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Gavin Mortimer : « Jean-Luc Mélenchon calque son comportement sur Donald Trump »

Gavin Mortimer : « Jean-Luc Mélenchon calque son comportement sur Donald Trump »

Et si la percée de La France insoumise lors du premier tour des élections municipales était moins inattendue qu’il n’y paraît ? Et si les victoires du Rassemblement national, notamment dans le Sud-Est, n’étaient pas nécessairement de bon augure pour le parti de Marine Le Pen et Jordan Bardella en vue de la présidentielle de 2027 ? Voilà quelques-unes des surprenantes réponses de Gavin Mortimer, écrivain britannique et chroniqueur pour le magazine conservateur The Spectator, interrogé par L’Express au lendemain du premier tour de ce scrutin local.

Selon lui, tant ces premiers résultats que les sondages d’opinion donnant à Jordan Bardella une longueur d’avance pour 2027 seraient à prendre avec des pincettes. La position du parti de Marine Le Pen sur certains sujets centraux n’est plus « aussi claire et « antisystème » qu’elle ne l’était auparavant ». Une place récupérée, selon lui, par un Jean-Luc Mélenchon calquant son comportement sur… Donald Trump. De quoi faire dire à ce fin observateur de la vie politique française que 2027 sera une année politique extraordinaire pour l’Hexagone, lors de laquelle tout pourra basculer.

L’Express : L’un des enseignements de ce premier tour, c’est la percée inattendue de La France insoumise dans plusieurs grandes villes. Cela vous surprend-il ?

Gavin Mortimer : Franchement, non. Les scores réalisés par La France insoumise s’inscrivent dans une tendance que l’on observe dans d’autres démocraties occidentales. Qu’il s’agisse de New York où Zohran Mamdani a remporté la victoire, de la Grande-Bretagne où le Parti vert a récemment remporté une élection législative partielle et s’est emparé de la circonscription de Gorton et Denton – auparavant détenue par le Labour – ou de La France insoumise ici, nous assistons à la montée d’un nouveau type de politiciens sectaires, capables de largement mobiliser des électorats communautaires sur des questions comme l’islamophobie ou Gaza. En témoigne le fait que, malgré les accusations d’antisémitisme, les scandales internes ainsi que les remous suscités par l’affaire Quentin Deranque, le parti de Jean-Luc Mélenchon réalise de très bons scores.

Mais si ces résultats ne sont pas étonnants en soi, ils confirment toutefois que nous entrons dans une nouvelle ère opposant deux visions du pays. D’un côté, la « nouvelle France », plus urbaine, militante et multiculturelle – celle de La France insoumise. De l’autre, la « vieille France », attachée aux traditions et plus provinciale – celle du Rassemblement national. Ce qui ne laisse que peu de place pour les anciens grands partis de gouvernement – là encore, en France, comme aux Etats-Unis ou en Grande-Bretagne.

Faut-il voir cette « percée » insoumise comme un signal fort pour 2027 ?

L’impact que La France insoumise peut avoir à l’échelon national me semble très incertain. Dans les petites communes, les électeurs ont tout de même tendance à voter en fonction d’enjeux locaux tels que la gestion des routes et des déchets, plutôt que sur des questions véritablement idéologiques. Autrement dit : il n’est pas dit que tous les bons scores réalisés par des candidats LFI traduisent un réel soutien au projet du parti. Certes, LFI conserve une influence certaine dans certaines grandes villes et zones urbaines, mais elle reste tout de même relativement discrète dans les zones rurales. Ajoutons à cela le fait que les alliances avec le reste de la gauche sont assez fluctuantes : entre le PS et LFI, tout se passe comme dans un mariage toxique, chacun revenant l’un vers l’autre malgré les critiques, faute de mieux, avant de se déchirer à nouveau… A mon sens, la principale inconnue pour LFI réside dans le candidat qui sera présenté en 2027 par le Rassemblement national. S’il s’agit de Marine Le Pen, son nom pourrait encore réunir la gauche en vue de contrer l’extrême droite. Mais s’il s’agit de Jordan Bardella, les centristes pourraient bien voter pour lui, davantage que pour Jean-Luc Mélenchon.

Un autre enseignement, c’est la disparition progressive du macronisme au niveau local…

Le macronisme n’a jamais vraiment existé au niveau local, tout simplement parce qu’il n’a jamais réussi à s’imposer au-delà du charisme personnel d’Emmanuel Macron. En clair : les figures qui l’entourent manquent dramatiquement de prestance et de capacité à communiquer. Mais il n’y a pas que ça. Le macronisme s’inscrit dans la lignée d’une social-démocratie centriste prédominante depuis 1989 en Europe – de celle portée par Tony Blair ou Angela Merkel. Problème : ce modèle a échoué sur bon nombre de plans, tant économiques, sociaux, que sécuritaires et énergétiques. Ainsi, cette approche a énormément perdu en crédit auprès des électeurs, qui préfèrent désormais se tourner vers d’autres alternatives radicales comme LFI ou le RN dans une logique du « rien ne peut être pire ».

