : 2026-02-28 15:49:00

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