Cette fois, André Morère ne rempilera pas. La mairie du village, grosse bâtisse de deux étages, place des Troubadours à Saint-Hilaire, il en connaît les moindres recoins. Trente ans d’engagement municipal, dont quatre mandats successifs, comme maire de cette petite commune rurale de 1 800 âmes à une vingtaine de kilomètres de Toulouse, en Haute-Garonne. Des anecdotes plein les cartons et surtout la fierté de remettre à son successeur les clés d’une ville dont les comptes sont au carré. Pour cela, il a décidé récemment de suspendre les deux dernières tranches des travaux de voirie. Peur que la commune n’ait plus, à l’avenir, les moyens de payer la facture : 900 000 euros, un sacré paquet d’argent. Alors, va pour les trottoirs et quelques rues. Le reste, et notamment l’aménagement de la place du village, attendra.
Durant ces six dernières années, l’édile a piloté la bourgade, les yeux rivés sur le compteur de la CAF. La capacité d’autofinancement, en langage municipal. « La CAF, c’est ce qui reste quand on a fait la soustraction entre les recettes et les dépenses de fonctionnement. C’est le seul indicateur qui vaille pour mesurer la bonne gestion d’une commune », théorise-t-il. Le bon sens d’un élu de terrain rodé aux subtilités des finances publiques. Alors, comme beaucoup de maires, il voit rouge ces derniers temps quand il entend que « là-haut, à Paris », on reprocherait aux élus locaux de dormir sur une épargne un peu trop abondante. La punition du bon élève.
Une note d’une dizaine de pages publiée récemment par le député Renaissance Jean-René Cazeneuve a échauffé les esprits. Cet ancien rapporteur général du Budget révèle qu’à l’issue de ce cycle électoral de six années, les principaux indicateurs du bloc communal sont au vert. Malgré des dépenses de fonctionnement qui ont crû de 26 %, soit deux fois plus vite que celle de l’Etat, « sans qu’aucun transfert significatif de compétences ne justifie un tel écart », les communes seraient assises à la fin 2025 sur une capacité d’autofinancement quasiment record, de 21,7 milliards d’euros. Un chiffre ramené à 12,3 milliards quand on déduit les remboursements de la dette, soit 2 milliards de plus qu’en 2019. Jolie performance alors que les communes, comme le pays, ont été chahutées par la pandémie de Covid et la flambée des prix de l’énergie après l’invasion de l’Ukraine. Une bonne santé financière qui fait dire au député que l’effort de 2 milliards d’euros demandé par l’Etat aux collectivités dans le projet de loi pour 2026 ne pèsera finalement pas très lourd. « Elles pourraient même contribuer davantage », glisse-t-il.
Les maires, au plus près du regard scrupuleux de leurs électeurs seraient-ils meilleurs gestionnaires que l’Etat ? Reconnaissons-le, la loi les aide beaucoup. Ainsi, le Code général des collectivités territoriales précise que le budget de fonctionnement doit être équilibré ou excédentaire. La dette, elle, ne peut servir qu’à financer de nouveaux investissements et le remboursement des annuités doit être couvert par l’épargne brute. Surtout, les nouveaux emprunts ne peuvent pas servir à rembourser les anciens… Une différence de taille avec l’Etat qui s’endette pour payer ses créanciers. Enfin, pendant le Covid et le choc énergétique, l’Etat a aussi fait profiter les communes du « quoi qu’il en coûte. »
« Small is beautiful »
Reste que la présentation de Jean-René Cazeneuve passe mal. « Une présentation malhonnête », s’agace Jean-François Débat, le maire socialiste de Bourg-en-Bresse. D’abord, parce que ces chiffres masquent des situations très contrastées. Les petites communes rurales s’en sortent mieux financièrement que les grosses agglomérations dont les charges de fonctionnement sont proportionnellement plus élevées – fonctionnement des crèches, des bibliothèques, des services de la jeunesse…
Les petites communes rurales sont généralement moins endettées que les plus grandes agglomérations.
A Villepreux, une commune de 12 000 d’habitants dans les Yvelines, le maire Modem, Jean-Baptiste Hamonic, affirme reverser à l’Etat davantage que ce qu’il reçoit. L’an passé, il a dû fermer une piscine qui ne fonctionnait que deux mois dans l’année et dont le coût d’entretien approchait les 200 000 euros, pour 30 000 euros de recettes. « Nous, sur le terrain, on est forcé de faire des choix, dit-il, quand l’Etat, lui, se défile ». Beaucoup d’élus plaident aujourd’hui pour l’établissement d’une sorte de règle d’or pour l’Etat, à l’image de celle qui s’impose aux collectivités. Et d’une révision de la fiscalité locale. « La suppression de la taxe d’habitation a été une erreur majeure. Elle nous prive d’un levier fiscal et divise la population. Il est juste que tout le monde participe au financement des services publics de la ville », poursuit Jean-Baptiste Hamonic. Reste à savoir quelle figure portera ce projet de terrain lors de la prochaine élection présidentielle.
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Author : Béatrice Mathieu, Manon Guibon
Publish date : 2026-03-05 06:30:00
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