Bon nombre d’observateurs ont relevé que le Parti socialiste pourra difficilement se passer des insoumis au second tour… Quelle a été l’erreur de la « gauche traditionnelle » dans ce scrutin ?

La réponse dépasse le simple enjeu de ces municipales. Comme je le répète depuis de nombreuses années, la grande erreur de tous les partis de gauche d’Europe occidentale depuis le début de ce siècle a été d’ignorer les préoccupations des classes populaires – toutes origines confondues – concernant l’immigration. J’exclus, bien sûr, le cas du Danemark, où le gouvernement de gauche connaît un grand succès car il prend en compte la souffrance des classes populaires face à l’immigration massive et incontrôlée. Ce, sans qualifier ces inquiétudes de « racistes » ou « islamophobes ». Au fond, cette incapacité à simplement reconnaître ce genre de maux est ce qui a conduit à l’effondrement de la crédibilité du Parti socialiste français et du Labour britannique, et à ce que les électeurs se tournent progressivement vers des alternatives qu’ils jugent plus attentives à ces enjeux. C’est d’autant plus problématique que cette tendance ne me semble pas près de s’inverser au vu de l’offre politique dont nous disposons à gauche. Hormis, peut-être, Raphaël Glucksmann, qui se positionne comme un homme de principe en refusant de faire alliance avec LFI. A savoir s’il aura le courage de prendre des sujets comme l’immigration incontrôlée à bras-le-corps dans les prochains temps…

Le RN, pour sa part, a été réélu dans ses bastions, comme Perpignan ou Fréjus, et a également obtenu certaines avancées dans le Sud-Est. De bon augure pour le parti de Marine Le Pen à l’approche de 2027 alors que le parti est là encore porté par les sondages ?

J’ai bien conscience que la plupart des sondages donnent le RN favori. Mais gardons à l’esprit l’extrême volatilité des intentions de vote. De plus, même si les scores réalisés par ce parti sont relativement bons dans le Sud, le RN reste en échec dans plusieurs villes moyennes et quasiment absent dans les très grandes métropoles. Sans oublier que 68 % des communes n’avaient qu’une seule liste, ce qui suggère que nous devrions prendre les résultats de ces municipales avec des pincettes pour 2027. Voilà pour la question de ce scrutin.

Cela étant dit, entre l’incertitude qui pèse sur la candidature de Marine Le Pen ou encore les ambiguïtés du parti vis-à-vis de Donald Trump ou de l’Europe, rien n’est encore joué. Pour bon nombre d’électeurs, la position du RN sur certains sujets centraux n’est plus aussi claire et « antisystème » qu’elle ne l’était auparavant. Or, en face, qu’avons-nous ? Un Jean-Luc Mélenchon récupérant cette place de figure « antisystème » et qui, à bien des égards, calque son comportement sur Donald Trump : nier, attaquer, dire des contrevérités, ne jamais s’excuser… A mon sens, 2027 sera une année politique extraordinaire pour la France. Tout peut basculer.

Le front républicain peut-il encore être un rempart face aux extrêmes ?

Il me semble clair que le « front républicain » a perdu de son efficacité et de son aura auprès des électeurs. D’autant que si Jordan Bardella était désigné candidat pour la prochaine présidentielle, son positionnement plus « lisse » que Marine Le Pen pourrait permettre de séduire une nouvelle partie de l’électorat de droite – bien que ce manque d’aspérité puisse aussi lui jouer des tours en le rendant politiquement ennuyeux. Bref, l’ennui avec le « front républicain », c’est qu’il suppose qu’il faudrait qu’il s’organise autour d’une figure politique. Or, à ce jour, aucune ne me semble capable de redresser la situation économique et sociale de la France. C’est tout le drame de la crise du leadership européen : nous sommes victimes d’une génération de politiques sans charisme ni vision.

Bien qu’il soit toujours difficile de tirer des enseignements nationaux de résultats locaux, quel message ce scrutin envoie-t-il à l’Europe ?

Ces résultats traduisent un clair rejet de l’Europe. Le parti de Jean-Luc Mélenchon et celui de Marine Le Pen sont les plus eurosceptiques ! Quel que soit le vainqueur de la présidentielle de 2027, la France devra redéfinir sa relation à l’UE d’urgence. Ce qui signifiera, quoi que l’on pense du RN et de LFI, rompre avec la doctrine d’Emmanuel Macron, qui s’est davantage comporté comme le président de l’Europe que comme celui de la France. Pourtant, ce pays est la seule puissance nucléaire de l’UE, membre permanent du Conseil de sécurité, et dispose de la meilleure armée d’Europe. À la France de s’en souvenir et de le rappeler à Bruxelles.



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Author : Alix L’Hospital

Publish date : 2026-03-16 19:00:00

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