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« LFI, anatomie d’une perversion » : le livre noir du mélenchonisme

« LFI, anatomie d’une perversion » : le livre noir du mélenchonisme

Qui aurait pu imaginer, avant La France insoumise (LFI), qu’un pas seulement séparait l’universalisme républicain du communautarisme assumé ? Jamais aucune formation politique n’a opéré, dans l’histoire moderne, une aussi rapide et profonde mutation que celle fondée par Jean-Luc Mélenchon en 2016. Un ouvrage collectif, LFI, anatomie d’une perversion (David Reinharc éditions), rédigé sous la direction du philosophe et historien des idées Pierre-André Taguieff, qui regroupe une panoplie d’intellectuels – de Raphaël Enthoven à Dominique Schnapper en passant par Eva Illouz, Olivier Galland, Christine Angot, ou encore Philippe Val, Brice Couturier, Jean-Éric Schoettl et auquel Alix L’Hospital et Baptiste Gauthey, journalistes à L’Express, ont participé – tente de comprendre les ressorts de cette mue à nulle autre pareille, qui arrive encore à surprendre.

Chapitre après chapitre, on ne cesse de s’interroger : comment celui qui « croyait à la laïcité » (Najwa El Haïté), dénonçait jusqu’en 2016 « avec vigueur le port du voile et de la burqa » (Marc Knobel), prononçait le 26 janvier 2015 l’oraison funèbre de Charb, a-t-il pu se transformer en thuriféraire d’un « nouveau peuple » (Robert Redeker), en « révisionniste assumé » (Philippe Val) et acoquiné son mouvement avec des collectifs proches des Frères musulmans et d’influenceurs islamistes ? La présidente du Printemps républicain, Marika Bret, en égrène quelques-uns : le Collectif contre l’islamophobie en Europe, l’imam Iquioussen, coutumier de propos antisémites, ou encore Elias d’Imzalène.

Également contributeur, l’écrivain franco-syrien Omar Youssef Souleimane revient, lui, sur la rencontre au Liban entre le député insoumis Thomas Portes et des terroristes lourdement condamnés du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), « considérée comme une organisation terroriste en Europe, en Israël et aux États-Unis », et proches du Hezbollah. Rien d’étonnant, ainsi, à ce que le rapport final de la commission d’enquête sur les liens entre le personnel politique et les mouvances islamistes, publié fin 2025, et plus d’une fois cité dans cet ouvrage épais de plus de quatre cents pages, pointe LFI comme la formation politique tricolore la plus exposée à l’entrisme islamiste.

Pacte faustien

Bien plus qu’une simple proximité, l’appareil mélenchoniste aurait, au fil des années, noué une « alliance rouge-verte » avec l’islamisme frériste, sur le modèle de partis d’extrême gauche britanniques du début des années 2000, explique le journaliste et essayiste Atmane Tazaghart ; sorte de pacte faustien qui bénéficierait à chacune des parties. L’anthropologue Florence Bergeaud-Blackler nous éclaire sur la façon dont les Frères musulmans, conscients de n’avoir aucune chance d’accéder au pouvoir en Europe par le biais de partis religieux, investissent habilement des partis politiques existants pour infléchir leurs discours et imposer progressivement un agenda politico-religieux.

Du côté de la formation politique infiltrée, l’accord tacite serait l’assurance de récupérer les voix des segments de l’électorat sensibles au discours de la mouvance frériste. « Parce qu’elle a adopté une partie de la rhétorique islamiste et décoloniale, c’est aujourd’hui la gauche radicale (LFI notamment) qui tire le plus de bénéfices du vote musulman », explique la spécialiste des questions liées à l’islamisme et à ses réseaux en Europe, tandis que l’historien Marc Knobel renvoie à une enquête de l’Ifop indiquant que 69 % des électeurs musulmans ont voté pour Jean-Luc Mélenchon au premier tour de la présidentielle de 2022. Une victoire, somme toute, en demi-teinte pour le leader insoumis, qui, tout en ayant réussi à capter l’essentiel d’un électorat historiquement abstentionniste, n’a encore jamais déverrouillé la porte du second tour de la présidentielle.

« Nouveaux opprimés »

Car là serait, nous indique l’ouvrage, l’un des principaux points de départ de son revirement. Le triple candidat à la fonction suprême est resté bloqué trop longtemps sur les résultats de 2017, sorte de blessure narcissique, pour que l’on oublie les « 420 000 voix » qui lui ont manqué pour se hisser au second tour. Où donc les trouver ? La réponse est peut-être dans cette fameuse note du think tank Terra Nova évoquée par de nombreux observateurs ; ou bien, alors, dans une théorie anglo-saxonne des années quatre-vingt-dix, hypothétise Atmane Tazaghart.

Le spécialiste de l’islamisme renvoie ici à un ouvrage considéré comme l’une des références fondatrices de l’islamo-gauchisme, dans lequel le dirigeant trotskiste du Socialist Workers Party britannique explique qu’il faut substituer aux classes ouvrières « blanches », qui votent moins à gauche, les « nouveaux opprimés » que seraient les communautés musulmanes.

