Le fil qui lie la Hongrie de Viktor Orban et la Russie de Vladimir Poutine se dévoile de plus en plus. Si la proximité entre les deux pays est connue depuis plusieurs années, et même assumée par le Premier ministre hongrois, une nouvelle étape a été franchie ce week-end. Selon le Washington Post, la Hongrie, par le biais de son ministre des Affaires étrangères, partagerait avec Moscou les détails des discussions européennes. L’Express fait le point sur ces accusations, qui interviennent à quelques semaines des élections législatives, où Viktor Orban est à la traîne dans les sondages.
Que reproche-t-on à Peter Szijjarto ?
L’information aurait presque pu passer inaperçue tant elle était perdue dans une accumulation de révélations. Dans une longue enquête publiée samedi 21 mars, le Washington Post révélait que les services de renseignements extérieurs russes avaient proposé de mettre en scène une tentative d’assassinat de Viktor Orban pour le faire remonter dans les sondages. Mais ce n’est qu’au milieu de l’article que le scandale est révélé : selon un responsable européen de la sécurité, le ministre hongrois des Affaires étrangères Peter Szijjarto passe régulièrement des appels à son homologue russe, Sergueï Lavrov, pendant les pauses des réunions européennes. Il fournirait notamment des « rapports en direct sur ce qui a été discuté » et des solutions possibles, affirme la même source, qui ajoute : « Chaque réunion de l’UE, depuis des années, se tient pratiquement avec Moscou à la table ».
La proximité entre Peter Szijjarto et Sergueï Lavrov n’est plus à démontrer alors que le ministre hongrois s’est rendu à seize reprises, en visite officielle, à Moscou depuis le début de l’offensive en Ukraine en 2022. Le 4 mars dernier, le Hongrois a même rencontré Vladimir Poutine, pourtant sous un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale, reconnue par Budapest.
Quelles sont les réactions ?
Les critiques n’ont pas tardé à fuser après la publication de l’enquête, notamment sur le territoire national. Peter Szijjarto « semble être de connivence avec la Russie, trahissant ainsi les intérêts hongrois et européens », a attaqué Peter Magyar, l’opposant de Viktor Orban lors des élections hongroises, qui est en tête dans les sondages. « Si cela est confirmé, cela équivaudrait à une trahison, ce qui entraînerait une peine d’emprisonnement à perpétuité potentielle », a-t-il ajouté, promettant que, s’il est élu, son gouvernement enquêtera « immédiatement » sur la question.
Mais l’affaire fait réagir bien au-delà des frontières hongroises. La porte-parole de la Commission européenne a demandé au gouvernement hongrois « qu’il apporte les clarifications nécessaires », assurant qu' »une relation de confiance entre les États membres ainsi qu’entre eux et les institutions est fondamentale pour le bon fonctionnement de l’UE ». Face à ces révélations qualifiées de « très graves », la diplomatie allemande a rappelé que les discussions au sein de l’UE « sont confidentielles ». Bien plus pragmatique, le Premier ministre polonais et ancien président du Conseil européen Donald Tusk n’a pas semblé étonné. « Nous nous en doutions depuis longtemps, a-t-il publié sur X, dimanche 22 mars. C’est pourquoi je ne prends la parole qu’en cas d’absolue nécessité et que je me limite à ce qui est indispensable. »
The news that Orbán’s people inform Moscow about EU Council meetings in every detail shouldn’t come as a surprise to anyone. We’ve had our suspicions about that for a long time. That’s one reason why I take the floor only when strictly necessary and say just as much as necessary.
— Donald Tusk (@donaldtusk) March 22, 2026
Face à la polémique, Budapest se terre dans le déni. Si Peter Szijjarto n’a pas répondu aux sollicitations du Washington Post, il a finalement démenti l’information face à la polémique. De son côté, Viktor Orban a annoncé qu’il lançait une enquête pour savoir qui avait mis sur écoute son ministre.
Quelles conséquences pour la Hongrie ?
Si elle ne souhaite pas réagir officiellement de peur d’influencer les élections législatives qui se tiennent le 12 avril, l’Union européenne a d’ores et déjà décidé de limiter le flux de documents confidentiels vers Budapest afin d’éviter au maximum les fuites, selon Politico. Mais l’Europe n’a pas attendu la publication de l’enquête du Washington Post pour se protéger. Alors que des inquiétudes autour de fuites hongroises vers la Russie existent depuis quelque temps, des petits groupes de réflexion ont été mis en place entre les pays qui partagent les mêmes idées. Selon un représentant d’un gouvernement européen, cité par Politico, « dans l’ensemble, les États membres moins que loyaux sont la principale raison pour laquelle l’essentiel de la diplomatie européenne pertinente se déroule maintenant sous différents formats plus petits ». Ainsi, l’alliance Weimar rassemble la France, l’Allemagne et la Pologne tandis que NB8 comprend les huit pays nordiques et baltes.
Même son de cloche au niveau de l’Otan. Selon un diplomate de l’organisation, cité par Euractiv, certaines planifications opérationnelles liées à l’Ukraine ne sont pas discutées devant les dirigeants hongrois. Mais Budapest semble se montrer plus sage au sein de cette instance qu’à Bruxelles. « La Hongrie a toujours clairement indiqué qu’elle ne fera rien qui affecte sa place dans la défense collective de l’Otan », affirme la même source. Un entre-deux risqué pour maintenir sa place dans le concert européen et conserver son soutien russe.
Source link : https://www.lexpress.fr/monde/europe/la-hongrie-soupconnee-despionner-lue-pour-la-russie-tout-comprendre-a-laffaire-qui-secoue-bruxelles-YE5T2NJV5NE3NHY4WM72HCMKCI/
Author :
Publish date : 2026-03-24 12:29:00
Copyright for syndicated content belongs to the linked Source.