Une fois encore, Donald Trump change son fusil d’épaule. Dimanche 29 mars au soir, quelques heures seulement avant l’arrivée sur l’île caribéenne d’un pétrolier russe visé par des sanctions américaines, dans un contexte de blocus pétrolier instauré par Washington, le président américain a annoncé un assouplissement de sa politique. « Si un pays souhaite actuellement livrer du pétrole à Cuba, cela ne me pose aucun problème, qu’il s’agisse de la Russie ou d’un autre pays », a-t-il déclaré à des journalistes à bord d’Air Force One.
Jusqu’à présent, l’administration Trump avait de facto bloqué toutes les livraisons de pétrole à destination de Cuba, dans le but d’exercer une pression sur les autorités de La Havane soutiens du Venezuela, tout en multipliant les déclarations à caractère menaçant. Ce changement de stratégie intervient après que le New York Times a révélé que les Etats-Unis s’apprêtaient à autoriser un pétrolier russe chargé de brut à accoster à Cuba, apportant ainsi un soutien crucial à l’île, confrontée à une crise énergétique qui ne cesse de s’aggraver.
Un soutien de la Russie
Si les raisons de cette inflexion de l’administration Trump restent floues, une tentative de Washington d’intercepter le navire par la force aurait en revanche pu entraîner une montée des tensions maritimes avec la Russie. L’une de ses ambassades a déclaré dans un communiqué que « la Fédération de Russie exprime sa pleine solidarité avec Cuba, considère toutes les restrictions imposées à son encontre comme illégitimes – y compris celles liées à l’approvisionnement en ressources énergétiques – et est prête à fournir toute l’assistance nécessaire, y compris un soutien matériel ».
Il faut dire que Cuba a perdu en janvier son principal allié régional et fournisseur de pétrole, lorsque les forces américaines ont capturé le président vénézuélien Nicolas Maduro. Dans la foulée, le blocus pétrolier américain a entraîné des coupures d’électricité quotidiennes, de graves pénuries d’essence, une flambée des prix et une dégradation des soins médicaux. Cette politique a suscité de nombreuses critiques internationales, à commencer par l’ONU, qui estime qu’elle contribue à une crise humanitaire. En parallèle, Washington accentue ses pressions politiques, pour inciter Cuba à écarter son président, Miguel Diaz-Canel.
Stabiliser le réseau
L’arrivée du pétrole russe devrait toutefois atténuer cette crise, au moins de façon provisoire. Une fois traité, ce brut pourra être transformé en plusieurs produits essentiels comme le diesel, l’essence, le kérosène ou encore le fioul, utilisé dans de nombreuses centrales électriques du pays. D’après Jorge Piñón, ancien cadre du secteur pétrolier et spécialiste du système énergétique cubain à l’Université du Texas, cela devrait contribuer à stabiliser le réseau, limiter les coupures d’électricité, améliorer les transports et soutenir l’activité agricole. « Cela leur fait gagner du temps », explique-t-il au New York Times, tout en précisant que cette solution reste limitée : « Ce n’est pas une solution miracle qui règle tous les problèmes du jour au lendemain. »
Si Cuba parvient encore à maintenir une alimentation électrique — bien que très instable — c’est d’abord et avant tout car environ 40 % de son réseau repose sur des centrales fonctionnant avec du pétrole brut produit localement. Parallèlement, le pays accélère donc l’installation de panneaux solaires pour être moins dépendant.
Cuba préparé à une attaque
Interrogé, Donald Trump a assumé sa décision, expliquant qu’il ne s’opposait pas à une livraison ponctuelle permettant à Cuba de « survivre », tout en affirmant que cela ne changerait rien à la situation globale du pays, qu’il juge voué à l’échec sous son régime actuel. Ce mois-ci, le président américain a déclaré qu’il pensait « avoir l’honneur de prendre Cuba » et a suggéré qu’il pourrait cibler l’île par une action militaire après la guerre en Iran. Le secrétaire d’Etat Marco Rubio, lui, a affirmé vendredi que la Maison-Blanche souhaitait de nouveaux dirigeants à Cuba. « L’économie cubaine doit changer, et elle ne peut pas changer sans une transformation de son système politique », a-t-il indiqué.
Les responsables cubains, eux, campent sur leurs positions, affirmant que le pays est prêt à se défendre. « Notre armée est toujours prête et, en fait, elle se prépare ces jours-ci à la possibilité d’une agression militaire », a déclaré le vice-ministre des Affaires étrangères cubain, Carlos Fernandez de Cossio, sur NBC. « Nous serions naïfs de ne pas le faire, au vu de ce qui se passe dans le monde. Mais nous espérons sincèrement que cela n’arrivera pas. »
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Publish date : 2026-03-30 13:17:00
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