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Sébastien Tran, DG d’Audencia : « Il faut être présent là où les grandes transformations se jouent »

Sébastien Tran, DG d’Audencia : « Il faut être présent là où les grandes transformations se jouent »

Partir à l’étranger pour parachever son cursus scolaire ou améliorer son CV, apparaît aujourd’hui comme le plus sûr des accélérateurs de vie mais aussi de carrière. De leur côté, les grandes écoles françaises qui doivent faire face à la chute de la démographie étudiante et à une baisse des financements publics, multiplient les campus au-delà de l’Hexagone pour recruter de nouveaux étudiants. Toutes font le même constat, mais développent des stratégies différentes, persuadées que les classements les plus prestigieux sont désormais mondiaux. Cette course à l’exportation d’une éducation nationale au savoir-faire reconnu n’est pas sans obstacle dans un contexte géopolitique toujours plus tendu où la politique des visas devient une arme. Les implantations ne s’improvisent pas et restent coûteuses dans un marché très concurrentiel. Les élèves, eux, rêvent d’horizons lointains et parfois exotiques comme le souligne le baromètre exclusif réalisé par nos partenaires de L’Express Connect. Ils ont pris le temps de méditer Lamartine : « Il n’y a d’homme plus complet que celui qui a beaucoup voyagé, qui a changé vingt fois la forme de sa pensée et de sa vie. »

Sébastien Tran, directeur général de l’école de commerce d’Audencia à Nantes

« Notre logique de développement international ne suit pas les tendances. Nous avons ouvert ces dernières années, plusieurs campus dans des pays qui peuvent sembler ‘exotiques’ comme en Chine ou au Brésil. Mais, à chaque fois, nous cherchons surtout à nous ancrer au cœur des grandes dynamiques de transformation des marchés émergents. Ce qui change, c’est que la demande étudiante finit par rejoindre ce que nous avions anticipé. Ainsi, l’Australie avec notre dernière implantation à Sydney vient compléter ce réseau avec une cohérence que peu d’écoles peuvent revendiquer : une expérience anglophone de haute qualité, dans l’hémisphère sud, hors des destinations classiques que sont l’Europe et l’Amérique du Nord. C’est la dernière pièce manquante d’une présence vraiment mondiale. Et les chiffres le confirment : pour la seule année 2026, ce sont déjà 33 étudiants affectés dans la capitale australienne.

S’adapter au contexte international

Plus généralement, Il faut constamment s’adapter, notamment en prenant en compte les tensions internationales. Le conflit au Moyen-Orient, dernièrement, nous a évidemment conduits à suspendre nos destinations dans cette zone pour 2026, par responsabilité à l’égard de nos étudiants. En ce qui concerne la situation aux Etats-Unis, une lecture superficielle dirait que la destination s’essouffle. La réalité est plus nuancée : l’attractivité américaine reste structurelle, portée par des universités dont le rayonnement mondial est incontestable. Les grandes institutions continuent d’attirer nos étudiants sans difficulté et toutes les places sont attribuées. Il faut donc se méfier des effets d’optique et lire les données avec recul. Quant à l’Europe, elle représente toujours 40 % de nos expatriations académiques et cette part reste stable depuis plusieurs années.

Ce qui retient davantage l’attention, c’est la montée en puissance remarquable de l’Amérique du Sud : avec 26 % des choix cette année, la région s’impose comme une destination de premier plan. Ce mouvement dit quelque chose de profond sur les aspirations de la nouvelle génération qui recherche une immersion authentique dans des cultures radicalement différentes ainsi qu’une confrontation à d’autres façons de penser le management, l’entreprise, le monde.

Cap vers la Chine

A cet égard, la politique que nous menons en Chine est exemplaire. Notre objectif vise à constituer un maillage territorial raisonné : être présents là où les grandes transformations se jouent vraiment, pas seulement là où il est commode d’aller. En 2017, nous avons ouvert un campus à Shenzhen : une ville peu connue en France et pourtant devenue l’un des premiers hubs technologiques mondiaux. Plus récemment, Audencia s’est implantée à Chengdu, une ville qui compte 20 millions d’habitants, a généré un PIB parmi les plus dynamiques de Chine continentale et s’impose comme un nœud logistique stratégique entre la Chine et l’Eurasie. Enfin, l’agglomération se trouve directement connectée aux lignes ferroviaires de fret reliant l’intérieur du pays aux marchés européens s’inscrivant, de fait, au cœur de la Belt and Road Initiative. Comprendre Chengdu, revient à comprendre une partie essentielle de la manière dont la Chine pense son intégration au reste du monde et pas uniquement depuis Shanghai ou Pékin ! »



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Author : Hugo Foyer

Publish date : 2026-05-01 08:00:00

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