Elle avait un boulevard devant elle. Rarement la droite avait bénéficié d’un tel alignement des planètes à la veille d’un scrutin. Et pourtant, elle a échoué. Rachida Dati a été battue ce dimanche au second tour des municipales parisiennes, nettement devancée par Emmanuel Grégoire. La droite ne ravira pas à la gauche la capitale, enseigne socialiste depuis 2001. Rachida Dati n’entrera pas à l’hôtel de ville, le « combat de sa vie. »
A quoi reconnaît-on une défaite personnelle ? Quand elle défie toute logique politique. L’échec de Rachida Dati en est une. Ni la division de la gauche au second tour – bénédiction divine – ni le bilan contrasté d’Anne Hidalgo n’ont suffi à l’ancienne ministre de la Culture. Pas plus que le rassemblement de la droite derrière la maire du 7e arrondissement à l’issue du premier tour. Le tout sur fond de poussée de la droite dans le pays.
Cette défaite est celle d’une femme. D’une « marque », répète-t-on souvent chez LR. « C’est une star, mais avec les outrances et la déraison de la star », note une ministre. Elle a été victime ce dimanche d’un barrage des électeurs parisiens.
« Potentiel électoral réduit »
A l’origine, tout devait être simple. En janvier 2024, Rachida Dati entre au gouvernement pour poser la première pierre d’une alliance LR-Renaissance. L’ex-eurodéputée souhaite mettre ces formations à son service pour incarner l’alternance. Hors Dati, point de salut ! « Je suis une adepte de la méthode Sarkozy, se rassembler au premier tour pour faire un gros score et créer la dynamique pour le second », théorisait-elle. Au gouvernement, elle pèse – avec succès – pour obtenir une réforme de la loi PLM, afin que le prochain maire de Paris soit élu au suffrage universel direct.
Las, rien n’est évident avec Rachida Dati. L’ex-garde des Sceaux est lâchée en janvier par Renaissance, qui lui préfère la candidature de Pierre-Yves Bournazel. Gabriel Attal déplore alors une candidature au « potentiel électoral réduit » et la brutalité de la maire du 7e arrondissement. « Objectivement, les pratiques de Dati sont éloignées de ce qui a fait notre ADN en 2017 », note alors un proche de l’ancien Premier ministre. Rachida Dati est cernée par les affaires judiciaires, sa rudesse est mise à nu dans une série d’enquêtes. Elle la dévoile elle-même, en menaçant le journaliste Patrick Cohen au printemps 2025 sur France 5. Un parfum d’affairisme enveloppe la candidate, dont la sincérité a été si longtemps le moteur politique.
Une image écornée
Les nuages s’amoncellent, comme l’émergence de Sarah Knafo, créant une double concurrence à droite. Rachida Dati, elle, mène une campagne terne mais sans faute majeure. Nulle déclaration fracassante n’entache sa course parisienne, conclue par un score décevant au premier tour. Paie-t-elle son image clivante ? Les résultats démontrent que certains électeurs de droite ont voté pour des maires d’arrondissement LR… sans faire de même pour Rachida Dati. Des limites de la notoriété : elle peut propulser comme freiner des candidatures.
Rachida Dati a pourtant de la chance : après 2026, il y a 2027. L’échéance présidentielle lui ouvre un boulevard. Pierre-Yves Bournazel est poussé à l’alliance par Edouard Philippe et Gabriel Attal, soucieux de ne pas être responsable d’une défaite de la droite. Sarah Knafo retire sa liste pour ne pas porter le mistigri de la défaite. Rachida Dati profite de ses calculs nationaux. Elle, la clivante, devient en apparence l’apôtre du rassemblement. Le maintien de l’insoumise Sophia Chikirou achève de la renforcer. « Il faut absolument que LFI n’ait pas d’accord avec le PS pour espérer gagner », glissait Jean-Pierre Raffarin avant le vote. C’est le cas. La formation de Jean-Luc Mélenchon, en quête d’hégémonie à gauche, n’avait aucune envie d’offrir Paris aux socialistes.
Un avenir… judiciaire
Ces jeux d’alliances n’ont pas suffi, signe d’un rejet de la personne de l’ancienne garde des Sceaux. Il est permis de penser que les dirigeants du socle commun ne se bousculeront pas pour la défendre. Edouard Philippe dénonce en privé ses méthodes « trumpistes », quand Gabriel Attal tente de séduire un électorat social-démocrate guère sensible au discours de Rachida Dati. Bruno Retailleau, lui, n’a jamais caché sa différence de culture politique avec la « puncheuse » Dati…
L’avenir politique de l’ex-ministre de la Culture s’inscrit désormais en pointillé. Son destin parisien semble bouché après deux échecs aux municipales et ses relations rugueuses avec les présidentiables de la droite et du centre ne présagent pas d’un futur national radieux. Reste un nouvel obstacle. L’élue sera jugée en septembre prochain pour « corruption passive » et « trafic d’influence passif » dans l’affaire Renault. La politique sera alors bien loin.
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Author : Paul Chaulet
Publish date : 2026-03-22 20:38:00
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