En décapitant le régime iranien, les Etats-Unis font la démonstration qu’ils sont toujours, au Moyen-Orient comme ailleurs, l’unique puissance dominante. Pour l’Europe, les implications sont considérables. Exit la « multipolarité » qui devait permettre à l’Union européenne de se faire une place comme acteur géopolitique à part entière. Les actions décisives menées par l’administration Trump depuis le début de l’année, en Iran comme au Venezuela, montrent que pour la Maison-Blanche, la résolution de replacer l’Amérique au firmament de la planète n’est pas que rhétorique. Elle s’accompagne d’une volonté politique de remodeler le monde à sa main au détriment de la Chine mais aussi de l’Europe, méprisée pour sa faiblesse.
Le rival chinois et son partenaire russe sont relégués en seconde division. Contraints de s’en tenir à des condamnations verbales, ils ont laissé tomber leur allié de Téhéran comme ils l’avaient fait avec leur protégé de Caracas le 3 janvier. Tous les autocrates savent désormais qu’en confiant leur sécurité à Pékin et à Moscou, ils risquent de finir pulvérisés par une bombe, à l’instar de l’iranien Khamenei, ou de croupir dans une prison new-yorkaise, tel le vénézuélien Maduro. La Chine et la Russie n’ont pas la capacité d’effectuer de telles actions ciblées. Vladimir Poutine l’a tenté en 2022 en Ukraine mais quatre ans plus tard, ses armées piétinent encore dans les steppes du Donbass.
Les Européens, pour leur part, en sont réduits à soutenir du bout des lèvres, ou du moins à s’abstenir de critiquer, les opérations américano-israéliennes, malgré leur crainte du désordre régional qui ne manquera pas de s’ensuivre et leur scepticisme quant à l’aptitude de Donald Trump à le gérer. Seul le président du gouvernement espagnol Pedro Sánchez a condamné sans détour les frappes américano-israéliennes. A l’inverse, la quasi-totalité des dirigeants européens se sont contentés d’appels à la désescalade, tout en marquant leur espoir d’un changement de régime. La violence inouïe avec laquelle celui-ci a réprimé les Iraniens qui manifestaient en janvier dans les rues pour la liberté et la démocratie (jusqu’à 30 000 morts) a achevé de le condamner moralement.
Mais ce changement de régime, s’il a bien lieu, aura été impulsé par les Etats-Unis et Israël, pas par l’Europe. Encore marqués par les échecs des interventions militaires occidentales menées depuis le début du siècle en Irak, en Libye et en Afghanistan, les dirigeants européens n’attendent en général rien de bon de frappes aériennes contre un régime maléfique. Ils ont longtemps pensé que l’Iran pouvait être contenu par le biais de négociations et de sanctions, mais ils ont ainsi fait le jeu de Téhéran pour qui l’essentiel était de gagner du temps afin de poursuivre ses programmes nucléaire et balistique. Il aura fallu les massacres perpétrés par les islamistes du Hamas proches de l’Iran, le 7 octobre 2023 en Israël, et la riposte de Jérusalem qui a ciblé les milices régionales affiliées à Téhéran puis l’Iran lui-même, pour mettre à nu la faiblesse du régime des mollahs et ouvrir la voie à l’opération américano-israélienne.
A l’heure décisive, les Européens ont été laissés de côté par la Maison-Blanche qui n’a pas jugé utile de les consulter, ni même de les informer. A Washington, pendant ce temps, le ton monte contre les Européens accusés de passivité coupable. « Vous avez tous tort en refusant de venir en aide au peuple iranien et, comble d’insulte, vous suggérez que nous devrions continuer à négocier avec des nazis religieux », a déclaré le sénateur Lindsey Graham, un faucon trumpiste pour qui les alliés européens sont devenus « pathétiquement mous ».
Sommée par Washington, qui entend se garder les mains libres face à la Chine, de gérer toute seule le problème de l’impérialisme russe et de la guerre en Ukraine, l’Europe se retrouve une fois de plus en position de commentateur face aux événements du Proche-Orient. Dans l’immédiat, les événements d’Iran donnent des arguments aux atlantistes, qui préfèrent confier leur sécurité à Washington. A plus long terme cependant, tout va dépendre de l’évolution de la situation en Iran.
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Author : Luc de Barochez
Publish date : 2026-03-01 13:41:00
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