Quels qu’en soient les inspirateurs, la stratégie adoptée par LFI après la présidentielle de 2017 incarne selon cet ouvrage le cynisme poussé à son paroxysme. Pour moins d’un demi-million de voix qui, croit-il, lui assureraient de signer un bail à l’Élysée, Jean-Luc Mélenchon braderait la République, ses principes fondateurs et ses idéaux. C’est pourtant bien, sa famille politique – la « gauche » – qui historiquement, comptait en son sein les plus opiniâtres avocats de la République, comme le rappellent d’anciens militants de gauche en désertion depuis la formation de la Nupes aux législatives de 2022.

Le dévoiement de la gauche

Mais qu’importe l’histoire pour celui qui l’aime revisitée – on recommande à ce titre, la demi-douzaine de pages passionnantes dans lesquelles la psychopathologue Myriam Illouz décrit comment LFI a fait de la « perversion du réel » un mode de fonctionnement. Puisque la défense de la République ne correspond plus à son projet politique, Jean-Luc Mélenchon aurait alors décidé de remodeler les grands principes, les combats et les ambitions de la gauche tricolore à tel point que ses féaux peinent à la reconnaître. C’est pour la gauche « qui promettait la justice sociale, l’égalité républicaine et l’émancipation par l’éducation » et « refusait de voir les individus comme des membres d’une communauté religieuse ou ethnique » que s’est engagé Amine El Khatmi, ancien conseiller municipal PS à Avignon, aujourd’hui sur la liste de Rachida Dati à Paris ; pas celle qui « refuse de condamner clairement l’antisémitisme » et se fend « d’un relativisme face à l’islamisme politique ».

Dans une chronique initialement parue dans L’Express et reprise pour l’ouvrage, Abnousse Shalmani revient sur cette « grande braderie des principes » de la gauche, organisée par une gauche qui « s’est bouché le nez devant un écrivain français de 80 ans atteint d’un cancer qui pourrit dans la solitude de sa cellule à Alger ». Référence au refus des députés européens insoumis de soutenir une résolution condamnant l’arrestation de Boualem Sansal et appelant à sa libération.

Le glissement vers antisémitisme

Au renoncement de la défense des libertés de penser, de dire et d’écrire s’ajoute celui du combat contre l’antisémitisme, remplacé par ambiguïtés répétées et des silences coupables. Jean-Luc Mélenchon comme ses ouailles ne sauraient même plus le condamner « clairement », relèvent d’une même voix les contributeurs de l’ouvrage – qu’il s’agisse du pogrom du 7 octobre 2023, de l’attentat de Sydney du 14 décembre 2025, ou encore de l’explosion des actes antijuifs en France et en Europe.

En écho au philosophe Alain Finkielkraut qui, interrogé par Bérénice Levet, confie avoir « pour la première fois de [sa] vie » « physiquement peur d’un parti politique », le journaliste Frédéric Haziza écrit : « Depuis des années, LFI accumule les faits, des prises de position qui posent un problème dans son rapport à l’antisémitisme et, plus largement, à la sécurité des juifs français ». Renaissance du vieil antisémitisme de gauche, longuement décrit et analysé par Pierre-André Taguieff, et qui engendre une « inversion des repères idéologiques » sans précédent, diagnostique la sociologue Eva Illouz : N’est-ce pas absurde de voir aujourd’hui « les héritiers de Pétain défendre les juifs » face à « une gauche insoumise devenue antisémite » ?

Chez Mélenchon, tout ou presque repose sur le calcul électoral et les stratégies clientélistes

Michaël Prazan dans « LFI, Anatomie d’une perversion

A fortiori, quand le maître à penser de cette même gauche, fanfaronnait en 2012, être « le plus sioniste » de sa famille politique. Comment dès lors, Jean-Luc Mélenchon en est-il arrivé, à soixante-quinze printemps passés, à devenir celui d’un mouvement « passionnément antisémite » dixit Raphaël Enthoven ? Pour le réalisateur Michaël Prazan, la réponse est aussi désolante que simple : Jean-Luc Mélenchon, chez qui « tout ou presque repose sur le calcul électoral et les stratégies clientélistes [a pris] conscience que le filon « pro-Israël » n’est plus porteur au sein de son mouvement ». Le clientélisme aux dépens de la République.

Les élections municipales, qui se tiendront les 15 et 22 mars, offriront à l’appareil mélenchoniste l’occasion d’éprouver une nouvelle fois cette stratégie amorcée voilà près de dix ans. Depuis la dernière convocation aux urnes, en 2024, celle-ci s’est encore radicalisée. En parallèle, les livres consacrés aux dérives et outrances de La France insoumise se sont écoulés par dizaines de milliers d’exemplaires – La Meute, d’Olivier Pérou et Charlotte Belaïch, a atteint près de 130 000 ventes selon Edistat ; Les Complices du mal d’Omar Youssef Souleimane approche les 85 000 exemplaires tandis que Les Nouveaux Antisémites de Nora Bussigny avoisine les 20 000. Reste à voir quel effet ce cocktail aura dans les urnes.



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Author : Ambre Xerri

Publish date : 2026-03-13 16:00:00

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